Aujourd’hui, je vous invite à découvrir deux romans d’ambiance et d’intrigues.
À Naturalia, les femmes vivent dans un carcan de traditions qui les veut soumises à leurs époux, appelés couronnés. Érèbe d’Aigremort est un jeune noble désargenté. Les rumeurs autour de lui sont sordides et font état d’une terrible malédiction. Cécilie Vonburg appartient à une famille de riches commerçant·es et elle rêve de s’émanciper en rejoignant la Scientifica, terre de liberté pour les femmes. Pour son projet, elle a besoin d’Érèbe. Le garçon aussi, sans le savoir, a besoin d’elle. Iels se lancent conjointement dans une aventure risquée, où des mystères qu’iels sont loin de soupçonner les attendent.
Emblèmes : le cercle des géographes, premier tome d’une duologie, regorge de surprises. Aussi sombre que lumineux, c’est un livre magnifiquement écrit dans lequel on se plonge avec bonheur. L’univers est d’une originalité rare, une sorte de green academia (comme le décrit l’éditeur) où la magie, la nature et les sciences s’entrelacent harmonieusement. La psychologie d’Érèbe et de Cécilie est travaillée, on s’attache à elleux et on se sent prêt·e à les suivre dans leurs quêtes respectives. J’ai beaucoup aimé le soin apporté à leur relation. Celle-ci se développe tout au long du roman d’une manière que j’ai trouvée très réaliste, compte tenu des particularités des deux héro·ïnes. L’environnement avec lequel iels interagissent est lui aussi finement ciselé, porteur d’une ambiance envoûtante aux odeurs d’humus dans laquelle on est immergé·e dès le début. Au fur et à mesure du récit, cette ambiance évolue, et on a l’impression de voyager, d’être dépaysé·e. Dans ce cadre fantastique, on retrouve des sujets difficiles abordés avec beaucoup de pertinence. Le handicap, qu’il soit mental à travers l’anxiété ou physique, et la maladie chronique font l’objet d’un traitement qui m’a rarement semblé aussi juste. Un roman à la beauté peu ordinaire.
Acelerno, capitale du néo-royaume d’Etheros, est le théâtre d’une rivalité de longue date entre deux salons de thé : celui des de Mora et celui des Rodrigues. Héritières d’un don qu’elles doivent dissimuler à tout prix, Isabel de Mora et Andarina Rodrigues désirent vivement se surpasser l’une l’autre. Le jour où la reine est empoisonnée par un thé, désignant leurs familles comme principales suspectes, les jeunes femmes doivent s’unir pour prouver au monde leur innocence. Sera-ce l’occasion de mettre leurs griefs de côté ? Et surtout : pourront-elles se dépêtrer du terrible engrenage qui vient de s’enclencher ?
C’était un plaisir de me plonger dans les complots d’Etheros. Les fleurs les plus dangereuses n’ont pas d’épines associe à merveille jolies robes et thés raffinés — un véritable régal pour les sens — avec un combat pour la liberté, contre la colonisation. Les héroïnes Isabel et Andarina portent chacune des problématiques différentes : l’une est hantée par le souvenir de son frère, l’autre ne se sent pas à la hauteur des attentes de ses parents. Elles se détestent profondément et ne manquent pas de répartie, ce qui rend leurs discussions électriques. L’évolution de leur relation au cours du récit est très intéressante à lire. On suit aussi un personnage au genre fluide et au charisme incroyable, Feng, espion/espionne pour le compte d’un autre pays. J’admets être totalement tombé sous son charme ! La plume de l’autrice, poétique et rythmée, n’y est pas pour rien : on est envoûté·e par les descriptions, entre odeurs subtiles et tenues magnifiques. Les fleurs les plus dangereuses n’ont pas d’épines mêle habilement un riche univers de fantasy et une critique du colonialisme portée entre autres par deux héroïnes noires…
Emblèmes — T1 — Le cercle des géographes![]() d’Ina Siel Naos 22 €, 152×212 mm, 381 pages, imprimé en UE, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les fleurs les plus dangereuses n’ont pas d’épines![]() de Lydie Tabarin Hachette Romans 20 €, 152×230 mm, 410 pages, imprimé en Italie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

