Le travail de Martine Delerm me touche. Avec ses personnages sans bouche, elle donne souvent la parole à ceux et celles (surtout celles) qu’on entend peu. Hasard des calendriers éditoriaux, deux de ses albums sortent en même temps, chez deux éditeurs différents. Comment ne pas en profiter pour mettre en avant cette autrice-illustratrice ?
Alice porte ses lunettes sur sa tête, le monde est bien plus doux à affronter lorsqu’il est flou. Et si le besoin se fait sentir de bien voir, il suffit de descendre les lunettes. Sans elles, elle ne voit que ce qui est près, au bout de son nez. Siméon a beau lui expliquer que le monde ne se limite pas à ce qui est proche d’elle, pour Alice les choses n’ont pas besoin d’être nettes pour savoir qu’elles sont là. « Un peu de flou sur la vie, ce n’est pas si mal, après tout. »
Alice pas plus loin que son nez est un bel album sur les différentes façons d’appréhender le monde. Si pour Siméon on doit voir le maximum de choses et s’il reproche à Alice la petitesse de son monde, celle-ci lui réplique que même si elle le voyait de loin elle n’entendrait pas sa voix et ne saurait rien de lui… donc ça ne lui servirait à rien. Bien sûr, c’est aussi une ode à apprécier ce qui nous entoure et oublier de croire que l’herbe est plus verte à côté et c’est surtout une métaphore sur notre époque qui veut toujours plus sans jamais rien approfondir (avoir des abonnements illimités pour tout écouter, et finalement ne plus se pencher sur rien, zapper simplement).
Un bel album pour rappeler l’importance d’être attentif·ive à ce qui est près de nous.
« S’éclairer aux lampions de la fête », « retrouver l’enfance des flocons », « accueillir sans hésiter l’hésitation » et surtout « aimer la vie infinitive ».
Impossible de résumer le très beau La vie infinitive, car ici il s’agit d’une série de phrases (parfois reliées entre elles) illustrées. C’est extrêmement poétique, les illustrations sont vraiment délicates (tout comme l’objet-livre lui-même avec sa couverture soft-touch). Si le texte peut paraître simple au premier abord, il est bien plus profond qu’il n’y paraît et l’on s’arrêtera sur certaines phrases pour comprendre tout ce qu’elles contiennent. Il y a d’ailleurs plusieurs niveaux de lecture, enfants comme adultes pourront aimer ce bel ouvrage.
Un petit livre plein de poésie et de délicatesse, pour tous ceux et toutes celles qui aiment les beaux textes joliment illustrés.
Alice pas plus loin que son nez![]() ![]() de Martine Delerm Seuil Jeunesse 13,90 €, 190×250 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2019. |
La vie infinitive![]() ![]() de Martine Delerm Tohu Bohu 19 €, 156×200 mm, 64 pages, lieu d’impression non indiqué, 2019. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


