Être bien chez soi pour être bien avec les autres… Voici en quelques mots l’adage qu’illustrent avec finesse et poésie les deux albums que je vous propose de découvrir aujourd’hui : le solaire Ma nouvelle maison de Melissa Castrillon et le fantaisiste Mauvaise herbe de Thibaut Rassat… Bonne lecture !
Une petite fille vit dans un décor digne d’un conte de fées : une grande maison entourée de fleurs et d’arbres où les animaux s’y sentent comme chez eux… Oui mais voilà, un beau jour, ses parents sont contraints de déménager pour aller vivre en ville. Ce nouvel environnement n’a rien pour plaire à notre héroïne. Et pourtant, avec un peu d’imagination, la petite fille va réussir à faire de ce nouveau lieu de vie un formidable cocon ouvert sur le monde et l’extérieur…
Quel bel album que Ma nouvelle maison ! La très talentueuse Melissa Castrillon nous conte une histoire douce et belle sur le changement de vie et la nécessité absolue de se sentir bien chez soi pour pouvoir s’ouvrir au monde. Cette thèse, l’autrice l’illustre avec beaucoup de poésie. Ainsi, dans ce nouvel appartement vide et gris, l’héroïne va très vite décider de recréer un monde à elle… Comment ? En faisant pousser des plantes grâce à des graines qu’elle a pu récupérer de son ancienne maison. Très vite, l’appartement se remplit de plantes luxuriantes et exotiques qui débordent même chez les voisins et les voisines ! Parce qu’elle se sent enfin sûre d’elle, qu’elle a pu recréer un univers à elle, la petite fille va pouvoir s’ouvrir aux autres. L’album est très beau, métaphorique et onirique. Il y a très peu de texte (et c’est un euphémisme), l’on suit le parcours initiatique de l’enfant au travers des dessins foisonnants et riches en détail de Melissa Castrillon. Son style, si particulier, ainsi que son utilisation des couleurs séduiront les plus jeunes et leur donneront à coup sûr la main verte !
Voici l’histoire d’Eugène. Eugène vit au 45 rue de Pythagore, il est architecte et ce qu’il aime par-dessus tout ce sont (vous l’aurez deviné) les bâtiments… Mais pas n’importe lesquels ! Les bâtiments droits et carrés, perpendiculaires avec des angles… Les maisons biscornues ou les jardins touffus, très peu pour lui ! Et ça tombe bien puisqu’on lui a commandé un chantier. Il va pouvoir mettre à exécution ses projets… Mais un jour, un arbre tombe sur l’immeuble qu’il est en train de construire, remettant en question tous ses plans… Peut-être pour le mieux ?!
Avec Mauvaise Herbe Thibaut Rassat nous propose un premier album drôle et inventif qui nous conte les tribulations
d’un architecte obsédé par l’ordre et par les bâtiments carrés. Le jour où un énorme arbre tombe sur son immeuble en construction, c’est toute la vie de notre Eugène qui est chamboulée… Car à partir de cet incident — qui pourrait apparaître banal —, Eugène va (ré)apprendre à laisser sa chance au hasard, à l’inconnu, et à l’aventure qui parfois peut pointer le bout de son nez au coin de la rue. Eugène va donc imaginer un nouveau bâtiment, poétique et original (que je vous laisse le plaisir de découvrir en lisant Mauvaise Herbe !). C’est à la fois un conte écologique (qui critique en arrière-fond l’architecture verticale des barres développées depuis plus de 50 ans en ville), une ode au vivre-ensemble, à la légèreté et surtout à la vie et à la nature. Car celles-ci ont souvent plus d’imagination que nous et si l’on accepte de lâcher prise, elles peuvent souvent nous surprendre pour notre plus grand plaisir !
Ma nouvelle maison![]() ![]() de Melissa Castrillon De la Martinière Jeunesse 13,90 €, 158x300mm, 44 pages, imprimé en France, 2020. |
Mauvaise Herbe![]() ![]() de Thibaut Rassat La Pastèque 18 €, 185×288 mm, 40 pages, imprimé en France, 2020. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


