Aujourd’hui, je vous propose deux très beaux romans pleins d’espoir et d’émotion : le premier (lu dans le cadre du Blog Tour organisé par Talents Hauts) nous emmène au bord d’une mer devenue source d’angoisse et de dangers, et le second nous entraîne dans le sauvetage d’une maison de retraite pas comme les autres, aux côtés de deux jeunes gens un peu différents.
Comme tous les ans, Elo et ses parents s’apprêtent à passer les grandes vacances à Citéplage, une petite station balnéaire. Mais cet été-là s’annonce bien différent. Car depuis quelques mois, la mer reflue, aspirée quelque part dans le monde sans que l’on sache pourquoi ni comment l’arrêter. Brusquement, un courant impitoyable a tout emmené sur son passage : il y a eu des morts, des disparus par centaines, et puis bien sûr l’interdiction pure et simple de se baigner. Alors dans ce village habituellement peuplé de touristes ne restent plus que les anciens. Dans cette atmosphère de désespoir et de fin du monde, Elo tente tant bien que mal de profiter des vacances. Mais sa mère, depuis le Reflux, a perdu le goût de vivre, et les efforts de son père ne font pas de miracles. Heureusement, il y a le mystérieux Hugo, le seul garçon de son âge présent à Citéplage, et bien sûr, il y a la mer, lointaine, dangereuse et angoissante, mais terriblement attirante…
Voilà un premier roman particulièrement prometteur ! Malgré un thème qui pourrait plutôt rappeler des romans d’aventure sur fond de fin du monde, le texte privilégie l’émotion et l’attachement aux détails. Dès les premières pages, Aylin Manço parvient à nous emporter dans l’atmosphère unique du récit, qui laisse même après la lecture des images et des sensations très vives : le soleil sur la plage, le goût des petits déjeuners sur la terrasse ou de la glace à la vanille qu’affectionne Elo… Le rythme est lent mais les émotions si denses que l’on est happé de la première à la dernière ligne, car si tout à Citéplage semble morne et inerte, l’héroïne, elle, vit un véritable tourbillon d’émotions : entre l’enthousiasme presque désespéré de son père, la farouche tristesse de sa mère, ses sentiments confus pour Hugo, sa peur et son envie de se jeter à l’eau, Elo est ballotée de tous côtés. Avec des mots simples mais forts, le récit évoque aussi de façon très juste la difficile sortie de l’enfance, cette douloureuse conscience que plus rien ne sera jamais comme avant, ici au propre comme au figuré, et nous laisse cependant avec une jolie touche de tendresse et d’espoir.
Un très beau premier roman, original et émouvant, à découvrir de toute urgence !
Cette chronique de La dernière marée clôt le Blog Tour organisé par Talents Hauts. Retrouvez-en les autres rendez-vous sur Cook in book, Talents Hauts (YouTube), L’oiseau lit, Piko Books, Allez vous faire lire, Boîtamo, Sophie lit, Le cahier de lecture de Nathan et La ronde des livres.
Quand Flora et Max se sont connus, elle était en prison après avoir agressé une camarade de classe qui la harcelait, et lui dans sa chambre, pétri de crises d’angoisse. Après des mois de communication épistolaire, les deux jeunes gens sont sortis, et enfin réunis en chair et en os. Mais comment revenir dans le monde quand on en a été si longtemps exclu·e ? Flora trouve un appartement, s’inscrit en anthropologie à la fac. Max entre en CAP cuisine, tente de sociabiliser… Pour ces deux êtres un peu perdus, un seul endroit apparaît comme un véritable refuge : une drôle de maison de retraite autogérée où les personnes âgées vivent comme elles l’entendent. Depuis sa sortie de prison, Flora y a trouvé un petit boulot, et, tout comme Max, une sorte de foyer. Alors quand un projet de centre commercial menace la résidence, pas question de rester les bras croisés ! Aidé·e·s de tout leur entourage, Flora et Max vont se retrousser les manches pour sauver leur refuge. Et peut-être, au passage, se reconstruire…
Les nouvelles vies de Flora et Max fait suite à La folle rencontre de Flora et Max, dans lequel on suivait la relation épistolaire des deux personnages. S’il est tout à fait possible de lire ce second tome sans avoir lu le premier (ce qui est mon cas), sachez qu’il est tout de même fort probable que vous ayez en le refermant l’envie irrépressible de vous jeter sur le précédent ! Car ce roman, sous son apparente simplicité, est un petit bijou d’humanité. Les deux protagonistes, qui se relaient dans la narration à chaque chapitre, sont extrêmement touchants, et c’est un vrai bonheur de les voir évoluer, se chercher, s’égarer, se trouver… Parsemé de très belles réflexions sur le passage à l’âge adulte, la vieillesse, le monde du travail ou encore l’écologie, qui font réfléchir sans jamais avoir l’air de donner des leçons, le texte invite, à l’image de ses personnages, à se concentrer sur les petites choses qui font les grands bonheurs : le ukulélé ou la cuisine pour Max, le roller derby pour Flora, et pour les deux un tendre message de l’autre envoyé en pleine nuit… À la fois réaliste et plein d’espoir, leur combat pour sauver cette maison de retraite pas comme les autres est aussi touchant qu’enthousiasmant. La lutte des résident·e·s est celle des petits contre les tout-puissants, celle de la foi en l’humain contre le cynisme désabusé, et semble nous dire que si l’on ne peut pas gagner la guerre, on peut au moins tenter de remporter de petites batailles.
Un roman tout en justesse et plein d’humanité, qui donne envie de s’aimer et d’aimer les autres !
La dernière marée![]() d’Aylin Manço Talents Hauts 15€, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en République Tchèque, 2019. |
Les nouvelles vies de Flora et Max![]() de Martin Page et Coline Pierré L’école des loisirs dans la collection Médium plus 14,50€, 148×218 mm, 251 pages, imprimé en France, 2018. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.


