En embuscade sous les lits, gribouillés sur les vitres ou encore grimés en aspirateur ou en jolie fleur, les monstres sont partout… Quant aux sorcières et aux fées, elles peuvent aussi bien être lilliputiennes que capables de traverser les dimensions ! Pour célébrer la ronde de ces créatures fantastiques, j’ai concocté pour les plus téméraires d’entre vous une sélection de livres aux petits oignons (magiques, évidemment !).
Imaginez qu’il pleut dehors, et que vous et vos ami·es commencez à dessiner sur la buée des carreaux. Soudain, les gribouillis prennent vie et toute une aventure commence !
Misty est un jeu avec sélection tournante où il faut accumuler le plus de points. Chaque participant·e fabrique sa propre fenêtre en fonction des cartes qu’il ou elle conserve et de celles qu’on lui donne, tout en gardant un œil sur l’avancée des autres. Lorsque tout le monde a terminé son bout de carreau, c’est le moment d’animer les cartes ! Certaines possèdent des flèches directionnelles et l’on doit les faire glisser en fonction du sens indiqué, d’autres des fleurs qui apportent plus de bonus… Mais gare aux petits monstres gourmands ou aux superpositions qui font perdre des points… Et oui, tout peut basculer si l’on n’a pas assez anticipé !
Misty fait partie de la collection des mini-jeux édités par Helvetiq, très compacts et faciles à emporter partout. Ici, les règles sont très faciles à comprendre, à expliquer et surtout… le jeu est super addictif !
En effet, on enchaîne les parties en peaufinant sa technique au fur et à mesure, on met en place des stratégies pour gagner et contrer ses adversaires… On échange, on rigole et on râle gentiment quand la carte que l’on convoitait est conservée par quelqu’un d’autre ou que l’on se retrouve avec un monstre glouton… Bref, le temps file à toute vitesse !
J’ai beaucoup aimé l’inspiration « gribouillis sur carreaux embués » et les illustrations très mignonnes, ainsi que l’idée de transformer les jours de météo tristounette en moments conviviaux et amusants.
Parfait pour jouer en famille ou entre ami·es, Misty plaira aux petit·es comme aux plus grand·es !
Mélissandre est une jeune sorcière bien occupée, toujours prête à filer un coup de main ou à inventer un sortilège. Son meilleur ami est son familier Arbouse, un corbeau maigrelet avec qui elle a passé presque toute sa vie.
Mais une nuit, voilà que les deux compères croisent le chemin d’un diablotin particulièrement farceur et méchant, qui va changer le cours de leur existence à jamais. Mélissandre va alors se lancer à sa poursuite, à travers les mondes et le temps, dans une course aveugle qui va peu à peu se transformer en voyage initiatique et spirituel.
Guillaume Bianco est un habitué du genre, et a déjà démontré son talent de conteur et d’artiste notamment avec la série des Billie Brouillard. Dans Comment Mélissandre, la petite sorcière, découvrit le secret du bonheur, il exerce un nouveau tour de force. En effet, ce récit est composé de 365 dessins, que l’auteur a réalisés à raison d’un par jour, se laissant ainsi porter par le fil de sa propre l’histoire qui prenait vie petit à petit.
On y retrouve donc les sujets chers à son cœur : l’enfance, la magie, mais également le rapport au deuil et aux sentiments qui bouillonnent en nous. La petite sorcière se lance à corps perdu dans un voyage qui va l’amener loin, l’arrachant à son quotidien et la plaçant face à elle-même. Lors de cette épopée, elle va connaître les adieux et les retrouvailles, la culpabilité, la détresse et enfin la paix. À ses côtés, l’on pleure et l’on s’émerveille. L’on ressent la colère et l’on apprend la résilience.
Avec beaucoup de sensibilité, Guillaume Bianco mêle ainsi le fantastique à la philosophie et use du merveilleux pour traiter de thématiques très importantes, qui rythment la vie de chaque être humain. Il parvient néanmoins à les rendre accessibles aux plus jeunes lecteur·rices grâce à des phrases très courtes, faisant office de légendes pour chaque image.
