Deux histoires, deux points communs : les romans dont je vais vous parler mettent en scène le mal-être adolescent à travers l’histoire d’un jumeau et d’une jumelle.
« Je nous vois. Elle et moi. » C’est comme un mantra, une formule magique qui la fait instantanément apparaître, elle et son parfum, réglisse et cerise. Elle, c’est Angie. Lui c’est Sacha. Ils sont jumeau et jumelle, et ce soir, c’est la fête d’Halloween. Au fil des heures qui s’égrènent, Sacha s’enfonce. Fume. Boit. Danse. Drague. Joue avec le feu et les filles. S’enivre jusqu’à un point de non-retour qu’il n’atteint pas, « sauvé » in extremis par les étranges apparitions de sa sœur, qui le ramène chaque fois à la brute réalité : cette soirée n’est qu’une illusion de fête, comme les déguisements que tous et toutes portent. Sacha s’enfonce, jusqu’à l’apparition d’Elle. Elle, avec son parfum de figue et sa voix qui lui rappelle qu’il est encore présent au monde. La perdre est impossible, la laisser disparaître inconcevable.
PLS n’est pas un roman ordinaire, son autrice Joanne Richoux non plus. Autant le dire tout de suite, c’est un texte qui vous scotche à votre chaise et qui vous malmène comme des montagnes russes. On se sent à la fois mal et bien, on est enivré·e par les parfums sucrés des filles et nauséeux·euse de trop d’alcool et d’ivresse. C’est un texte qui peut sembler désespéré, alors on se raccroche à ce qui est lumineux et qui fait la marque de fabrique de l’autrice : les sensations qu’elle décrit admirablement, le romantisme noir qui se dégage de ses personnages, une certaine idée de l’adolescence tourmentée. C’est punk, moderne, et terriblement percutant.
Erwan est un adolescent détruit par la perte de sa sœur jumelle, Eden, qui s’est suicidée. Comment continuer quand une moitié de soi a décidé de ne plus vivre ? Erwan se livre et décrit toutes ces émotions qui le traversent : colère, rage, tristesse, culpabilité, désespoir. Incompréhension, aussi, et c’est ce sentiment qui guide le jeune homme, comme en pilote automatique : pourquoi son autre, sa sœur jumelle, son Eden, a-t-elle eu ce geste ? C’est dans le journal intime qu’elle tenait qu’Erwan va en apprendre davantage sur la vie et les souffrances de sa sœur.
Ce premier roman d’Hélène Duvar n’est pas parfait, mais il est juste et sensible dans les voix qu’il met en scène, et c’est ce qu’il faut en retenir : la voix d’Erwan et le processus de deuil dans lequel nous le suivons, et la voix d’Eden qui se raconte à travers son journal que nous découvrons en même temps que son frère. La force du livre réside dans cette alternance et dans les émotions qui traversent celles et ceux qui restent après la mort d’un proche. La ligne de la collection « Rester vivant » étant clairement réaliste et ancrée dans les préoccupations contemporaines des adolescent·es, on est ici parfaitement dans le thème. On peut regretter que l’insertion d’extraits de messages à caractère préventif soit un peu trop systématique, au risque d’alourdir l’intrigue en elle-même. Malgré ce léger bémol sur la forme, Mon Eden résonne longtemps après la lecture grâce à la voix de son personnage et de sa reconstruction, à laquelle nous assistons, touché·es.
PLS![]() de Joanne Richoux Actes Sud Junior 14 €, 220×140 mm, 92 pages, imprimé en France, 2020. |
Mon Eden![]() d’Hélène Duvar Le Muscadier dans la collection Rester vivant 13,50 €, 190×140 mm, 208 pages, imprimé en France, 2020. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.

