Aujourd’hui je vous parle de trois livres : Comme un roman, Roule, Ginette ! Et enfin Little Minot découvre David Bowie. Le premier va nous ouvrir l’appétit (celui de lire), le deuxième remet au goût du jour un vieux conte, et le troisième nous emmène dans un voyage surréaliste, à la rencontre d’une star du rock.
Un vieux couple vit à l’écart de tout, dans une forêt. La femme, Ginette, passe ses journées à briquer la maison, préparer à manger et s’occuper des différentes tâches ménagères, alors que son mari reste tranquillement dans son fauteuil. Un jour, il lui ordonne de préparer une galette, et elle a intérêt à être à son goût ! Savoureuse, bien dorée, et être servie à la température parfaite, sinon… ! En attendant que le plat refroidisse, Ginette se surprend à rêver : sa vie serait sans doute plus douce si elle était à la place de ce gâteau, en train de se reposer au soleil plutôt que de subir la tyrannie du Vieux. Et miracle, la voilà qui se retrouve transformée en cette fameuse galette ! L’occasion parfaite pour enfin prendre la clé des champs, et rouler loin de son quotidien de corvées. Sur son chemin, elle va croiser bon nombre de personnages (lapin, ours, loup, renard)…, aussi rusés qu’affamés, qui n’auront qu’une idée en tête : la dévorer. Jusqu’où sa route va-t-elle la mener ?
Cette histoire vous dit sûrement quelque chose, à certains (très importants) détails prêts : le couple ancré dans des habitudes misogynes où l’homme ordonne et la femme exécute, la galette qui devient douée de conscience… Roule, Ginette ! dépoussière en effet le célèbre conte traditionnel russe Roule, Galette à travers le prisme du féminisme, lui offrant au passage une fin heureuse et juste ! Car il faut avouer que l’histoire originale, marquée par un patriarcat normalisé, possède une chute plutôt terrible côté pâtisserie…
Lassée par la charge mentale qu’elle supporte depuis trop longtemps et par la méchanceté de son mari, Ginette largue les amarres sans hésiter. Pas grave si c’est sous les traits d’une galette, après tout cette forme lui permet de rouler pour prendre la clé des champs ! Elle file à toute berzingue, clouant le bec des animaux gourmands sur son passage. Car si elle a quitté un climat d’oppression, ce n’est pas pour se laisser stopper par le premier venu !
Mirion Malle dessine des personnages aux expressions tordantes (j’ai notamment adoré le visage blasé de la Ginette-galette) et prend également soin de représenter des femmes de toute morphologie et de tout âge. La palette de couleurs tendres et printanières évoque le renouveau, la douceur de la nouvelle vie que va découvrir l’héroïne, placée sous le signe de la sororité. Dans Roule, Ginette ! les stéréotypes n’ont pas leur place, et c’est tant mieux ! Un album coup de cœur, qui démontre qu’il n’y a pas d’âge pour tout envoyer balader et trouver le bonheur.
Qui n’a jamais entendu cette fameuse phrase : « les jeunes ne lisent plus » ? Daniel Pennac s’attaque à cet épineux sujet à travers l’essai Comme un roman, qu’il divise en quatre grandes parties : La naissance de l’alchimiste, Il faut lire (le dogme), Donner à lire et enfin Le qu’en lira-t-on ? Il propose une réflexion marquée par l’empathie et l’esprit bienveillant qu’on lui connaît, et aborde notre relation aux livres. Comment elle change au fur et à mesure du temps, la manière dont on l’appréhende (lecture silencieuse ou à voix haute) mais aussi le rôle que jouent parents et professeur·es dans son apprentissage.
