Aujourd’hui on fait la connaissance de deux personnages historiques révolutionnaires, chacun dans leur genre grâce à deux BD formidables : le premier a transformé le théâtre et le deuxième est un anarchiste haut en couleur…
Qui aurait pu prévoir que le petit Jean Baptiste Poquelin, fils du tapissier de la Maison du Roi allait devenir le plus grand dramaturge du XVIIe siècle ? Mais avant de devenir l’auteur à succès qu’on connait, créateur de L’école des Femmes, de Tartuffe et des Précieuses ridicules, Molière va devoir traverser bien des épreuves : un père peu enclin à laisser son fils faire du théâtre, des années de galères à parcourir les routes de France avec sa troupe, des jalousies, des pièces jugées provocatrices par l’Église… Un destin romanesque en somme !
Jean-Michel Coblence et Elléa Bird nous content ici la vie extraordinaire de Molière. Si l’on connait tous ce personnage illustre et certaines de ses pièces, on connait souvent un peu moins sa vie. Très didactique et pédagogique cette BD nous plonge en plein XVIIe siècle, au cœur des intrigues du pouvoir (si l’on suit la destinée de Molière, l’on découvre aussi la vie politique de ce siècle trépidant : les intrigues royales, la disgrâce de Fouquet, la construction de Versailles… et les conditions dans lesquelles les artistes devaient vivre – des théâtres miteux, aucune reconnaissance de la part de l’Église, l’attente de la protection d’un « prince »). On s’immerge avec plaisir dans cette fresque trépidante. La force de cette BD réside également en la présentation de certaines pièces phares de Molière : Tartuffe, Le Misanthrope, Le Malade imaginaire, Dom Juan… qui permettra aux plus jeunes de se familiariser avec le théâtre de ce grand monsieur. Les dialogues de Jean-Michel Coblence font mouche tandis que le trait d’Elléa Bird colle parfaitement au le texte !
Une très chouette BD pour découvrir Molière.
1905. Le procès de Marius Jacob, le chef des « travailleurs de la nuit » débute. Le « gentleman cambrioleur » est jugé pour différents vols qu’il aurait commis chez des personnalités aisées. Mais Marius Jacob ne fait rien comme tout le monde, au lieu de garder cet argent pour lui, il le redistribue aux plus pauvres ! À l’issue de ce procès houleux et mouvementé, notre anarchiste est envoyé au bagne… D’où on ne revient jamais…
Quelle excellente idée que cette BD sur Marius Jacob ! Le travailleur de la nuit retrace le parcours de ce personnage extraordinaire, haut en couleur et atypique. D’abord mousse sur plusieurs navires, Marius Jacob découvre le monde, et comme il le dira « il n’était pas beau ». Ecœuré par l’inégalité, le mépris de classe, la non-distribution des richesses, il rejoint le courant anarchiste, puis très vite, agacé par les illégalistes et leur besoin de faire une révolution sanglante, il décide de faire justice lui-même. Véritable Robin des bois des temps modernes, il vole les riches pour donner aux pauvres. Matz et Chemineau redonnent vie à ce personnage un peu trop oublié et à cette époque particulière qu’est la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Une époque où la figure de « l’anarchiste » terrorise la population (jusqu’à la mort de Jules Bonnot en 1913), où le bagne existe encore (les pages qui le décrivent sont criantes de vérité) et où certains avaient encore l’ambition de changer de monde… Si Marius Jacob reste le personnage principal du livre, on se prend d’amitié pour la mère du héros et pour sa compagne Rose, deux formidables personnages féminins ! On plonge avec plaisir dans cette grande fresque historique et romanesque qui nous décrit parfaitement cette « Belle Époque » pas si rose que ça…
Une excellente BD sur un personnage au destin hors du commun !
Molière![]() Scénario de Jean-Michel Coblence, dessins de Elléa Bird Casterman dans la collection Les classiques en BD 13,95€, 204×274 mm, 64 pages, imprimé en France, 2017. |
Le travailleur de la nuit![]() Scénario de Matz, dessins de Chemineau Rue de Sèvres 18€, 216×287 mm, 124 pages, imprimé en France, 2017. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

