Aujourd’hui, deux superbes romans d’apprentissage. D’abord, une dystopie qui met le genre au centre de l’intrigue, ensuite, l’incroyable récit d’une grand-mère à sa petite fille sur son enfance pendant la Deuxième Guerre Mondiale.
Dans une société post-catastrophe (un accident nucléaire a irradié la totalité de la planète), et les enfants naissent désormais avec les deux sexes. Ils et elles sont ensuite élevé.e.s dans la plus grande neutralité et ont des cours de préparation à un évènement qui leur fera choisir leur sexe définitif, la Seza, une sorte de rite de passage. Lorsqu’un pré-seza atteint ses 16 ans, il doit choisir son sexe définitif. Matt est un ado comme les autres, à quelques mois de cet évènement et sûr de son choix : il veut être un garçon. Tout paraît parfaitement orchestré pour que chacun se sente à sa place dans cette société sans pression apparente, où la neutralité des pré-seza s’entend jusque dans leurs prénoms monosyllabiques : Flo, Matt, Lou… Mais pourtant, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Comment faire quand choisir son sexe est trop compliqué, que la décision semble impossible à prendre ? Et que se passe-t-il lorsqu’une déficience empêche totalement le moindre choix ? Le jeune Matt va se retrouver dans une situation très inconfortable qui va l’amener à faire des découvertes sur la société dans laquelle il évolue. Et si, finalement, tout n’était pas aussi rose ?
Un seul volume de cette trilogie et je suis déjà totalement addict ! Cette idée d’intrigue liée au genre est franchement atypique. Le personnage évolue sous nos yeux, il est d’abord tout à fait à l’aise avec le fonctionnement de cette société, mais lorsqu’un détail le marginalise, il comprend qu’elle est finalement clairement hostile. Le roman est partiellement polyphonique, raconté la plupart du temps à la première personne par le héros éponyme de ce premier tome mais aussi, de temps en temps, par un narrateur externe. Ce dernier permet au lecteur et à la lectrice de découvrir certains éléments qui manquent encore à Matt pour réunir toutes les pièces du puzzle et pointe aussi plus explicitement certaines déviances de cette société en apparence bonne et soucieuse du bien-être de tous et toutes. On découvre alors une espèce de guerre des genres où les adolescent.e.s se trouvent confronté.e.s à un choix qui peut finalement être d’une violence inouïe, ce qu’on peut habilement mettre en parallèle avec la réalité, oui l’adolescence est une période de choix et de formation d’une violence inouïe.
Un roman unique dans son genre, à lire absolument !
Leïla, dite « Brindille », passe quelques jours chez sa grand-mère. Le soir où commence cette histoire, celle-ci décide de lui raconter son enfance pendant la guerre. Lucile, la grand-mère, était une petite fille dotée d’un sacré caractère et qui n’en faisait qu’à sa tête, terrorisant ses jeunes voisins et cachant des limaces dans les poches des autres enfants ou de certains membres de sa famille. Elle n’est sage qu’avec Emmanuel et Elsa, les locataires de la ferme paternelle où elle adore passer des heures et des heures, au grand soulagement de ses parents. Une enfance qui aurait pu se dérouler dans la joie et les punitions mais la Deuxième Guerre mondiale arrive. Lucile ne comprend pas exactement ce qui se passe autour d’elle, elle entend les conversations angoissées des adultes mais certains mots lui échappent, « juif » par exemple. Mais en parlant avec ses camarades de classe, notamment avec la fille du notaire (lequel est franchement antisémite) elle commence à discerner les enjeux de cette guerre et les choses étranges qui se passent autour d’elle se précisent peu à peu. Parce qu’elle entend et parle trop, Lucile va être confrontée à des situations très complexes pour une petite fille et les choses ne vont faire qu’empirer avec l’annonce de cette sentencieuse nouvelle : sa mère est enceinte.
Difficile de résumer ce petit bijou à l’intrigue incroyablement bien ficelée. Rien n’est évident, tout se découvre au rythme de la narration portée par un style merveilleusement musical et parfois presque poétique. Les thèmes, normalement plutôt lourds, de la guerre et des secrets sont abordés avec une délicatesse qui touche au plus profond le lecteur et la lectrice. Aucun pathos dans ce roman où tout est parfaitement bien orchestré. On pourrait vraiment se dire « tiens, encore un roman sur la guerre… “mais c’est loin d’être le cas. Au risque de me répéter, l’intrigue est réellement incroyablement menée et même si j’ai eu quelques doutes au fil de ma lecture, j’ai été profondément abasourdie par le dénouement. Encore une fois, le personnage de Lucile, véritable petit monstre, grandit sous nos yeux et passe d’une insouciance colérique à une gravité peu commune pour son âge, apportée par la guerre et ses complications.
Les mots me manquent pour en dire plus de ce coup de cœur incroyable, un merveilleux moment de lecture, bouleversant et génial.
Les Porteurs, T1 – Matt![]() de C.Kueva Thierry Magnier 14,90 €, 220×270 mm, 304 pages, imprimé en France, 2017. |
Quand le monstre naîtra![]() de Nicolas Michel Talents Hauts, dans la collection Les Héroïques 16 €, 148×220 mm, 256 pages, imprimé en Bulgarie, 2017. |
Aime le papier bulles et les dinosaures.


Bonjour La Mare, bonjour Marion,
Merci pour cette chronique ! Petite question sur “Quand le monstre naîtra”. Je travaille actuellement en partenariat avec une enseignante de CM (je suis bibliothécaire) sur la seconde guerre mondiale. Est-ce que c’est accessible pour des 9-11 ou pas du tout, sachant qu’ils sont très accompagnés sur le sujet depuis septembre ? Je sais, c’est un peu la question à 1000 balles mais je suis toujours à la recherche de nouvelles références sur le sujet.
Pour info, je leur ai déjà proposé des choses sur la BD Irena, sur des extraits de Qui se souvient de Paula, Max et les poissons…
Bonjour Marie !
Alors déjà, merci pour ce commentaire vraiment encourageant !!!
Ensuite, honnêtement j’en ai aucune idée :/ c’est vraiment le genre de chose que j’ai du mal à évaluer et en plus ça peut être vraiment différent d’un enfant à l’autre…
Désolée, je n’ai pas vraiment de réponse à cette question…
Oui je sais c’est toujours la question difficile…j’irai le feuilleter en librairie je me rendrais mieux compte sachant que maintenant je connais bien le groupe. En tout cas, merci beaucoup ça fait toujours une nouvelle idée à apporter.
Retour d’expérience, que ce soit l’enseignante ou moi, on a vraiment beaucoup aimé ce livre. On a testé des extraits avec le groupe et ça a vraiment bien marché. Merci pour cette belle découverte !
Bonjour Marie,
J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, je suis ravie qu’il ai si bien marché avec votre classe !
Merci à vous pour ce chouette retour !