Trois BD et trois romans avec pour point commun de regrouper plusieurs histoires avec de nombreuses représentations queer (c’est même parfois la thématique principale du livre).
Lors d’un repas, Laura subit les réflexions de son réac de père. Et si elle lui disait qu’elle est lesbienne ? Dans une grande ville, un jeune homme espère trouver l’amour. L’homme avec qui il vient de matcher sur une application de rencontre sera-t-il le bon ? Une mère qui vient de déposer son enfant à un anniversaire s’inquiète, elle a peur que ça se passe mal. Un homme multiplie les relations sexuelles sans lendemain. Une jeune femme ronde subit les injonctions de sa mère et les remarques des autres. Une vieille dame s’est apprêtée, ce qui amuse les soignant·es, mais avec qui a-t-elle rendez-vous ?
Dans Chromatopsie, Quentin Zuttion raconte onze histoires de corps. Des corps qui font l’amour (attention la BD contient des scènes très crues et n’est clairement pas adaptée aux plus jeunes), des corps qui se prennent des coups, des corps qui prennent du plaisir, d’autres qui sont violés. Si certaines histoires sont extrêmement sombres et marquantes, on retient tout de même les moments plus lumineux. Ici on parle d’applications de rencontre, de la solitude, d’aimer quelqu’un·e du même genre que soi, du sentiment amoureux en général et de l’attirance sexuelle, de la grossophobie, du fait de porter des vêtements assignés à l’autre genre, des violences et du viol conjugaux·ales, des parents, de la fausse bienveillance (et de la vraie)… Bref, l’auteur-illustrateur aborde bien des thèmes, parfois de façon onirique, parfois de façon rude, mais toujours avec justesse. Comme toujours, ses illustrations sont magnifiques.
Il y a celleux qu’on insulte dans la rue, il y a celleux que leurs parents ont chassé·es de la maison parce qu’iels ne correspondent pas à ce qu’ils attendent, il y a celleux qu’on mégenre, celleux à qui ont explique ce qu’iels sont (comme si les autres savaient mieux que nous qui nous sommes). Il y a celleux qui sont cassé·es par la société, brisé·es par les remarques de toutes sortes. Il y a les discriminations, les violences, le harcèlement, les difficultés face à l’administration, les employeur·euses, l’école… Mais, heureusement, il y a aussi les petites victoires, les messages d’amour, le soutien d’ami·es ou de membres de la famille, les gens qui reconnaissent leurs erreurs, qui demandent pardon, les psys bienveillant·es, les belles histoires d’amour…
Pour écrire Reconnaitrans (contraction de reconnaissance et transidentité), Laurier The Fox a recueilli de très nombreux témoignages. Il nous en livre une centaine (plus ou moins courts) sous forme de bandes dessinées. L’ouvrage est parfois très dur (il est d’ailleurs rempli de trigger warning) et j’ai eu besoin de le lire en plusieurs fois à cause de ça, mais il est absolument passionnant et permet de mieux comprendre le parcours de nombreuses personnes trans. Ici, de multiples cas de figure sont racontés et les représentations sont diverses (transmasculins et transféminins, non binaires, mais aussi plusieurs personnages autistes, racisés, handicapés…). Un livre qui fera comprendre aux personnes cis ce que vivent les personnes trans et dans lequel ces dernier·ères retrouveront beaucoup de situations vécues.
Un fil rouge relie toutes les personnes qui s’aiment. Mais parfois, c’est difficile d’aller au bout du sien pour voir qui s’y trouve.
Une jeune femme vend son corps, mais imagine une vie où elle serait aimée.
Un jeune homme pense avoir trouvé l’amour sur une application de rencontre.
Qu’il est parfois difficile d’assumer le regard et la violence des autres quand on ne correspond pas au schéma d’amour qu’ont en tête certaines personnes !
Quatre histoires sont racontées dans Four in love, sorti aux éditions Paquet. Il y est question d’amour. Mais la BD est très loin de la compilation romantique, les histoires sont plutôt sombres et leur fin est rarement heureuse (même si la fin de l’ouvrage est pleine d’espoir). Graphiquement, ces bandes dessinées sans texte sont magnifiques et font penser à des courts métrages d’animation. Dans sa préface, Crystal Kung raconte comment ses scénarios sont nées, ses déceptions, ses conversations avec son psy et sa guérison. Sombre, oui, mais il y a un peu de lumière tout de même, l’espoir est toujours là.
Il y a Côme, jeune garçon trans, hébergé par sa cousine pour ne plus subir la transphobie de ses parents. Ensuite, il y a Noa, asexuelle, aromantique et agenre, qui participe à la marche des fiertés pour la première fois. Puis il y a Jean-Simon qui subit l’homophobie de son père alors que leur voiture est bloquée par la Pride. Il y a encore Marie et Angélique qui affrontent la bêtise de leur famille lors d’un repas pesant au cours duquel Marie a décidé de faire son coming-out. Il y a Victoire, qui a été amoureuse, parfois de garçons, parfois de filles. Enfin, il y a Sam qui va faire sa première Pride torse nu depuis sa torsoplastie. Six jeunes adultes lié·es par une marche des fiertés.
