Aujourd’hui, je glisse entre vos mains deux livres tout à fait différents, mais qui ont comme point commun de mettre à l’honneur la main : celle qui tourne les pages, celle qui joue, celle du marionnettiste…
Échauffement : top départ ! Hop, on traverse, on saute, on pivote, gauche, droite, on plie, on étire… C’est fini !
Inutile d’emmener vos enfants à la salle de sport ; aujourd’hui, ce sont leurs dix doigts que Sarah Cheveau leur fait travailler dans Parcours Santé. Cela ressemble d’ailleurs beaucoup aux petits exercices que proposent les enseignant·es de grande section et de CP avant d’entrer dans l’écriture, afin d’assouplir le poignet et de délier les doigts. Les plus jeunes pourront également s’essayer à ces jeux de motricité fine. Le livre est parfait pour elleux : cartonné et bords arrondis. Les couleurs fluo, et tout particulièrement le fond vert, ajoutent au dynamisme général de l’ouvrage. Des parties vernies accompagnent le geste du lecteur ou de la lectrice sportif·ve. Ce n’est pas parce que l’on fait travailler ses mains qu’il faut oublier de faire travailler sa tête : l’artiste amène l’enfant à compter jusqu’à 5, à repérer sa gauche de sa droite, à nommer chacun de ses doigts, à connaître les verbes d’action… Dans ce livre, l’adulte ne raconte pas d’histoire ; ce qu’il lit sert seulement de guide à l’enfant dans ses réalisations. Cet ouvrage rentre dans la catégorie des livres interactifs et ludiques que les enfants apprécient tout particulièrement et qu’iels reprendront en autonomie après une ou deux lectures de votre part. Dans le même esprit, je vous recommande La marelle à doigts, toujours de Sarah Cheveau, qu’Anaïs avait chroniqué ici.
La neige a envahi la forêt. Malgré le froid, un marionnettiste marche de ville en village pour jouer son spectacle mettant en scène une jeune fille et un diable. Un soir, l’homme se voit obligé de traverser un lac gelé, tirant derrière lui le traîneau qui porte son petit théâtre replié. C’est alors qu’il découvre un ours énorme en train de se noyer. L’homme s’acharne à le sauver. Mais l’eau glacée pénètre son corps et lui fait perdre l’usage de sa main. Comment le marionnettiste pourra-t-il dès lors continuer à travailler ?
Ronald Curchod nous plonge dans une histoire merveilleuse à l’allure de conte. Doubles pages d’illustrations et de textes se succèdent, le récit suivant invariablement l’image pour la compléter. La narration se trouve toujours en belle page (c’est-à-dire en page de droite) écrit en rouge sur fond blanc, oubliant les règles de mise en page et de typographie. Pas de majuscule, pas de ponctuation, pas de marge, pas de ligne : le texte totalement déstructuré occupe l’espace de la page, des zones blanches entrecoupent le texte rythmant la lecture. La mise en page guide ainsi le lecteur ou la lectrice adulte dans son débit. Ce texte est d’une grande qualité, mais peut parfois se révéler complexe pour les plus jeunes, d’où l’intérêt d’une lecture conjointe avec un·e adulte. Les magnifiques illustrations ont été peintes à la gouache et à la tempera (procédé ancien de peinture) dans des teintes bleu hivernal et nocturne, qui entrent en résonnance avec des touches de jaune orangé qui réchauffent et illuminent l’atmosphère.
Ces illustrations sont comme de grands panoramiques servant de décor au conte ; les personnages y sont peu nombreux. Dans la composition de ces images, l’artiste joue beaucoup avec la verticalité, les troncs des arbres rythmant la double page dans un jeu de lumière et de transparence. C’est comme si l’on percevait l’histoire se produire au loin, ne pouvant finalement que l’entrevoir. Cette histoire est comme mise en abyme, le livre faisant office de castelet où la narration se déroulerait dans une mise en scène théâtrale. Cette alternance d’images et de mots nous laisse le temps de nous imprégner de toute la beauté et de la poésie de l’album. Les liens et interactions entre l’homme et la nature sont omniprésents dans ce livre. Par exemple, les représentations de l’homme et de l’ours se confondent ; finalement, l’Homme serait-il un animal comme un autre ? Ils feront d’ailleurs preuve l’un envers l’autre d’une solidarité sans égale. D’autres animaux et un petit être fantastique viennent compléter la distribution des personnages ; mais je ne vous en dis pas plus, vous les découvrirez lorsque vous aurez l’ouvrage entre les mains. Laissez-vous emporter, petit·es et grand·es, dans le voyage en poésie que vous propose Ronald Curchod.
Parcours santé pour les mains![]() ![]() de Sarah Cheveau Éditions Thierry Magnier, dans la collection Pim ! Pam ! Pom ! 11,90 €, 147×195 mm, 24 pages, imprimé en Pologne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La main![]() de Ronald Curchod Rouergue 19 €, 235×287 mm, 60 pages, imprimé au Portugal, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.




