Aujourd’hui je vous propose deux déambulations poétiques La rivière de Mori qui nous parle d’émancipation et Dodo de Pog et Camille Nicolazzi, une fable à hauteur d’animaux qui nous conte tout en finesse la disparition de cette espèce… Bonne lecture !
Assis au bord d’une rivière, un petit ourson bleu hésite à plonger dedans. Osera-t-il partir à l’aventure ?! Mettre les pieds dans l’eau ?! Explorer le monde avec son baluchon, les forêts et les neiges ?! Et tout ça… pour mieux retrouver sa maison ?
C’est un bel album initiatique et tendre que nous propose Mori avec La rivière. Une histoire simple et métaphorique qui explore les désirs d’ailleurs des enfants (et des adultes par la même occasion). Les thématiques universelles séduiront les plus jeunes : le voyage avec comme finalité le retour chez soi. En d’autres termes, explorer le monde pour mieux se connaître et se retrouver, comme dans le poème de Du Bellay « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ». On suit avec plaisir les interrogations et le voyage de ce petit ourson bleu. C’est touchant et sensible, le texte poétique est rehaussé par les illustrations de Mori. Avec un style très graphique et très simple (sa palette est assez réduite), l’auteur-illustrateur nous plonge dans un univers chaleureux et réconfortant. On referme ce petit album avec une envie : prendre son sac à dos et partir… ne serait-ce que pour faire le tour du jardin et avoir, au retour, le plaisir de redécouvrir son chez-soi !
Au XVIe siècle, l’île Maurice est colonisée. Une espèce d’oiseau vit alors sur cette île : les dodos, qui disparaîtront un siècle plus tard. Une disparition provoquée par l’homme.
Dodo est un album riche et intelligent qui nous conte l’histoire de cette espèce si particulière : le dodo, ayant disparu au XVIIe siècle suite à la colonisation de l’île Maurice par les Européens. L’ouvrage n’est pas un documentaire, c’est un album, une fiction, où le narrateur, un dodo, nous conte son histoire : sa vie sur son île et sa rencontre avec les Européens « Je me souviens du jour où j’ai vu ce morceau de bois. Comment cette masse pouvait flotter ? Je ne comprenais pas » jusqu’à l’extinction de l’espèce. Le texte est sensible et subtil. Ici, il ne s’agit pas de reconstituer véridiquement la fin de l’espèce dodo, mais bien de jouer sur le registre de l’émotion pour sensibiliser les plus jeunes. En donnant la parole à l’un des oiseaux, le texte en devient plus puissant. Les illustrations de Camille Nicolazzi nous dépeignent un univers coloré et vif ou les dodos disparaissent des pages au fur et à mesure que les colonisateurs arrivent sur l’île. Ceux-ci sont déshumanisés, hautes silhouettes sombres et armées que l’on devine, tandis que les dodos eux apparaissent comme des êtres singuliers. C’est un bel album, au message nécessaire qui, s’ils nous content la fin des dodos, peut aussi faire écho à la situation actuelle…

La rivière![]() ![]() de Mori (traduit du chinois par Chun-Liang Yeh) HongFei 13,90€, 187×255 mm, 36 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Dodo![]() ![]() Texte de Pog, illustré par Camille Nicolazzi Cipango 14€, 170×190 mm, 19 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



