La naissance est un thème récurrent en littérature de jeunesse. Mais, l’angle choisi est bien souvent le même : un grand frère ou une grande sœur dans l’attente de l’arrivée du bébé. Les deux livres que j’ai choisi de vous présenter, aujourd’hui, s’écartent de ce point de vue classique ; et dévoilent des aspects plus sombres et très peu abordés en littérature de jeunesse. Il sera ici question de dépression post-partum, d’adoption, de deuil périnatal.
Après avoir parcouru la planète, puis s’être marié·es, le Professeur Goupil et Akiko retrouvent la vallée des Mitaines. Il est temps pour eux de poser leurs valises. Les petits animaux ont maintenant l’âge de rentrer à l’école, et surtout Akiko est enceinte. Comme tous les futurs parents, le couple se questionne, s’inquiète, s’impatiente. Or, la naissance arrive bien vite. Une fois, l’émotion passée, le professeur se voit comme le héros de sa petite Lutine, qui vient de naître. Akiko, quant à elle, se sent épuisée, et triste. Elle ne comprend pas ce blues qui l’envahit, cette vague qui la submerge, alors qu’elle a tout pour être heureuse. Professeur Goupil se rend rapidement compte que ça ne va pas fort, cependant il ne sait pas comment aider sa femme. Mais c’est bien connu, la vérité sort de la bouche des enfants : pourquoi ne pas contacter la sage-femme (qui n’est autre qu’un homme sage), suggère l’un des petits animaux. L’accoucheur explique et réconforte. Ce sont des choses qui arrivent, cet état n’a rien d’anormal, seulement on en parle peu. Un jour, Akiko aura comme un déclic, et se sentira maman à part entière ; en attendant, elle a simplement besoin d’être entourée d’amour.
Une naissance, ce sont des émotions qui s’entrechoquent de toutes parts. Parfois, au milieu de la joie intense, viennent se glisser de grands moments de tristesse. On appelle ça le baby-blues, ou bien la dépression du post-partum. Le sujet est encore peu abordé dans la société, et c’est la première fois que je le vois évoqué en littérature de jeunesse. Le duo Loïc Clément et Anne Montel réussit à raconter cette situation si particulière avec légèreté et humour. Les mots sont justes, sans être graves. On passe du rire aux larmes. L’auteur joue sur la langue, sur le sens propre et le sens figuré des mots et expressions ; l’illustratrice se les approprie pour mettre en valeur le texte. Ce livre, c’est celui que les mamans en souffrance attendaient pour pouvoir expliquer cette tempête du post-partum à leur aîné. Un livre unique et drôle accessible à tous et à toutes, un livre doux et poétique pour réchauffer les cœurs.
C’est la fin de l’été sur l’île. Bientôt, les touristes prendront le dernier ferry, et Larkin, sa famille, son ami Lalo et les autres insulaires retrouveront leur petit bout de terre, rien que pour eux et elles. Cette année, cela rend Mamie Bird un brin nostalgique. Alors que cette période de l’année marque le retour au calme, elle rêve de nouveautés et de moments d’excitation. L’avenir va combler ses désirs, puisque la famille découvre le lendemain, dans son allée, un panier où est couché un bébé. Un petit mot accompagne l’enfant. « Voici Sophie, elle a presque un an… Je ne peux m’occuper d’elle mais je sais qu’elle sera en sécurité avec vous… Je reviendrai la chercher un jour. Je l’aime. » Commence alors, pour Larkin et les siens, une nouvelle aventure. S’occuper de cette enfant, la voir grandir, s’épanouir, sera un vrai bonheur pour eux ; une bouffée de joie, non sans conséquence, puisqu’elle réveillera des douleurs récentes.
Nous sommes tous sa famille. Un titre choisi avec justesse pour cette traduction en langue française (alors que la version originale se contentait d’un simple Baby), cette petite phrase recouvrant bien des aspects de ce livre. Ils sont tous et toutes sa famille. Sophie a un papa et une maman qui ne peuvent s’occuper d’elle momentanément, et puis elle a John et Lily qui prennent leur place quelque temps. Larkin, son ami Lalo, Mamie Bird font aussi partie de cette famille, au sens large. Je ne peux vous révéler le cœur de l’histoire, mais disons que, Sophie, elle aussi, comble un vide dans sa famille d’adoption. Cette douleur, ce vide, John et Lily pensaient être les seuls à la ressentir, mais la présence de Sophie va agir comme un révélateur. Ils vont se rendre compte que cette douleur a aussi touché la famille au sens large, y compris Larkin, qui n’est pourtant qu’une enfant. Il est intéressant d’avoir ici le point de vue de la fillette. L’amour et la peine, ça ne se contrôle pas. Mais pour les exprimer, il y a les mots. Et ce livre, c’est vraiment un livre sur la force et le poids des mots. Il y a d’abord la poésie, comme un pansement à la douleur, puis le silence des mots qui ne sont pas dits, les premiers mots de Sophie, annonciateurs des mots qui libéreront, comme un premier pas vers la résilience, et enfin, les mots, réminiscences des jours passés, et prélude à l’avenir, celui qui commence ici, à la fin du livre. Nous sommes tous sa famille est un beau livre, sublimé par son titre, sublimé par l’illustration de première de couverture de cette réédition.
Professeur Goupil et les rires qui s’envolent![]() Texte de Loïc Clément, illustré par Anne Montel Little Urban, dans la collection Premiers romans 8 €, 178×203 mm, 54 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Nous sommes tous sa famille ![]() ![]() de Patricia MacLachlan (traduit de l’anglais par Agnès Desarthe) L’école des Loisirs, dans la collection Médium Poche 5,80 €, 125×190 mm, 142 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.



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