Aujourd’hui, on s’attache à l’amitié et la solidarité avec trois histoires très différentes mais tout aussi fortes, trois coups de cœur : Tout le monde sait faire du vélo d’Ingrid Chabbert et Maurèen Poignonec, Mon ami le banc d’Emmanuel Darley et Chloé Perarnau et Le Mur d’Anne Loyer et Nathalie Paulhiac.
La vie d’Antoine n’est pas très rigolote. Un papa plongé dans son journal et qui fuit la maison, une maman à cran qui oscille entre cris et pleurs, et pour couronner le tout, Antoine ne sait pas faire de vélo. À son âge ? Mais enfin… Tous les petits garçons et les petites filles savent pédaler ! Pourtant, Antoine a essayé, mais tout ce qu’il a récolté, ce sont des chutes impressionnantes et les sarcasmes de son père. Alors, notre petit héros a baissé les bras. Jusqu’au jour où, en face de chez lui emménage une nouvelle famille. Une nouvelle famille avec une petite fille de son âge, une petite rouquine rigolote et intrépide : Coralie. C’est le début d’une grande amitié à deux roues…
Tout le monde sait faire du vélo parle de ces petites choses du quotidien, qui paraissent évidentes pour la plupart des gens, sauf pour quelques-uns, et qui entraînent généralement moqueries de la part des autres et dévalorisation de soi. C’est une très jolie histoire que nous propose Ingrid Chabbert, une histoire qui nous montre l’importance de l’amitié dans les situations délicates. Car, à travers l’exemple du vélo, c’est bien de confiance en soi, de surmonter ses peurs et ses angoisses dont il est question ici. Et qui d’autre que les ami.e.s peuvent nous accompagner dans ces grands chamboulements ? Les dessins denses et poétiques de Maurèen Poignonec accompagnent délicieusement bien le texte, on plonge dans un univers vif et coloré avec plaisir.
Un bel éloge de l’amitié et de la solidarité qui fait chaud au cœur !
À l’école, la vie n’est pas facile pour Mûre. Surtout pendant les récrés. Cruelle, Grande Peste, Petite Peste et Grave passent leur temps à l’embêter et l’ont surnommée « Truc ». Alors Mûre s’isole dans un coin, les fesses vissées sur un banc qui devient très vite son confident. Un confident qui fait pouffer et jaser nos quatre pestes, jusqu’au jour où Gilles – dit Moineau – une autre de leur victime décide de rejoindre la douce Mûre sur son banc. À deux, les moqueries seront moins dures à supporter.
Ce n’est pas toujours évident d’aborder le harcèlement scolaire avec des enfants et des adolescent.e.s. C’est pourtant le tour de maître que réussit le regretté Emmanuel Darley avec Mon ami le banc. Grâce à un registre original : la pièce de théâtre. Tout sonne juste, les dialogues entre les enfants, la méchanceté gratuite des quatre pestes face à ceux jugés « différent.e.s », les monologues de Mûre, qui imagine ce qu’elle pourrait dire à l’école pour se faire des ami.e.s, sa honte à raconter à sa maman son calvaire… Mais Mon ami le banc est aussi une histoire qui parle d’amitié, de la joie qui nous envahit et inonde notre cœur lorsqu’on a un confident, un vrai, en chair et en os… Les dessins au crayon de Chloé Perarnau sont à l’image de ce texte : beaux et délicats. Avec très peu de couleurs, la dessinatrice crée un univers aérien, en totale osmose avec la pièce.
Un véritable coup de cœur, qui nous pousse à vouloir rejoindre la petite Mûre sur son banc et lui chuchoter à l’oreille qu’elle n’est pas seule !
Un matin, Dany découvre avec stupéfaction qu’un mur a poussé comme un champignon en face de chez lui, séparant du même coup la ville en deux. C’est un véritable choc… Et lui qui voulait se rendre dans sa boulangerie préférée, elle est maintenant inaccessible. Dany s’interroge et se demande pourquoi. Mais aucun adulte n’est capable de lui donner une réponse valable. Ni sa maman – qui pourtant sait toujours tout !- ni les « Kakimans », ces grands bonhommes qui se baladent en ville avec des fusils et encore moins les « Bleusmans » artisans de la construction du mur. Alors Dany s’aventure un peu plus près du mur pour comprendre. Et là, de l’autre côté il sent une présence… Une présence qui comme lui a dû se demander pourquoi, et qui, comme lui, doit être un peu chamboulée par ce mur… À deux, leur pourquoi aura plus de poids…
Le Mur c’est d’abord l’histoire d’une incompréhension. Celle de cet amas de pierres qu’on empile, sans considération pour les gens qui vivent là. Un mur dont personne n’est en mesure de savoir pourquoi il est là. Pourquoi il existe désormais « un bon » et « un mauvais » côté. Et puis Le Mur, c’est l’histoire d’un petit garçon qui veut comprendre et ne veut pas se résigner, un petit garçon qui ne veut pas se satisfaire de ce qu’on lui dit. C’est une très belle histoire que nous propose Anne Loyer, une histoire de résistance face aux décisions grotesques de certains adultes, une histoire de solidarité, de courage, d’enfants qui ne veulent pas abdiquer. Le récit est porté par les très belles illustrations de Nathalie Paulhiac, fortes et puissantes. Grâce à différentes techniques : collage, dessin… l’illustratrice reconstitue à merveille le décalage entre le monde coloré et joyeux de Dany et la grisaille ambiante qui s’annonce avec la construction du mur.
Une vraie réussite, un ouvrage qui redonne espoir et montre que rien n’est jamais perdu d’avance !
Tout le monde sait faire du vélo![]() Texte d’Ingrid Chabbert, illustré par Maurèen Poignonec Kilowatt 7,30 €, 140×180 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2016. |
Mon ami le banc![]() Texte d’Emmanuel Darley, illustré par Chloé Perarnau Actes Sud, dans la collection Heyoka Jeunesse 14,50 €, 151×205 mm, 62 pages, imprimé en France, 2015. |
Le Mur![]() Texte d’Anne Loyer, illustré par Nathalie Paulhiac À pas de loups 8 €, 140×190 mm, 64 pages, imprimé en Europe, 2016. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