Le texte et la palette colorimétrique évoluent au fil de l’histoire, selon la dimension dans laquelle se situe Mélissandre ou encore son état d’esprit, formant un véritable dialogue mots-image très poétique et touchant.
Déjà fan de l’univers de l’artiste, j’ai adoré cet album pour la mélancolie et la beauté qui s’en dégagent. Les illustrations réalisées à l’encre et à l’aquarelle sont incroyables, les personnages sont très attachants (impossible de ne pas avoir le cœur serré et même les larmes aux yeux à la lecture de certains passages !) L’objet en lui-même est pensé dans les détails : avec son beau papier, son signet et ses dorures, on croirait tenir un grimoire ! Comment Mélissandre, la petite sorcière, découvrit le secret du bonheur est un coup de cœur. C’est un livre magique dans tous les sens du terme !
De Morgane à Clochette, les fées peuplent les récits et on leur connaît de nombreux pouvoirs magiques. Mais avez-vous déjà entendu parler de la Fée des grains de poussière ? Aussi riquiqui qu’une fourmi, elle a pourtant une foule de choses importantes à nous raconter !
Ode aux petites joies du quotidien, La Fée des grains de poussière est un vrai rayon de soleil. Aux côtés de cette héroïne haute comme trois pommes (et encore !), les autrices nous ouvrent les portes d’un monde oublié et à portée de main : celui des bidules minuscules et des trucs considérés comme insignifiants. Ici, chaque brin d’herbe possède sa propre personnalité, les limaces sont appréciées à leur juste valeur et le ruissellement des gouttes de pluie sur une vitre se transforme en une course palpitante !
La fée espiègle nous livre quelques-unes de ses histoires préférées, qui traitent de sujets méprisés comme la vie d’un caillou voyageur ou d’une araignée danseuse. À hauteur de petits riens, on en prend plein les mirettes ! Les illustrations pétillantes et acidulées sont bourrées de détails rigolos, et le livre est lui-même multifacette, jonglant entre narration frontale, chansons (dont on peut s’amuser à inventer l’air) et même horoscope version chitine.
Cette BD rappelle la nécessité de prendre le temps d’observer tout ce qu’il se passe autour de soi. De contempler les merveilles de la nature, de tendre l’oreille aux mélodies du vent comme aux ballades des insectes… Bref, d’être attentif·ve et de réapprendre à considérer toute chose et tout être avec la même considération.
L’air de rien, La Fée des grains de poussière transmet un message et des valeurs très important·es. Dans notre monde qui va bien trop vite et où le superficiel et le m’as-tu-vu règnent, cette bande dessinée m’a fait l’effet d’une jolie petite bulle de bonheur !
Sous le lit d’un enfant se cache un petit monstre tout bleu répondant au terrifiant surnom de Jojo L’affreux. Héritier d’une grande lignée d’Effaroucheur, son destin est d’effrayer les êtres humain·es ! Mais il a beau s’agiter dans tous les sens, grogner et rouler des yeux nuit après nuit, le garçon dont il s’occupe continue de dormir paisiblement, sans sourciller. Dépitée et ne comprenant pas pourquoi il n’arrive pas à ses fins, la créature velue décide de faire son baluchon et de tenter une nouvelle vie.
Après L’incroyable catalogue des monstres, Mateo Dineen démontre une nouvelle fois son talent d’illustrateur de bestioles effroyablement mignonnes, cette fois-ci aux côtés de Dita Zipfel.
Jojo L’affreux aborde la peur enfantine du fameux monstre sous le lit sous un angle novateur et amusant. Ici, le petit héros aux chicots de travers écrit une longue lettre d’adieu au garçon dont il essaye, en vain, de hanter les nuits. Et au passage, c’est un peu comme s’il s’adressait directement aux lecteur·rices !
On peut donc en profiter pour faire une lecture accompagnée de cet album
en prenant plein de voix rigolotes, afin de permettre aux enfants d’apprivoiser leurs petites peurs nocturnes.
