Vite ! Vite ! » ; « Dépêche-toi ! » ; « On n’a pas le temps » ; « On va être en retard » ; « Courir après le temps » ; « Perdre son temps », etc., sont autant d’expressions et d’injonctions dans nos quotidiens effrénés. Et si nous apprenions à lever le pied ? Voici trois albums qui font la part belle à notre rapport au temps et nous invitent à reconsidérer le joli proverbe latin carpe diem.
Branle-bas de combat ce matin chez Noah. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire d’Alma, une de ses camarades de classe. Le hic, c’est qu’il n’a pas vraiment envie d’aller à cet anniversaire. Il ne joue même pas avec elle pendant la récréation. Qu’à cela ne tienne, sa mère, elle, est bien décidée à le tirer du lit et à le traîner dans les magasins pour trouver le cadeau parfait pour la fillette. Un anniversaire, ça ne se loupe pas et il faut être à l’heure. Les voilà parti·es à sillonner la ville dans une course effrénée qui leur réservera bien des surprises. Seront-iel à l’heure ? Et le cadeau, sera-t-il au goût d’Alma ?
J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette mère et son fils qui entraînent les lecteur·rices dans une véritable course au cadeau idéal. Les illustrations pleines de dynamisme, à l’instar de la mère, sont emplies de chaleur et de mouvement. Humour et tendresse se dégagent également de cet album où l’amour maternel nous est proposé sous un angle différent, en dépeignant nos rythmes effrénés. Ainsi, les magasins et les moyens de transport deviennent le lieu de trouvailles insolites, mais aussi, et surtout, de pertes en tout genre. En effet, Noah égarera, tour à tour, son manteau, sa casquette, le cadeau… La drôlerie de la scène où Noah et sa mère se rendent compte qu’iels se sont trompé·es de jour est savoureuse à souhait et ne manque pas de pointer du doigt, avec malice, les parents et les enfants tête en l’air. L’histoire principale réserve une surprise à la fin de l’album avec une seconde histoire : celle du diadème égaré dans le bus. Le trait croqué et la qualité du papier diffèrent de ceux de la première histoire. Une histoire dans l’histoire comme je les aime, qui ajoute un charme et un intérêt supplémentaires à cet album. Enfin un ouvrage, drôle et tendre, interrogeant intelligemment petit·es et grand·es sur leur rapport au temps. Et vous, team pressée ou plutôt cool ?
« Quand tout va mal, que j’ai la tête à l’envers et les pieds dans la boue…
Je prends le temps de […]. »
À la manière d’un inventaire à la Prévert, la petite narratrice confie à ses lecteur·rices ce qu’elle fait quand ça ne va pas et les invite par là-même à reconsidérer ce qui est important pour elleux. Il en va ainsi de prendre le temps de voir ses amis, d’apprendre sur la vie, de faire des choses qui font du bien ou encore de se souvenir de ses rêves le matin pour enfin aller mieux. Bref, de tout ce qui fait la vie du haut d’un petit âge, mais aussi de celui des grands. La douceur qui émane des illustrations ajoute au caractère poétique de cet album tendre
et adorable. La concision du texte, réduit à une phrase par double page, invite à la réflexion et devient dans le même temps un véritable petit éloge de la lenteur, tout en invitant les lecteur·rices à profiter de l’instant présent. S’il y a bien une notion qui me fait cruellement défaut, c’est celle du temps. Celui qui nous échappe et qu’on ne maîtrise pas. Aussi, depuis quelques années, j’aime lire et relire ce petit album, véritable vade-mecum, qui me permet en quelques phrases de me rappeler de l’essentiel : prendre le temps pour soi. Un album qui met du baume au cœur l’air de rien et qui parlera aux petit·es comme aux grand·es.
Chaque jour, c’est pareil : il faut se lever, s’activer, avaler en quatrième vitesse son petit-déjeuner, se dépêcher, etc. Et si aujourd’hui, Rosa restait cachée sous la couette et prenait le temps de vivre lentement le moment présent ?
Qui n’a pas rêvé de ralentir, d’enfin respirer et rêver, de profiter de l’instant t ? « Et si » cela devenait possible ? Chaque page de cet album suggère ainsi un champ infini de possibles sorti tout droit de l’imagination à revendre, et pleine de poésie, de Rosa. Dès lors, et si au lieu de se précipiter à terminer son petit déjeuner, « on observ [ait] le fond de son bol, on remarquerait une drôle de farandole » ? Et si, au lieu de courir pour éviter la pluie, on enfilait nos bottes et on bondissait dans une flaque d’eau pour s’envoler très haut ? Et si… Vous l’aurez compris, à la routine moribonde répond une imagination féconde accompagnée d’une bonne dose de poésie qui invite les lecteur·rices à savourer l’instant présent et à laisser vagabonder leur imagination. Le tout est joliment accompagné des illustrations pleines de douceurs, de lumière et de poésie elles aussi. L’ensemble se transforme en un voyage poétique et une véritable invitation à laisser vagabonder son imagination.
Une maman si pressée![]() ![]() de Sara Lundberg (traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud) Seuil Jeunesse 14,90 €, 240×300 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Prendre le temps ![]() ![]() de Maud Roegiers Alice Jeunesse, dans la collection Histoires comme ça 12 €, 170×220 mm, 34 pages, imprimé en Europe, 2009. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Et si on prenait le temps![]() ![]() Texte d’Anne Kalicky, illustré par Qu Lan Gründ, dans la collection Le coin des histoires 14,95 €, 238×300 mm, 32 pages, imprimé en Europe, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.




