Les deux romans du jour sont à destination des adolescent·e·s. À travers plusieurs voix, on y parle de la famille, de celle qui peut être toxique comme de celle qui peut être essentielle.
Pénélope est la fille d’Irène. Professeure dans un collège, elle déjeune chez sa mère tous les mercredis. Elle ne sait plus très bien pourquoi elle y va, tant elle vit mal ces moments où sa mère ne peut s’empêcher de lui faire remarquer qu’elle n’est pas assez… ou trop… Irène est une mère pieuvre : depuis toujours, elle enserre sa fille d’un amour toxique, envahissant, dévastateur. Pénélope a beau être adulte, elle ne parvient pas à se défaire de cette emprise. Romane est une adolescente née sous X. Le couple qui l’a adoptée tient une boucherie à Libourne, elle y vit entourée d’amour et traverse l’adolescence au rythme du lycée, des amitiés, des premières amours, de la vie qu’elle trouve belle malgré tout. Malgré cet abandon avec lequel elle a appris à grandir. Pénélope est la mère biologique de Romane. Un jour elle décide de réapparaître dans la vie de sa fille, avec le désir, le besoin de la connaître et de lui raconter son histoire. Mais comment peut-elle recréer un lien qui n’a jamais existé ? Comment faire comprendre à Romane les raisons qui l’ont poussée à l’abandonner ? Faut-il lui raconter cette mère tyrannique qui n’a pas su l’aimer, la paralysant jusque dans sa chair au moment de devenir mère elle-même ? Romane a besoin de temps pour accepter l’arrivée dans sa vie de cette femme maladroite mais sincère, tétanisée par la peur.
Décennie après décennie, Des astres déroule des portraits de mères et de filles, nous parlant de ce qui peut les séparer, les détruire, mais aussi de ce qui peut les unir. Ce portrait vivant d’une adolescente d’aujourd’hui et celui, en creux, de sa mère biologique, est bouleversant. Sous la plume sensible de Séverine Vidal, le lien entre ces deux générations de femmes va peu à peu renaître, au gré des difficultés à surmonter. Le balancement entre les deux époques est d’une grande habileté et donne une grande profondeur au personnage de Pénélope, nous rappelant qu’une mère, qu’elle soit mère pieuvre ou mère louve, a d’abord et avant tout été une fille.
Un roman pour les grand·e·s ados sur la filiation et sur la difficulté du lien mère/fille qui sonne parfaitement juste, âpre et lumineux.
Sur la colline de Provence où elle vit avec ses parents qui tiennent un magasin de produits locaux au village, Jeanne passe un été caniculaire entre les murs de pierre de sa maison et le lac où elle se baigne avec Gwen, son meilleur ami. Entre langueur et ennui, l’été s’étire lentement, malgré des journées rythmées par les grasses matinées, les après-midis au lac ou les coups de main à la boutique, et les dîners à la crêperie des parents de Gwen. En parallèle, il y a cette autre voix, cet autre été : un garçon qui tente d’échapper à son quotidien et aux mots terribles de son père. Avec une mère silencieuse, un père qui passe son temps à le déprécier et à se moquer de sa passion pour le sport, c’en est trop pour Kevin, qui décide de fuguer. La rencontre entre Jeanne et Kevin, sur les hauteurs où le jeune homme s’est réfugié, sera à la fois intense et douce. Et cet été caniculaire se transformera en été des premiers émois.
L’histoire racontée par Anne Cortey est très juste dans la description des sentiments et des émotions. Dans une vie adolescente, l’été, c’est ce moment où l’on est sur un fil, pas tout à fait dans l’âge adulte mais avec l’envie de ne plus être du côté de l’enfance. C’est la lenteur des jours, le regard tourné vers l’avenir, et puis les premiers sentiments amoureux. Cette atmosphère si particulière est très bien rendue et accentuée par les deux planches illustrées par Cyril Pedrosa au cœur du roman : chaleur, violence et douceur mêlées. Les deux voix que nous entendons nous captivent et nous n’avons qu’une envie : les écouter nous raconter leur été, aussi différents soient-ils.
Un texte d’atmosphère sur un été dans la vie d’adolescent·e·s, dont la sincérité est rehaussée par les illustrations chaudes et tumultueuses de Cyril Pedrosa.
Des astres![]() de Séverine Vidal Sarbacane dans la collection Exprim’ 16 €, 140×210 mm, 234 pages, imprimé en Bulgarie, 2019. |
En émois![]() Texte d’Anne Cortey, illustré par Cyril Pedrosa L’école des loisirs dans la collection Médium 13,50 €, 150×220 mm, 160 pages, imprimé en France, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.

