Aujourd’hui je vous propose une immersion au cœur d’une carapace de tortue grâce au merveilleux album d’Éric Sanvoisin et Delphine Jacquot puis une réflexion intelligente et sensible autour de la question du « droit au logement » avec Madame Hibou cherche appartement de Caroline Dorka-Fenech et Géraldine Alibeu. Deux albums aux formes différentes mais qui mettent en scène des animaux qui tentent « d’habiter en poète le monde ».
Ce qui est pratique quand on est une tortue, c’est qu’on sort toujours avec sa maison sur le dos. Aussi, si l’on a un petit creux ou si l’envie d’une sieste se fait sentir, cela ne pose pas de problèmes ! La vie de Madame Tortue a donc tout pour être douce et tranquille… Oui mais voilà, notre héroïne se sent bien seule… Elle décide donc de passer des petites annonces pour trouver un colocataire et partager sa maison… Se présentent à elle un éléphant, une fourmi et un lièvre. C’est bien connu, les lièvres et les tortues font bon ménage ! Mais peut-être seulement dans les Fables de la Fontaine…
Cette nouvelle collaboration d’Éric Sanvoisin et Delphine Jacquot est une réussite ! On retrouve avec plaisir le goût de l’auteur pour le burlesque et les situations comiques. Éric Sanvoisin se révèle une fois de plus
un formidable conteur qui nous plonge au cœur d’un monde animalier cocasse et truculent. Un monde où les tortues se torturent l’esprit pour trouver un colocataire, et une fois ce souhait réalisé, font tout pour s’en débarrasser… Car la cohabitation entre la tortue et le lièvre ne va pas se passer comme prévu ! Autour de cette histoire pleine de charme et de promesses, la talentueuse Delphine Jacquot peint un univers séduisant, tout en couleur et en formes. Les pages fourmillent de détails, de plantes, de fleurs, d’animaux, à la frontière des illustrations des livres de conte du XIXe siècle et d’une certaine forme de vintage (dans les vêtements des animaux anthropomorphisés mais également dans l’intérieur de la carapace/maison de la Tortue). Une carapace pour deux est un album imaginatif, sensible, hymne à l’amitié face à l’adversité qui séduira les plus jeunes.
Dans une forêt, une vieille dame hibou vivait dans un très vieil arbre. Tous les soirs, elle croquait un médicament contre la fièvre et un carré de chocolat pour se donner du courage. Son rêve ? Quitter son arbre froid et insalubre pour un bel appartement tout neuf. Un soir, elle décide de prendre son courage à deux ailes et téléphone aux conseillers des hiboux… Commence alors une longue quête, administrative et physique pour atteindre le Graal… Mais si Madame Hibou se trompait ? Si le bonheur n’était pas dans un carré de béton ?
Madame Hibou cherche appartement est un formidable album, une merveille de poésie et d’intelligence. L’on suit donc les tribulations d’une vieille dame hibou qui tente de trouver un appartement. Avec courage, détermination et patience elle va se confronter à l’administration (les pages sur le « montage » de dossier sont particulièrement succulentes). Après avoir passé la première étape (rassembler des documents bleus et roses pour « prouver son identité »), Madame Hibou se rend « au bâtiment gris le plus proche » pour porter son dossier. Là, l’album prend une tournure plus sombre mais aussi plus politique. Car Madame Hibou va rencontrer des dizaines de volatiles qui aspirent, comme elle, à quitter leurs arbres. Mais c’est néanmoins dans ce contexte que notre héroïne va apprendre la solidarité, l’amitié et découvrir l’amour… C’est avec ces congénères qu’elle va se révolter
et porter une utopie si belle (et si simple) : se réapproprier la forêt et faire de « l’habiter » un droit essentiel. Émouvant, délicat et sensible, Madame Hibou cherche appartement est un hymne à la désobéissance civile. Une seule question doit se poser : face à une légalité défendue par un système absurde, la légitimité ne peut-elle primer ? La légitimé c’est de construire soi-même son logement, de se réapproprier son quotidien, sa vie en dehors des cadres tendus par un pouvoir oppressif. L’utopie est belle et l’on se plaît à rêver, avec les illustrations de Géraldine Alibeu à une forêt construite et soignée par ces petites mains (ou ces petites plumes)… Hibou de toutes les forêts, unissez-vous (et donnez l’exemple aux humain·es !)
Une carapace pour deux ![]() ![]() Texte d’Éric Sanvoisin, illustré par Delphine Jacquot L’étagère du bas 15 €, 330×180 mm, 48 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Madame Hibou cherche appartement![]() ![]() Texte de Caroline Dorka-Fenech, illustré par Géraldine Alibeu À pas de loups 16,50 €, 200×260 mm, 40 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


