Aujourd’hui je vous embarque dans des aventures romanesques intenses et puissantes, depuis les plantations esclavagistes de Saint-Domingue de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux barricades de la Révolution d’Octobre en Russie… Des aventures portées par des héroïnes intrépides, inspirées par le vent de l’Histoire ! Belles lectures !
1787. Alors qu’un vent de liberté a déjà frappé les États-Unis et se prépare à déferler sur l’Europe, les voix qui se lèvent pour dénoncer la traite négrière sont encore bien timides… C’est au cœur de ce monde sauvage et violent que nous retrouvons Alma et les différents membres de sa famille, disséminés et éclatés aux quatre coins des Caraïbes et de l’Amérique du Nord. Lancée à la poursuite de son frère enlevé par un négrier, la jeune fille nous embarque dans un tourbillon d’aventures de Saint-Domingue à l’Europe, en passant par la Louisiane, où chacun·e hommes comme femmes, esclavagistes, planteurs, esclaves, marrons, pirates… tentent de lutter pour sa survie.
Quel bonheur de retrouver les aventures d’Alma. Si ce deuxième tome apparaît plus sombre et plus descriptif que le premier, il faut néanmoins rappeler qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un grand roman d’aventures porté par la plume et le souffle de Timothée de Fombelle et les sublimes illustrations de François Place. On retrouve ici encore, l’hommage à peine déguisé aux grands feuilletons du XIXe siècle et aux histoires de cape et d’épée. Car s’esquisse toujours, en trame de fond du roman, la quête éperdue d’une « chasse au trésor ». Mais au-delà de ces aspects, ce deuxième tome trouve sa puissance dans l’esquisse très réussie que nous offre l’auteur de ce monde esclavagiste du XVIIIe siècle. Et il faut bien dire que c’est bouleversant d’humanité. Car Fombelle redonne de la noblesse à ces hommes et ses femmes réduits en esclavage ; en leur offrant un nom, une identité, une histoire et puis la possibilité de s’échapper et de choisir leur destin. L’auteur décortique les rouages qui permettent la mise en place de ce système et la société qu’elle produit : les concurrences entre planteurs, les ruines et les naufrages, les lâchetés et mesquineries, l’obsession du gain et de la productivité, la mise de côté de certains individus (notamment les mulâtres), les résistances qui existent… Ce monde extrêmement riche est porté par des personnages forts : Alma, bien évidemment mais également des femmes ambitieuses et dures, prêtes à tout pour réussir (la terrible Madame Lachance, propriétaire d’une plantation en Louisiane, ou la jeune Amélie Bassac prête à tout pour récupérer sa fortune, quitte à surexploiter ses esclaves…). On y croise aussi des vieux marins, de jeunes européens exaltés prêts à se battre pour la fin de l’esclavage, des nobles désargentés et ruinés… C’est beau, fort, émouvant et captivant. On referme l’ouvrage le cœur battant, avec une envie, retrouver au plus vite Alma…
Octobre 1917 à Moscou. Si le Tsar a été chassé du pouvoir en février, la situation ne s’est pas améliorée. Les combats continuent, et le froid qui envahit la capitale est venu avec son lot de désolation : hiver terrible, famine… La révolte commence à gronder, le gouvernement provisoire est menacé par les bolcheviks… C’est dans ce contexte que les deux jeunes Tatiana et Léna, deux sœurs, tentent de grandir et de s’émanciper… Et si l’une pense que la révolution se fait par l’Art, pour l’autre, cela sera sur les barricades.
Avec Révoltées, Carole Trébor nous propose de plonger au cœur de la Révolution d’Octobre de 1917. Au travers du parcours de deux sœurs, elle nous embarque au plus près des événements artistiques et politiques de l’époque. Car la rêveuse Tatiana, par un petit travail au théâtre fréquente la jeunesse flamboyante de l’époque, éprise de poésie, de liberté et d’art, tandis que Léna elle, prend les armes aux côtés des Bolchéviques. Au-delà des descriptions précises et passionnantes de cette période, Révoltées est aussi un beau roman d’apprentissage et d’émancipation qui posent des questions morales essentielles : quid de l’amitié lorsqu’on fait la Révolution ? L’Art peut-il ou doit-il rester indépendant d’une révolution ? Et surtout… peut-on vivre une histoire d’amour alors que le pays est à feux et à sang ? Avec sensibilité et douceur, l’autrice nous embarque au plus près des interrogations et des questionnements de Tatiana et Léna qui sont, au moins sûres d’une chose : vouloir vivre libre !
Alma : l’enchanteuse![]() Texte de Timothée de Fombelle, illustré par François Place Gallimard Jeunesse 19 €, 157×224 mm, 422 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Révoltées![]() de Carole Trébor Rageot 7,70 €, 126×180 mm, 256 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


