Aujourd’hui, je vous propose deux romans palpitants qui se dévorent d’une traite. Le premier nous plonge au cœur du XVIIe siècle européen, à bord d’un bateau hollandais où un équipage étonnant s’apprête à découvrir le continent caché du Pacifique. Dans le second, Diana, une jeune autochtone d’amérique se bat pour réhabiliter son frère, mort sous les coups de bûcherons illégaux et pour préserver son habitat : la forêt amazonienne.
1628. Si les monarques européens continuent à se livrer des guerres sur leur continent, une autre bataille tout aussi importante se joue sur les mers : la conquête des territoires pour le commerce et le développement économique. Un espace maritime reste encore inexploré : la partie sud de l’océan Pacifique. En Hollande, la terrible Compagnie des Indes décide de monter une expédition pour découvrir un continent caché. Cornelis Van Vliet, négociant très endetté, est sommé de mener l’opération et de trouver un équipage digne de ce nom. Au même moment, la jeune peintre italienne Apollonia fuit sa ville après avoir subi un viol. Déguisée en moine, elle intègre le bateau l’Espérance…
Qu’il est difficile de résumer Le secret des cartographes tant le livre est riche et dense. Premier tome d’une série que l’on espère longue, l’ouvrage se lit comme un roman de cape et d’épée sur mer. Il faut dire que Sophie Marvaud situe son intrigue au début du XVIIe siècle, à l’époque des mousquetaires. Ce beau roman est à la fois une merveilleuse peinture d’époque – l’autrice restitue avec une précision et une rigueur d’historienne les enjeux politiques de la période : les tensions autour du contrôle des mers, le secret qui entoure les cartes maritimes jalousement gardées par les monarques de chaque pays européen, les relations femmes/hommes ainsi que la vie quotidienne des Européen·nes au XVIIe siècle, mais aussi un formidable roman d’aventure : pour mener à bien le projet délirant de découvrir le « continent caché » du Pacifique, l’étrange équipage de Cornelis Van Vliet devra récupérer toutes les cartes des différentes expéditions maritimes européennes ! Suspense, trahison, vengeance, amitié et amour, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette épopée une savoureuse saga. Enfin, l’ouvrage est également un roman d’émancipation féministe avec son héroïne Apollonia (inspirée d’Artemisia Gentileschi, jeune peintre violée en 1612 par un ami de son père et qui décida de porter plainte). Elle qui se retrouve bafouée, abandonnée par son père à l’issue de son procès et handicapée du fait de torture subie retrouve son honneur et se recrée une identité et une famille à bord de cette Espérance ! En définitive, c’est un livre exaltant et aventureux, roman historique et d’espionnage qui séduit par son érudition et sa fantaisie !
Après la mort de son frère tué par des braconniers, la jeune Diana décide de le venger en s’engageant elle aussi dans la lutte pour la survie de la forêt amazonienne. Le problème, c’est que Diana est jeune, trop jeune, pour faire partie des Gardiens (un groupe d’amérindiens autochtones se battant contre la déforestation dont était membre son frère) et qu’elle est une fille : son objectif devrait être de trouver un futur mari. Mais Diana, treize ans, ne l’entend pas de cette oreille. Armée du smartphone de son frère et aidée par un jeune Français venu faire un documentaire sur les tensions au sein de la forêt, elle se transforme en lanceuse d’alerte avec l’intention d’avoir une portée internationale.
C’est après l’assassinat de Paulo Paulino Guajajara en 2019, un jeune homme se battant contre la destruction de la forêt amazonienne que Nathalie Bernard a eu l’idée d’écrire La gardienne de la forêt. Ce roman militant redonne foi et espoir dans la lutte. Diana est une héroïne farouche, un alter ego de Greta Thunberg en Amérique du Sud (elle découvre d’ailleurs la jeune activiste grâce aux réseaux sociaux). Issue d’une tribu amérindienne, vivant dans la forêt amazonienne, la jeune fille voit avec horreur la destruction systématique et organisée de son habitat. Les pages décrivant la forêt au prisme de Diana sont d’une grande beauté et d’une immense poésie. Tout en vivant « en dehors du monde », notre héroïne reste toutefois une jeune fille de son époque et c’est grâce aux réseaux sociaux – dont elle comprend vite l’utilité et la force – qu’elle va pouvoir s’exprimer. L’ouvrage n’est jamais manichéen et c’est aussi un miroir sur notre propre société que nous présente Nathalie Bernard. À la suite de vidéos postées sur Youtube, Diana est invitée sur les plateaux de télévisions parisiens pour parler de son combat, et, c’est sous ses yeux médusés – et ceux de son grand-père, personnage hilarant – que nous sont contés tous nos travers : l’obsession de l’immédiateté, la surconsommation, le traitement médiatique et la folklorisation des individus (heureusement, elle peut compter sur des allié·es). Avec beaucoup d’ironie, l’autrice nous montre à quel point nous établissons une hiérarchie claire dans nos priorités : alors que Diana est censée raconter l’horreur de la déforestation au Brésil, on la coupe sèchement pour parler de l’incendie de Notre-Dame. Ce parallèle pertinent montre que nous ne détournons pas toujours les yeux lorsque la maison brûle.
Le secret des cartographes ![]() de Sophie Marvaud Magellan et Cie 16 €, 150×220 mm, 280 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La gardienne de la forêt ![]() de Nathalie Bernard Editions Thierry Magnier 15,90 €, 142×220 mm, 309 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

