Aujourd’hui je vous présente deux romans pour les grands ados, qui sont aussi deux énormes coups de cœur !
Eugène et Tatiana se sont rencontrés par une journée d’été, dans le jardin de cette dernière. Il avait dix-sept ans, elle en avait quatorze. Il était pessimiste, déjà désabusé et envahi par l’ennui, elle était passionnée, emportée, et à peine sortie de l’enfance. Là avait débuté leur histoire, à peine commencée et déjà avortée, avant une tragédie qui les avait séparés. Dix ans plus tard, Eugène et Tatiana se rencontrent par hasard au détour d’un trajet dans le métro parisien. Tatiana a grandi, elle est devenue une jeune femme assurée qui prépare une thèse en histoire de l’art. Quand Eugène la revoit cette fois l’évidence s’impose à lui : c’est certain, ils doivent être ensemble. Mais en amour les choses sont rarement simples, et quand vont ressurgir les tourments du passé, Eugène et Tatiana vont en faire les frais…
Songe à la douceur est librement inspiré de deux œuvres intitulées Eugène Onéguine : un roman d’Alexandre Pouchkine paru en 1837, dont il reprend l’écriture en vers, et un opéra de Tchaïkovski sorti en 1879. Publier un livre pour ados inspiré d’un classique plutôt méconnu et intégralement rédigé en vers libre, voilà un sacré pari ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est extrêmement réussi. Il y a de tout dans ce roman qui mérite probablement un grand nombre de lectures pour révéler toute sa richesse tant chaque mot y semble prendre tout son sens, tant tout y est juste. On pleure, on rit, on se prend complètement au jeu de cette histoire (je ne savais pas que l’on pouvait littéralement se pâmer d’amour devant un livre, eh bien voilà qui est chose faite !). Enfin la relation d’Eugène et Tatiana est sublimée d’un bout à l’autre par l’écriture de Clémentine Beauvais, qui est de celles que l’on savoure comme si chaque phrase était un cadeau. Avec une grande virtuosité et un naturel déconcertant, cette dernière mêle des références actuelles (Siri, Skype…) à des grands noms de la littérature classique, et des élans lyriques à des traits d’humour résolument modernes. À tout cela s’ajoute le charme indéniable de l’écriture en vers, un peu déroutante au premier abord, et finalement très naturelle, comme si elle suivait parfaitement le fil de la pensée. Et quelle forme plus pertinente que le vers libre pour décrire un amour de jeunesse ? On y retrouve la musicalité lancinante des tragédies, mêlé à la fougue et à la liberté des jeunes années… et tout cela donne simplement un des plus beaux textes qu’il m’ait été donné de lire.
Un roman époustouflant, que l’on referme avec la conviction d’avoir lu quelque chose de grand.
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Chaque jour, dans l’atmosphère feutrée de son cabinet défilent Margaux, Ella, Gabin et bien d’autres encore, accompagnés de leurs petits et de leurs grands soucis. Et chaque après-midi, en rentrant de l’école, le petit Lazare, le fils de Sauveur, se faufile jusqu’à la porte de derrière et écoute attentivement les entretiens qui se déroulent là : automutilation, séparation, pipi au lit, phobie scolaire…tout y passe. Mais avec un papa qui s’occupe des problèmes des autres, qui s’occupe des problèmes de Lazare ?
Quoi de plus captivant que de se faufiler à travers un trou de souris jusque dans le cabinet d’un psy ? On suit dans ce roman, au fil des semaines qui le ponctuent, une multitude de personnages tous plus vrais et attachants les uns que les autres, et l’on attend impatiemment la suite comme on attendrait un nouvel épisode. D’entretien en entretien, Marie-Aude Murail tisse patiemment les fils de ses histoires, et l’on cherche, en même temps que Sauveur, à en démêler les nœuds. Son roman évoque bien des sujets sensibles : racisme, abus sexuels, troubles psychiatriques… Mais ils sont abordés avec tant de justesse, d’humour et de tendresse que l’on en ressort réconforté. Enfin Sauveur et fils est aussi un livre plein de surprises, que je ne vous révèlerai pas ici sous peine d’en dire un peu trop, et qui vous emmènera loin, très loin du cabinet !
Un roman touchant et passionnant, dont on attend la saison 2 avec impatience !
Songe à la douceur![]() de Clémentine Beauvais Sarbacane 15,50 €, 135×215 mm, 240 pages, imprimé en Bulgarie, 2016. |
Sauveur et fils – Saison 1![]() de Marie-Aude Murail L’école des loisirs 17 €, 148×218 mm, 328 pages, imprimé en France, 2016. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.

