Aujourd’hui, je vous fais découvrir deux chouettes albums ! On part au Brésil, au bord du fleuve São Francisco avec Tonton Couture et ensuite, on va ronchonner contre toutes les petites choses agaçantes du quotidien avec Le Tracas de Blaise.
Edinho passe tous ses après-midis avec son oncle, Tonton Couture. Avec lui, il apprend à couper le tissu, à faire des ourlets… et il adore le regarder travailler pendant des heures et des heures. Quand le petit garçon a terminé ses devoirs, son oncle lui raconte des histoires. Il lui parle du fleuve surnommé « le vieux Chico », quand son eau était encore propre et claire et que les poissons y vivaient nombreux. Mais un jour, une usine s’est installée dans le petit village qui s’est mis à se développer d’un seul coup, trop vite. Alors, la poussière a recouvert les maisons, l’eau du fleuve est devenue trouble et tonton couture a laissé les tissus chatoyants de côté pour se mettre à confectionner des uniformes gris et tristes pour les ouvrier·ère·s. Jusqu’à ce que ces tenues de travail arrivent directement dans des cartons, fabriqués par des gens qui travaillent encore moins cher que Tonton Couture. Mais un jour, Edinho trouve de belles chutes de tissus colorés dans un tiroir. Et si ramener la couleur dans la ville était déjà le début d’une solution ?
Cet album m’a mis une petite claque. Très engagé, il est totalement réaliste puisque l’autrice, Eymard Toledo, s’est inspirée de faits réels. Cette petite ville fictive n’est que le miroir de ce qu’il se passe réellement sur les bords du fleuve São Francisco. Les usines s’installent au détriment de la nature environnante, en polluant massivement et en causant des dommages irréversibles. Tonton Couture est une fable qui alerte sur une situation qui va en se dégradant. Sans pathos, mais en réussissant tout de même à toucher le lecteur et la lectrice, l’album soulève des questions fondamentales sur l’écologie, mais aussi sur la délocalisation.
Un album engagé à mettre entre toutes les mains.
Normalement, après une bonne nuit de sommeil, on est en pleine forme. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche pour Blaise ce lundi matin. En essayant d’enfiler ses chaussons, il se rend compte que ses pieds sont devenus des pattes d’ours ! Surpris et un peu déboussolé par ce changement étrange, il se prépare tout de même à partir au travail, affronte les embouteillages et essaye d’être aussi efficace que possible même si la concentration n’est pas franchement au rendez-vous. Il est bien heureux de se mettre au lit après cette affreuse journée. Mais, mardi matin, c’est maintenant tout le bas de son corps qui est recouvert de fourrure. Blaise passe encore une sale journée où rien ne va (café renversé, téléphone qui sonne sans arrêt, panne de voiture…) puis rentre chez lui et mercredi matin, c’est évidemment encore pire. Et puis, arrive finalement le vendredi matin. Blaise est totalement « oursisé », mais aussi totalement serein, enfin.
Si vous n’êtes ni du lundi, ni du mardi, ni du mercredi… bref, si vous n’êtes pas du matin et que vous êtes naturellement râleur·euse, cet album est pour vous ! La métaphore du manque de motivation pour affronter la semaine avec ce personnage qui se transforme de plus en plus en ours grognon est vraiment drôle et surtout originale. Et, honnêtement, je pense que, petit ou grand, il est quasiment impossible de ne pas se retrouver dans cet album. Les illustrations sont merveilleuses, aussi bien dans le choix des couleurs que par la multitude de détails ou de motifs qui donnent envie de se plonger dans chaque page pendant des heures et des heures. Le sujet concerne vraiment tout le monde, et je pourrais oser tenter une interprétation en disant que la seule chose qu’on attend dès le lundi matin, et bien c’est en fait le week-end et qu’avec lui, reviennent la paix et la liberté. Ou alors, le travail est une condition absurde qui va contre notre nature sauvage et éprise de liberté ? À vous de lire pour vous faire votre propre opinion.
Un album à offrir à tou·te·s les grognons.
Tonton Couture![]() ![]() d’Eymard Toledo Anacaona Junior 13 €, 300 x 220 mm, 40 pages, imprimé en Union européenne, 2017. |
Le Tracas de Blaise![]() ![]() ![]() Texte de Raphaële Frier, illustré par Julien Martinière L’Atelier du poisson soluble 16 €, 240 x 270 mm, 40 pages, imprimé en République tchèque, 2017. |
Aime le papier bulles et les dinosaures.




J’ai le coup de foudre pour “Tonton couture”, un thème qui est important et des illustrations semble-t’il sublimes … je me note ce titre !