Aujourd’hui je vous parle de trois livres qui nous invitent à prendre un grand bol d’air frais. Je vous propose de me suivre dans des déambulations poétiques à travers Le jardin d’Abdul Gasazi et un certain Jardin merveilleux. Et pourquoi ne pas également prendre le large, en compagnie du Pêcheur d’idées ?
Alors que sa voisine va à un rendez-vous, Alan Mitz se voit confier la garde de Fritz, un bull-terrier assez mal élevé qui aime beaucoup mordiller tout ce qui se trouve sous sa truffe. Les chevilles, les casquettes, les coussins… Tout y passe ! Alors que le garçon et le chien se promènent dehors, ils tombent sur un panneau qui indique ceci : « Les chiens sont absolument interdits dans ce jardin. Abdul Gasazi, magicien à la retraite. » Et bien sûr, Fritz ne perd pas une seconde pour se précipiter dans le parc défendu ! Alan se lance immédiatement à sa poursuite, et court à travers les allées immenses jusqu’à tomber sur la demeure du magicien, qui réserve un sacré tour aux chiens désobéissants qui pénètrent sa propriété ! Que va bien pouvoir dire Alan à sa voisine, pour expliquer la nouvelle apparence de Fritz ?
Attention, petit bijou ! Le jardin d’Abdul Gasazi est tout simplement majestueux et totalement envoutant. Rien que l’objet en lui-même, qui se referme grâce à un ruban, évoque le précieux et la rareté, et le charme opère dès la première page. En effet, le travail d’illustration de Chris Van Allsburg (auteur de Jumaji et de Polar Express) est à couper le souffle et nous happe dans un univers étrange, hors du temps, et où le fantastique se mélange imperceptiblement au réel. Composés de noir, de blanc et de nuances de gris, ses dessins sont à la fois lumineux et un peu inquiétants (et d’un réalisme fou, on croirait presque voir des photos) , évoquant à la perfection le sentiment que la magie peut provoquer en brouillant les pistes.
Le texte est lui aussi très prenant, et nous nous lançons à la poursuite du chien polisson aux côtés d’Alan, sentons monter l’adrénaline en même temps que lui, puis s’épaissir le mystère.
Labyrinthique et hypnotisant, Le jardin d’Abdul Gasazi est un livre frontière entre les rêveries de l’enfance et le réel du monde palpable. Un coup de cœur.
Un petit arbre doit fuir le bois tranquille où il vit depuis toujours, chassé par une terrible tronçonneuse qui détruit tout sur son passage. Après un long voyage, il tombe sur un endroit plutôt étrange : des fleurs, des arbres et des buissons y poussent comme dans sa forêt natale, mais toutes et tous sont bien aligné·es, rangé·es à la perfection sans aucune feuille qui ne dépasse.
L’arbrisseau en exil y est plutôt mal accueilli, bien qu’il soit pourtant un végétal lui aussi. La raison de ce rejet ? En plus d’être un étranger, il n’a même pas de racines… Hors, aux yeux de toute cette flore bien proprette, posséder des racines est la notion même du merveilleux. Cependant, ils et elles décident de tolérer le nouveau venu… à condition qu’il remplisse des tâches ingrates, comme celle de balayer hors de ce jardin rigide tout ce qui ne possède pas de racine.
Nuage, rocher, étoile, flaque, rien ne doit rester ! Mais un oiseau se révolte contre ces coups de balai, ouvre son bec et remet en question cette vision (étriquée) du merveilleux.
Beaucoup des thèmes importants se cachent dans Le jardin merveilleux. Piret Raud véhicule énormément de messages qui se dévoilent en plusieurs niveaux de lecture, selon les âges. Pour les plus jeunes, il va plutôt s’agir d’un récit autour de la définition du beau, de l’incroyable et de la tolérance. Pour les plus grand·es, l’exil du petit arbre permet d’aborder la thématique de l’immigration, ainsi que celle de l’écologie à travers la déforestation qui ouvre le livre.
À la fin, le nuage, le rocher, l’étoile, la flaque et l’oiseau, balayés hors de ce jardin trop parfait, donnent chacun·e leur avis quant à la notion de merveilleux, démontrant qu’il en existe autant de définitions qu’il n’y a de choses sur la planète, et même dans l’univers !
Les dessins de l’auteur, réalisé selon la technique du pointillisme, sont très fins et poétiques, et ses personnages anthropomorphiques ressemblent à d’étranges extra-terrestres végétaux, chacun avec leur caractère et leurs aspirations.
Les pages sont séparées en deux parties : une bande orange pour représenter la terre et les fameuses racines sacro-saintes, et le reste en blanc pour laisser place aux branches, aux fleurs et aux feuilles. Le tout ressemble à un herbier épuré, au récit profond et un peu philosophique.
Un très joli livre, aussi bien au niveau de l’histoire que des dessins, qui remet en question nombre de préjugés, et traite de la tolérance avec beaucoup d’intelligence et de délicatesse.
Monsieur Edmond vit en solitaire sur une petite île au milieu de nulle part, qu’il a douillettement aménagé. Tous les jours, il part à la pêche : pas pour ferrer le poisson, mais pour remonter des idées qui sont ballottées par les flots. Il remonte toute sorte d’inventions, de la plus farfelue à la plus utile, qu’il s’amuse à construire pour meubler son chez lui. Mais un beau jour, un terrible déluge le surprend alors qu’il est sur sa barque. La tempête submerge son île et de tous ses bricolages, il ne reste plus rien ! Le voilà obligé d’errer très longtemps en mer, jusqu’au jour où il aperçoit un nouveau bout de terre à l’horizon. Il va alors changer un peu ses habitudes, laissant ses propres idées flotter aux grés des eaux, afin que d’autres puissent également les trouver et en profiter.
Le pêcheur d’idées est un album aux couleurs tendres et aux dessins doux et ronds, qui aborde avec beaucoup d’imagination la résilience, le partage et qui encourage au bricolage et à créer de ses propres mains. Monsieur Edmond mène une vie simple et profite des petits bonheurs qui s’offrent à lui avec beaucoup d’humilité, tout en prenant soin de la nature qui l’entoure : il illustre une autre manière de consommer et de vivre, plus simple. Solitaire mais heureux, il va s’ouvrir au monde et au partage à sa façon.
Un livre poétique, qui laisse planer un parfum de mystère et qui invite à la rêverie.
Le jardin d’Abdul Gasazi de Chris Van Allsburg (traduit de l’anglais par Christiane Duchesne)D’eux 17,50 €, 310 x 285 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Un jardin merveilleux de Piret Raud (traduit de l’estonien par Olek Sekki)Rouergue 15 €, 196 x 163 mm, 46 pages, imprimé au Portugal, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le pêcheur d’idées Texte de Juliette Parachini-Deny, illustré par Léo MéarOrso éditions dans la collection Impromptu 13,50 €, 185 x 165 mm, 40 pages, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.




de Chris Van Allsburg (traduit de l’anglais par Christiane Duchesne)