Les deux livres d’aujourd’hui mettent en scène des personnages qui affrontent les préjugés des autres avec beaucoup de courage.
Nishat, 16 ans, est originaire du Bengladesh. Avec sa petite sœur qu’elle adore et ses parents, elle vit en Irlande depuis plusieurs années maintenant. L’année scolaire qui débute pour Nishat n’est pas anodine : c’est ce qu’on appelle une “année de transition”, pendant laquelle les élèves se professionnalisent. Dans ce cadre, un concours de mini-entreprise est lancé dans le lycée de la jeune fille. Celle-ci est passionnée de tatouage au henné, héritage reçu de sa grand-mère. Alors, c’est décidé : elle va monter son entreprise de tatouage au henné ! Soutenue par sa sœur, elle se lance corps et âme dans ce projet. Mais quand une amie d’enfance refait surface et copie son idée, Nishat voit rouge. Comment se dépêtrer à la fois de sa colère face à l’appropriation de sa culture et de l’attirance qu’elle ressent pour cette fille ?
Racisme, islamophobie (Nishat et sa famille sont musulmanes), appropriation culturelle, lesbianisme, bisexualité : les sujets traités dans La guerre du henné sont nombreux. Pour autant, ça ne fait jamais « liste à cocher » et tout est amené de manière très naturelle. Le personnage de Nishat est complexe et ambivalent : on s’attache à elle tout en s’agaçant parfois de son comportement. J’ai rarement lu un personnage adolescent aussi réaliste, avec ses défauts comme ses qualités. J’ai été très touché et parfois ému de la belle relation qu’elle entretient avec sa sœur. Cette dernière est son pilier. C’est la première personne à qui Nishat a fait son coming out lesbien et la seule, dans sa famille, à l’accepter. Il y a des passages très durs de rejet de la part des parents. Un rejet silencieux, souvent implicite, mais pas moins violent. Nishat trouvera du soutien ailleurs. Même si le racisme et la lesbophobie sont très présent·es chez ses camarades du lycée, elle ne se laisse pas faire et force le respect. Ainsi, malgré les sujets difficiles, on n’est jamais dans l’abattement complet. J’ai aussi beaucoup aimé la plume fluide et rythmée d’Adiba Jaigirdar, qui signe ici un beau roman plein d’émotion et de réflexion.
Madoka est un petit garçon et ça ne l’empêche pas d’aimer tout ce qu’il considère mignon : les vêtements cousus par sa grande sœur, les robes, les peluches. Avec ses parents et sa sœur, il vient d’emménager dans un nouveau quartier. Madoka fait profil bas à l’école. À côté de lui est assis un garçon très viril, pour lequel il ressent de l’admiration. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre que ce garçon est une fille, et sa nouvelle voisine avec ça ! Les deux enfants pourront-iels devenir ami·es ?
Madoka et sa voisine, Itsuki, sont deux personnages attendrissants. Chacun·e à leur façon, iels défient la conformité de genre pour simplement être elleux-mêmes. Le secret de Madoka aborde des thèmes sérieux sur un ton plutôt léger et à hauteur d’enfant. Les dessins, doux et fins, sont accompagnés à merveille par une narration dynamique. Si certains passages sont plus cruels que d’autres, avec du jugement de la part de camarades de classe ou de certain·es adultes, on ressort quand même de cette lecture avec le sourire. Un manga qui met du baume au cœur et donne de l’espoir.
La guerre du henné![]() d‘Adiba Jaigirdar (traduit de l’anglais par Marie Belina) Alice Jeunesse, dans la collection Tertio 17,95 €, 140×210 mm, 440 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le secret de Madoka![]() de Deme Kingyobashi (traduit du japonais par Jordan Sinnes) Akata, dans la collection Small 8,05 €, 132×182 mm, 176 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