Il faut bien dire que Jojo est beaucoup plus attachant qu’effrayant, et on en vient presque à souhaiter qu’il soit sous notre lit pour en faire notre ami !
Le livre déculpabilise aussi sur le fait de ne pas obligatoirement suivre un chemin tracé d’avance, et que trouver sa propre voie peut prendre du temps. En effet, Jojo se compare beaucoup à son père et fait tout son possible pour lui ressembler, jusqu’au moment où il admet finalement qu’il s’épuise pour rien. Un poil découragé, il va aller de l’avant en se lançant dans une nouvelle aventure. Celle-ci lui permettra de s’épanouir dans un nouveau boulot où il pourra user de ses talents d’Effaroucheur miniature dans la joie et la bonne humeur.
Depuis que les monstres se découpe en douze saynètes, cadencées par un humour noir et marquées par le bizarre. On y voit des hommes et des femmes se faire berner par d’inquiétantes créatures, semblant peupler aussi bien les maisons, les forêts que les bureaux ou encore les appareils électroménagers.
Avant on savait à quoi s’en tenir niveau monstre : croque-mitaines, loup-garou, vampires… Il suffisait d’éviter les bois la nuit, les châteaux hantés et de s’équiper d’une couronne d’ail pour s’en protéger. Mais de nos jours, ils sont partout et prennent toutes sortes de formes, évoluant avec nous et avec nos technologies. Ainsi, une simple fleur devient une menace grandissante et un paquet de bonbons peut s’avérer être un vrai traquenard !
Dans la même veine que les nouvelles d’Italo Calvino ou celles de Roald Dalh, le style de Germano Zullo distille le doute, manie l’étrange sans trop en dire, laissant aux lecteur·rices le soin de combler les zones d’ombres.
Et des zones d’ombres il y en a ! Elles s’étendent aussi bien entre les mots que dans les illustrations ondoyantes. Autant de flaques de nuit et de nappes d’encre, grouillantes de monstres qui n’attendent qu’une chose : se moquer des humain·es en les prenant au jeu de leurs propres faiblesses.
Car ici, les protagonistes se font mener par le bout du nez à cause de leur gourmandise, de leur fainéantise ou encore de leur naïveté. Dans ces fables contemporaines, on peut lire une critique grinçante de notre société consumériste, où les monstres ne sont que les simples miroirs de nos vanités humaines.
Albertine apporte une ambiance toute particulière au récit : elle ne se contente pas de seulement planter un décor, mais joue avec la mouvance des formes ou la géométrie des fonds. Son trait semble vivant et tentaculaire et l’on a l’impression que les personnages vont sortir des pages et s’immiscer dans notre quotidien… Pour se moquer de nous ou bien nous sauter dessus !
À la fois beau, curieux et inquiétant, Depuis que les monstres est un album pour lequel j’ai eu un coup de cœur, et que je recommande aussi bien aux ados qu’aux adultes.
| Misty de Florian Fay, illustré par Felix Kindelán Helvetiq Prix : Autour de 10 € Âge d’après l’éditeur : à partir de 6 ans Nombre de joueur·euse·s : 2 à 4 Temps de jeu d’après l’éditeur : 15 minutes Fabriqué en Pologne |
Comment Mélissandre, la petite sorcière, découvrit le secret du bonheur![]() ![]() de Guillaume Bianco Little Urban 19,90 €, 202×226 mm, 312 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La fée des grains de poussière, petites miettes d’histoires![]() Scénario d’Esmée Planchon, dessins de Jeanne BalasBD Kids dans la collection Mini BD Kids 8,95 €, 185×210 mm, 56 pages, imprimé en Slovénie chez un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Jojo l’affreux![]() Texte de Dita Zipfel, illustré par Mateo DineenMargot 12,90 €, 217×288 mm, 48 pages, imprimé en France par un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Depuis que les monstres![]() Texte de Germano Zullo, illustré par Albertine La joie de lire 16,90 €, 166×247 mm, 72 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.



Scénario d’Esmée Planchon, dessins de Jeanne Balas
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