Aujourd’hui je vous propose deux albums très différents mais aux thématiques tout aussi universelles l’une que l’autre : Une étoile pour toi de Katie Cotton et Miren Asiain Lora qui met en exergue la relation entre une mère et son enfant et Le pays des souris d’Alice Méricourt et Ma Sanjin, une réflexion intéressante sur la démocratie. Bonne lecture !
À l’heure du coucher, un petit ours et sa maman regardent par la fenêtre les lumières de la ville et les étoiles. Petit ours aimerait tellement pouvoir en tenir une dans ses mains… Sans hésiter, sa mère décide de partir explorer le monde avec son enfant… Mais est-il possible de tenir une étoile dans ses mains ?
Quel bel album que ce Une étoile pour toi. Avec finesse et sensibilité Katie Cotton nous propose une histoire qui célèbre la relation parent-enfant. Elle décrit avec tendresse le lien étroit qui existe entre le petit ours et sa mère lorsque les deux personnages décident de partir à l’aventure pour se procurer une étoile. Car nos deux compères sont bien décidés à aller au bout de leur démarche : ils grimpent en haut du « Mont Neigeux », explorent les forêts et les mers… Métaphoriquement, la mère est prête à « déplacer des montagnes » pour son enfant. Néanmoins (et vous le savez) attraper une étoile n’est pas si aisé… La fin (que je me refuse à spoiler !) est particulièrement touchante. Le rythme de la narration est enlevé, l’histoire poétique. L’album est mis en lumière par les belles illustrations de Miren Asiain Lora qui dépeint un univers riche de paysages luxurieux : des montagnes enneigées, des forêts touffues… dans lesquels évoluent les personnages.
Il était une fois « Le Pays des Souris ». Dans ce pays, comme vous vous en doutez habitent… des souris. Des souris qui mangent, boivent, dorment, jouent. Tous les cinq ans, elles décident de leur chef en votant… Et, comme vous vous en doutez, elles élisent… des chats noirs. Sauf que, et c’est là que tout se corse, les chats noirs prennent des bonnes décisions (mais pour eux). Les souris se révoltent et décident d’élire des chats blancs… S’en suit un engrenage dangereux…
En 1944, Thomas Douglas un homme politique canadien prononce un discours « Au pays des souris » dans lequel il dénonce la spoliation du pouvoir par une minorité qui ne défend pas les intérêts du peuple. En 2020, Alice Méricourt décide de reprendre ce discours et d’en faire un album : Le pays des souris illustré par Ma Sanjin. L’histoire est puissante et criante d’actualité. En effet, dans un contexte marqué par des crises multiples et par l’effritement du lien social, il apparaît nécessaire d’apporter des pistes de réflexion sur la démocratie aux plus jeunes. Dans ce pays décrit par Alice Méricourt, il existe donc des souris qui ne se font
représenter que par des chats (ces derniers défendant donc leurs intérêts propres qui vont à l’encontre de ceux des souris). Cette situation amène une série de questions : qu’est-ce donc que la démocratie dans ces conditions ? Toutes les fragilités de notre système sont abordées : la question de la représentation, de la cohabitation… Véritable hymne à la révolte et à la démocratie, cet album est nécessaire. Les illustrations de Ma Sanjin originales et décalées nous plongent dans un univers sombre, tour à tour inquiétant et comique où les libres penseurs ont du mal à trouver leur place, mais où l’espoir subsiste. Un bel album, puissant et politique !
Une étoile pour toi![]() ![]() Texte de Katie Cotton (traduit de l’anglais par Elsa Whyte), illustré par Miren Asiain Lora De la Martinière Jeunesse 13,90 €, 244×383 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. |
Le pays des souris![]() ![]() Texte d’Alice Méricourt (d’après le discours de Thomas Douglas), illustré par Ma Sanjin Éditions du Père Fouettard 14 €, 236×238 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