Iels marchent, iels s’aiment regroupe six nouvelles écrites par six auteur·rices différent·es. Six histoires avec des personnages queer (dont certain·es vont se croiser), six histoires dans lesquelles la marche des fiertés est présente. Si j’avoue ne pas avoir été touché par toutes les plumes et avoir trouvé que certaines nouvelles étaient un peu trop didactiques (avec parfois un côté « expliquons les problématiques queer aux personnes cis hétéros »), d’autres m’ont beaucoup plu (Victoire de Sam Raphaël·le en tête) et j’ai aimé cette lecture dans l’ensemble. Certains personnages ont su me toucher, la toxicité de certains parents est particulièrement bien racontée et les personnages trans (pas si courants dans des romans français ado) sonnent vraiment juste d’après moi. Ces nouvelles abordent, de façon très contemporaine, de nombreuses thématiques liées à l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.
Tim est venu vivre chez sa tante, ses parents ont décidé de l’éloigner de ses copain·ines en espérant qu’il se reprenne un peu en main. Ils aimeraient que leur fils intègre une grande université et il n’en prend pas la direction. Donc, cette année, il étudiera au lycée Jefferson de Delphos dans l’Ohio. S’il était très populaire dans son ancien établissement, ici il ne connaît personne. Bientôt, il rencontre Jude.
Colin a grandi dans une famille extrêmement religieuse. Dans son éducation stricte, peu de place pour l’excentricité. Quand il n’étudie pas au lycée privé Saint-John, il distribue des brochures avec les autres croyant·es de la paroisse. Mais un jour, il croise le chemin de Swann.
Nelly est la fille d’un homme riche connu dans toute la ville (plusieurs établissements portent son nom, c’est un généreux donateur). Elle étudie à distance, de chez elle, une grande maison impeccable, et souffre de la solitude (son père est peu présent et la femme de ménage ne vient que trois fois par semaine). La rencontre avec Megan va changer sa vie.
Et il y a Flora.
Jude a toujours eu du mal à aller vers les autres. Pas forcément par timidité, mais elle a toujours craint de déranger. Elle est persuadée que les gens ne la fréquentent que par politesse, qu’on ne l’aime pas vraiment. Elle ne souffre pas vraiment de la solitude, elle l’a choisie, elle est devenue son amie.
Megan a perdu sa mère quand elle était enfant. Peut-être est-ce pour celà qu’elle ne peut s’empêcher de s’occuper des autres, de peur qu’il leur arrive quelque chose. Elle passe plus de temps à se préoccuper des autres que d’elle-même.
Swann a été considéré comme HPI (alors qu’il se sentait « bien plus con que le reste du monde »), aussi doit-il suivre des cours avec les élèves de terminale, lui qui a deux ans de moins qu’elleux. Le jeune homme rebelle a du mal à trouver un avantage à tout ça et a envie de révolution permanente. Swann aime les garçons et les filles et aimerait que ses parents le lâchent un peu et ne plus travailler le soir dans leur restaurant.
Et il y a Flora.
J’ai lu les deux tomes de Jefferson’s world d’une traite il y a deux ans. Énorme coup de cœur, mais je n’avais pas trouvé avec quel livre en parler ici, si bien que j’ai laissé passer le temps… Trop de temps, j’ai donc dû les relire pour écrire cette chronique et je dois dire que j’ai adoré retrouver ces personnages et j’ai été triste de les quitter une seconde fois. Illana Cantin aborde des tas de sujets dans ces deux romans, sans faire catalogue pour autant. Homosexualité, bisexualité, maladie mentale, maladie, solitude, premières fois, amour/amitié, être parent à l’adolescence, le fait de se questionner sur son genre, la religion, les préjugés, le racisme, l’amour non réciproque… Difficile de tout lister ici, mais les passages sur la maladie (comment accepter sa maladie quand on est ado, comment vivre son adolescence quand un·e de nos ami·es est extrêmement malade ou est atteint·e d’une maladie mentale…), la solitude (celle subie par Nelly, celle que Jude a choisie, mais aussi celles des autres), l’amour non réciproque, les sujets queer (notamment le fait de se questionner sur son genre ou de découvrir son orientation sexuelle) ou encore la parentalité (et même la relation parents-enfants) m’ont particulièrement touché. Illana Cantin nous fait sourire et verser des larmes, elle nous rend accros à cette bande. À la lecture de ces deux tomes, on a l’impression de les connaître, comme les héro·ïnes d’une série télé (j’ai pensé parfois à Skam notamment), que chaque personnage existe réellement. Ces deux tomes font clairement partie de mes romans préférés de ces dernières années.
Chromatopsie![]() de Quentin Zuttion Lapin, dans la collection Causes en corps 24 €, 148×210 mm, 240 pages, imprimé en Lituanie, 2018. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Reconnaitrans![]() de Laurier The Fox Lapin 22 €, 168×230 mm, 255 pages, imprimé en Lituanie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Four in love![]() de Crystal Kung Paquet, dans la collection Roman Graphique 20 €, 208×208 mm, 144 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Iels marchent, iels s’aiment![]() Éden Vembaud, Merlin Maglore, À fleur de peaux, Ashley Brown, Sam Raphaël·le et Léo Mx Le Muscadier, dans la collection Rester Vivant 14,50 €, 140×190 mm, 201 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Jefferson’s world – Semestre 1![]() d’Illana Cantin Hachette Romans 15,90 € (sorti aussi au format poche à 6,90 €), 138×216 mm, 324 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Jefferson’s world – Semestre 2![]() d’Illana Cantin Hachette Romans 15,90 € (sorti aussi au format poche à 6,90 €), 138×216 mm, 354 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




