Aujourd’hui je vous parle de trois livres abordant toutes sortes de différences. Tout d’abord Après la chute, la remontée de Humpty Dumpty, où un œuf passionné d’ornithologie et de hauteurs se retrouve en proie au vertige. Ensuite Parfum Mémé, où une vieille dame et sa petite-fille très complices rigolent ensemble autour d’une particularité souvent perçue comme honteuse, et enfin J’aimerais bien être autiste, témoignages d’un enfant diagnostiqué asperger et de sa mère.
Vous vous rappelez Humpty Dumpty ? Cet œuf célèbre, héros d’une comptine anglaise et que l’on croise même dans De l’autre côté du miroir de Lewis Caroll ? Cet œuf qui appréciait tant s’asseoir en haut d’un mur, en équilibre… jusqu’au jour où il en est tombé !
On le retrouve quelque temps après, la coquille comme neuve, mais une angoisse au fond du cœur : disons que son accident l’a rendu phobique des hauteurs (il y a de quoi en même temps). À présent, grimper en haut d’un escabeau pour atteindre ses céréales préférées au supermarché est impossible. Gravir les quelques barreaux qui le mènent à son lit douillet en mezzanine, impensable. Il doit se contenter d’un petit déjeuner triste et sans goût et d’une couverture à même le sol.
Mais le pire pour ce passionné d’ornithologie, c’est qu’il ne peut plus observer les oiseaux à sa guise, comme il le faisait perché en haut de son mur. Il décide alors de construire un magnifique avion en papier, qui est aussi libre que lui-même est emprisonné par ses peurs. Mais Humpty Dumpty voit son avion s’envoler et se perdre au-delà du mur, le fameux mur duquel il a chuté !
Parviendra-t-il alors à affronter son vertige et vaincre ses angoisses qui le clouent au sol ?
Dans Après la chute, la remontée de Humpty Dumpty, Dan Santat explique que les accidents ont beau arriver, il y a toujours une possibilité d’aller au-delà, à son rythme. Avec beaucoup d’éléments symboliques et des illustrations chaleureuses et lumineuses, il s’appuie sur une histoire déjà existante et en imagine la suite, une suite pleine de promesses. En retraçant le parcours de cet œuf (rafistolé de l’extérieur, mais toujours en proie à un gros manque de confiance en lui à l’intérieur) et son cheminement vers un accomplissement tout à fait personnel, l’auteur transmet un message qui se veut à la fois déculpabilisant et encourageant.
Toujours droite comme un i et tirée à quatre épingles, Mémé peut paraitre parfois austère et pas très rigolote. En plus, tout est impeccable chez elle, pas une miette ne traine et tout est toujours rangé à sa place. À tel point que sa petite-fille, habituellement plutôt désordonnée, se surprend à être aussi soigneuse que sa grand-mère.
Mais malgré tout cela, elle a bien remarqué à quel point on se sent bien aux côtés de sa grand-mère, car elle sait être à l’écoute et est toujours de bon conseil. Et elle cache aussi un petit secret, une particularité aux antipodes de son aspect si raffiné et qui les fait bien rire toutes les deux !
Parfum mémé est un court roman, facile à lire et rigolo autour de la relation forte entre une grand-mère et sa petite-fille, qui possède une chute étonnante et décomplexée, dont je ne vous dirais rien de plus ! Il désacralise les adultes avec humour, car après tout personne ne peut toujours tout contrôler et il vaut mieux rire des petits laisser-aller plutôt qu’avoir honte !
Héloïse Breuil et son fils Paul témoignent tour à tour de l’autisme de celui-ci. Chronologiquement la mère remonte le fil de la vie de son fils, se remémore à quel point il était plus éveillé que tous les autres nourrissons, plus colérique que les autres enfants et plus silencieux aussi. Plus ça, moins ceci… À tel point que les adultes changent de comportement autour de lui, sans chercher vraiment à le comprendre.
En parallèle, Paul explique ses réactions face à certains codes sociaux normalisés, son dégout de l’école, bref son incompréhension d’une société neurotypique. Ensemble, ils se heurtent à l’incompétence de certain·es thérapeutes, instituteurs, institutrices et autres médecins, jusqu’au jour où le diagnostic tombe et explique tout : Paul est autiste.
Écrit à quatre mains et à deux voix, J’aimerais bien être autiste retrace cette errance diagnostique, l’aveuglement dans lequel les adultes (professionnels ou proches) sont plongés face à ce handicap invisible. C’est un compte rendu lucide, dans lequel Héloïse Breuil ne cache pas ses erreurs et où Paul témoigne de ses émotions et de sa façon à lui de les gérer.
Dénonçant le validisme omniprésent et les préjugés très lourds qui en découlent, ce témoignage est éclairant et très important, car il donne des clés pour mieux comprendre et plus vite diagnostiquer le syndrome d’Asperger chez un petit garçon.
Après la chute, la remontée de Humpty Dumpty de Dan Santat (traduit de l’anglais par Christiane Duchesne)D’Eux 13 €, 219×285 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Parfum Mémé Texte de Marie-France Zerolo, illustré par Mathilde MagnanVoce Verso dans la collection Ginko 7,80 €, 130×180 mm, 24 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
J’aimerais bien être autiste![]() de Heloïse Breuil L’atelier du poisson soluble 7 €, 120×170 mm, 72 pages, imprimé en République tchèque, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.



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