Sans être jamais moralisateur ou condescendant, Daniel Pennac soulève bien des questions sur notre rapport aux livres : comment il évolue de la petite enfance à l’âge adulte, la manière dont on peut transmettre l’envie et même le besoin de lire … Il appuie notamment sur l’importance de démystifier la lecture qui peut paraître être un fardeau lors de la scolarité, lorsque le livre devient synonyme de devoirs et non plus d’échappatoire. En effet, pourquoi s’acharner à évoquer les livres majoritairement par le prisme de l’intellect ?
Il revient également sur la lecture du soir, qui s’arrête souvent lorsque l’enfant commence à savoir déchiffrer tout seul ces albums qui lui étaient jusqu’à lors si mystérieux. Que pourrait-il bien
se passer si ce moment de partage et de rêveries continuait encore un peu ?
Dans cette ré-édition, le grand illustrateur Quentin Blake accompagne le texte de ses dessins au trait libres. Personnages souriants, livres empilés ou aux pages écornées, bouquins baladés dans les poches et prêtés à des ami·es… Tout évoque la passion que peut susciter un moment de lecture, qu’il soit solitaire ou partagé.
C’est d’ailleurs avec nostalgie et surtout plaisir que j’ai retrouvé Daniel Pennac et Quentin Blake. Ces deux grandes figures de la littérature jeunesse de mon enfance réunies dans un seul et même livre, quel bonheur !
Comme un roman est juste sans être culpabilisant, amorce une prise de conscience tout en étant très agréable et facile à lire. Bref, c’est un essai réussi, à mettre entre toutes les mains.
Comme tous les soirs, Little Minot s’endort au son d’une histoire. Cette fois, c’est sa grande sœur qui se charge de la lecture. Elle opte pour un ouvrage qui va emmener le petit garçon au cœur d’un étrange labyrinthe, dans lequel il va croiser le chemin de non moins mystérieux personnages. Roi des Gobelins, Ziggy Stardust, Halloween Jack, Major Tom ou encore Thin White Duke… Il semblerait bien que ce rêve le mène tout droit à la rencontre de David Bowie et de ses nombreuses facettes !
Bourré de références que l’on s’amuse à dénicher au fil des pages, Little Minot découvre David Bowie est un album parfait pour découvrir le parcours du célèbre artiste (aussi bien au niveau de ses chansons que des films dans lesquels il apparaît)… Mais pas que !
En effet, s’il y a de nombreux clins d’œil à son univers, on trouve aussi les représentations d’œuvres d’Andy Warhol, d’Escher ou encore de Dmitri Vrubel, sans compter le nom même du petit héros en pyjama, qui se rapproche énormément du Little Nemo in Slumberlant !
L’un comme l’autre sont en effet deux rêveurs, dont les songes les mènent aussi loin que leur imagination (débordante) peut les porter.
Textes et illustrations se répondent dans un jeu qui entraîne une manipulation assez originale du livre : il faut parfois le tourner pour pouvoir suivre l’histoire et profiter de tous les détails des dessins. Une excellente idée, car après tout, les rêves ne sont jamais linéaires. De plus, un jeu de l’oie est proposé à la fin de l’album, pour vivre de nouvelles aventures aux côtés de Little Minot et poursuivre un peu les songeries.
Un album inventif, à l’histoire fluide et aux dessins accrocheurs aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Parfait pour éveiller la curiosité, découvrir et échanger autour de ce voyage dans le monde des rêves, de l’art pictural et du pop-rock !
Roule, Ginette !![]() Texte d’Anne Dory, illustré par Mirion MalleLa ville brûle 15 €, 250×175 mm, 48 pages, imprimé en Union Européenne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Comme un roman![]() Texte de Daniel Pennac, illustré par Quentin Blake D’eux 17,20 €, 130×200 mm, 184 pages, imprimé au Canada, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Little Minot découvre David Bowie![]() Texte de Dani Llabrés (traduit de l’espagnol par Léa Jaillard), illustré par Jaime PantojaBang ediciones, dans la collection Baleine 15 €, 254×254 mm, 32 pages, imprimé en Espagne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.


Texte d’Anne Dory, illustré par 