Je vous parle aujourd’hui de Sept jours pour survivre, de Nathalie Bernard, un thriller réfrigérant pour glacer votre été, et Balto, le dernier des Valets de Cœur de Jean-Michel Payet, une enquête passionnante au cœur du Paris d’entre-deux-guerres.
C’est l’histoire de Nita, treize ans, enlevée le jour de son anniversaire sur son trajet pour le collège. Nita est née à Montréal, d’un père amérindien et d’une mère blanche. Son père est en prison, et la passion de Nita est le métal (rouillé, de préférence). C’est l’histoire de comment survivre 7 jours dans la forêt, le froid, la faim — la peur.
Mais c’est aussi l’histoire de Gautier, patrouilleur, et du lieutenant Lavigne, Valérie Lavigne. L’histoire de comment l’horreur peut bouffer les humains et de comment la solidarité et l’amitié peut les aider à s’en tirer, couverts de bave mais en vie.
Sept jours, donc. Sept jours pour survivre. Survivre au gel. Survivre à l’angoisse. Pour Nita, Gautier, Valérie, ce sont sept jours sur un fil.
Véritable thriller pour ados, ce roman m’a ébranlé ; les mains rigidifiées sur les pages, je n’en finissais plus de crever de froid avec Nita. Sincèrement. On est pris⋅e dedans, embarqué⋅e. L’alternance des points de vue (Nita/les deux policier⋅ères qui la recherchent/le père de Nita) empêche cependant d’être pris⋅e jusqu’à l’étouffement. Quand le roman devient dur, on passe à un autre point de vue, comme une respiration. Et chaque point de vue enrichit l’intrigue, dans un mélange savamment dosé. Un mélange entre violence et liberté, joie et peine. Nathalie Bernard a un don pour décrire la nature, sa rudesse, sa beauté, qu’on avait déjà remarqué dans Sauvages et qui nous remue profondément. L’Indien qui vit en paix avec les papillons, nous dit-elle, est un mythe. La vérité, c’est la soif, la douleur, la fatigue. Le vent qui hurle. Les branches qui craquent. Et c’est juste… magnifique. Nita ne combat pas seulement son kidnappeur, ou sa peur : elle combat aussi cette nature, qui n’en a rien à foutre d’elle, qui l’effacerait comme ça, d’un trait de ses grandes mains neigeuses. Ce livre, c’est une intrigue haletante, compliquée juste ce qu’il faut, des personnages bien caractérisés, complexes mais sans plus, portés par une prose brutale et entraînante. Pour délivrer un message, tout aussi brutal, tout aussi nécessaire, sur la différence de traitement au Canada des femmes autochtones et des femmes blanches.
Balto B. grandit dans la Zone, une bande de misère qui entoure la capitale parisienne, nichée sous ses remparts. C’est son grand frère, Victor, qui lui apprend tout ce qu’il sait — comment se débrouiller pour éviter les « poulets », comment crocheter des serrures, qui voler, et surtout pour quoi… Mais Balto commence à douter de son frère quand, à la sortie de la guerre, tous ses compagnons d’armes sont tués un à un. En cavale pour s’être mutiné en 1917, Victor a échappé au tribunal de guerre ; mais échappera-t-il à la personne qui s’est mise en tête d’assassiner tous les Valets de Cœur, dont ses camarades et lui faisaient partie ? Pour sauver son frère, Balto va mener l’enquête, au péril de sa vie et de celle de son associée, Émilienne, une journaliste un peu trop investie pour être honnête…
L’action se situe juste après la Première Guerre mondiale, dans un Paris ravagé par la guerre et heureux d’être en vie. Balto, 14 ans, tresseur de paniers d’osier officiellement et repreneur des biens d’autrui officieusement, se débrouille pour vivre. Sur un ton gouailleur, il nous raconte ses péripéties pour retrouver Victor Vollard, son frère, ami et mentor, dangereux suspect et potentielle victime en danger. L’écriture mêle argot et insolence pour dessiner un personnage principal irrévérencieux, agaçant et attachant, auquel on accroche rapidement. Balto, le dernier des Valets de Cœur est construit sur une enquête, avec son duo improbable Émilienne-Balto et ses incursions au cœur des ruelles de la ville. Cette construction est intéressante, et, même si l’on devine plutôt facilement le pourquoi du comment, ce qui est dommage, le dénouement est surprenant : il est réaliste mais pas « vraisemblable », inhabituel parce que implacable — pour un peu, on croirait l’histoire réelle. L’immersion dans un Paris à la fois réel et imaginaire (la Zone, où vit Balto, n’existe pas vraiment) est très plaisante, croustillante, avec des dames bien habillées, des exilé⋅es russes et des artistes terre-à-terre. Malgré, donc, la facilité avec laquelle on comprend, bien avant les personnages, qui est à l’origine des assassinats, on se laisse emporter, et ce Paris, avec ses habitant⋅es, s’anime dans nos têtes, comme vivant.
Sept jours pour survivre![]() de Nathalie Bernard Thierry Magnier 14.50€, 140 x 220 mm, 253 pages, imprimé en France, 2017. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Balto Le dernier des Valets de Cœur![]() ![]() de Jean-Michel Payet l’école des loisirs, dans la collection Médium 15.50€, 149 x 218 mm, 318 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »


