Aujourd’hui je vous propose de vous laisser porter par des histoires de fantôme avec le génial Et parfois ils reviennent… puis de plonger au cœur d’une société matriarcale fascinante avec le sublime roman de Cécile Roumiguière Filles de la Walïlü… Bonne lecture et bonnes rêveries !
Êtes-vous prêts à rencontrer un fantôme serial killer de musicien ? De plonger au cœur de manoirs hantés ? De suivre les histoires d’amour d’amants bafoués et trahis ? De l’Angleterre victorienne à l’Amérique de l’Ouest en passant par l’Espagne ou la Chine, chaque pays recèle de mystères et de secrets, de fantômes qui ne cherchent qu’à s’exprimer ! Êtes-vous prêt à les entendre ?!
D’abord, il faut dire que Et parfois ils reviennent… est un bel objet, que l’on prend plaisir à toucher, manipuler et feuilleter. Un recueil de contes digne de ceux de nos aïeul·les, de ceux que l’on aime lire à voix haute à Noël ou au coin d’un feu. Une fois l’ouvrage ouvert, on plonge dans huit univers fantastiques (et pas des moindres !). On se laisse porter par les histoires glaçantes et terrifiantes d’Edgar Allan Poe, par le conte macabre et cynique de Maupassant, par l’ambiance sombre de Gustavo Adolfo Bécquer… Huit « maîtres » du suspense qui sont ici présentés au travers de huit petits contes/histoires. C’est tour à tour stimulant, inquiétant et terriblement obsédant. On a bien du mal à quitter cet univers d’épouvante. Au-delà des textes, choisis avec soin, l’originalité de l’ouvrage, sa cohérence d’ensemble ainsi que sa beauté tiennent également aux superbes illustrations de Maurizio A.C Quarello. Même si huit auteurs (d’origines différentes) se succèdent, on retrouve la même ambiance à chaque histoire, l’illustrateur propose un univers étrange et pénétrant, faits de clairs-obscurs qui attirent et intriguent le·la lecteur·trice, le laissant, une fois l’ouvrage refermé dans une rêverie peuplée de fantômes…
Au Nord, il est une contrée étrange, une presqu’île où ce sont les femmes qui gouvernent. Les hommes partant en mer la plupart du temps, il revient à la gent féminine de s’occuper de tout : de politique, d’économie et d’amour. Elles sont libres de choisir qui elles veulent, amants/amantes et de choisir ce qu’elles veulent être (rester à Iurföll ou quitter cette presqu’île magique). Oui mais voilà, les sociétés les plus belles peuvent également être en proie à des secrets, des trahisons et des vengeances… Et la jeune Albaan, vivante et rebelle, combattante et rêveuse va en faire l’expérience. Alors que la presqu’île est en proie à des débats politiques intenses : ouvrir la société à la « modernité » ou rester fidèle aux coutumes, une vieille femme étrange attise les haines, se portant garante de la tradition et s’en prend personnellement à Albaan… Pourquoi ?
C’est un grand roman que nous propose Cécile Roumiguière avec ce Filles de la Walïlü. Un grand roman où se mêlent habilement politique et passion, fiction utopique écologiste et féministe. Tout y est : la passion, la conviction, la rébellion, les trahisons… On lit cet ouvrage le cœur battant, tournant fébrilement les pages pour pouvoir suivre l’évolution d’Albaan et découvrir cette fantastique société. Le fil conducteur de Filles de la Walïlü c’est Albaan (que l’on suit de sa naissance à son adolescence), sa famille et ses secrets (mais je ne vous en dis pas plus… Je vous laisse le plaisir de découvrir ce magnifique roman). Mais au-delà de la trame narrative et de ses multiples rebondissements (très bien ficelés), l’autrice nous parle de sujets cruciaux et centraux : l’entrée dans l’adolescence et ses premiers émois, les blessures d’enfance — terribles si elles n’ont pas cicatrisé —, elle nourrit également une réflexion intéressante sur le féminisme et l’écologie et sur la modernité, notre modernité. Aussi, à Iurföll, on s’interroge sur l’ouverture de la presqu’île au monde « moderne ». Faut-il préserver au risque de folkloriser ? Ou bien s’ouvrir pour ne pas périr ? Vaste question qui fait écho à ce qu’il se passe aujourd’hui dans certaines parties du monde… Enfin, c’est également un roman sur l’être humain et sa versatilité. Car Albaan, qui devient le bouc émissaire d’une partie de la population de Iurföll, ne le doit qu’au fait d’une femme qui attise les haines. L’héroïne est néanmoins forte et va pouvoir compter sur des amies fidèles. En bref, c’est une ode à la puissance des femmes que nous propose Cécile Roumiguière et l’on en redemande !
Et parfois ils reviennent…![]() ![]() Collectif, sous la direction de Serenella Quarello, illustré par Maurizio Quarello Sarbacane 17,50 €, 219×289 mm, 72 pages, imprimé en France, 2020. |
Filles de la Walïlü![]() de Cécile Roumiguière L’école des loisirs 15,50 €, 140×210 mm, 268 pages, imprimé en France, 2020. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




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