Trois BD aujourd’hui. On y parle de la Seconde Guerre mondiale, du Rwanda et de réfugié·es.
Lisou a 89 ans, elle s’est préparée à raconter. Elle a sorti des cartes, des photos et d’autres documents. Elle se souvient. L’histoire qu’elle raconte commence en septembre 1943 quand, avec ses parents et sa sœur Mylaine, elle venait d’arriver dans un chalet où iels allaient vivre caché·es, en attendant que Janine, son autre sœur et Tony, son frère, leur donnent des nouvelles de Suisse où iels ont pu se réfugier. Un jour, alors que les SS frappent à leur porte, Lisou arrive à fuir, mais pas Mylaine qui est arrêtée.
C’est une histoire personnelle (celle de ses deux grands-tantes) que raconte Marion Achard dans ce premier tome de Quand la nuit tombe. Une histoire d’une famille juive pendant la guerre, comme on en a lu bien souvent. Mais c’est justement parce que c’est une histoire personnelle (qui lui a été confiée par ses deux grands-tantes qu’elle a interviewées pour faire ce diptyque) qu’elle nous touche. Parce que ce ne sont pas des personnes connues, mais une famille comme la nôtre. On découvre ici le quotidien d’une famille juive qui vit dans la peur, cachée, une famille qui doit fuir, se demander sans cesse à qui faire confiance, quels sont les bons choix à faire. Ce récit m’a vraiment touché. Le travail d’illustration de Toni Galmès, tout en délicatesse, est absolument magnifique. Un tome 2 (pour raconter l’histoire de Mylaine, la sœur de Lisou) est prévu. J’ai hâte.
Au Burundi (comme au Rwanda), la situation est compliquée. Entre les Tutsis et les Hutus, les tensions sont de plus en plus fortes même si peu de choses différencient ces deux ethnies. Gaby assiste inquiet à la montée de la violence et les conversations entre adultes qu’il entend parfois ne le rassurent pas. Lui dont le père est français et la mère tutsi sent que ses parents ne sont pas tranquilles et se demande ce que sa famille va devenir.
Dans son roman semi-autobiographique Petit Pays, Gaël Faye racontait le Burundi de son enfance. Les affrontements des Tutsis et des Hutus et surtout le génocide des Tutsis vu par un enfant. Son roman est ici magnifiquement adapté en BD par Sylvain Savoia et Marzena Sowa (auteur·rices de la série Marzi). Une adaptation totalement réussie, car on comprend tout sans avoir lu le roman (ce qui est loin d’être toujours le cas avec les adaptations de romans en BD), et l’on n’est pas frustré·es par une histoire qui nous semblerait survolée. Si, bien entendu, le récit est dur, il n’est jamais trop pesant grâce aux très belles scènes d’enfance pleines de fraîcheur. Cette adaptation est parfaitement adaptée aux adolescent·es.
Il y a tout d’abord Afshin, 13 ans. Dans son pays, l’Iran, la guerre a éclaté. Il a hâte d’avoir l’âge d’être soldat et de ne plus subir la situation, planqué dans sa cave avec sa famille dès que les sirènes résonnent. Un jour, ses parents lui annoncent qu’il va partir au Canada. Puis, il y a Alain, 13 ans, qui vit au Burundi et dont le père vient d’être arrêté, ce qui met la vie de sa famille en danger. Enfin, il y a Patricia, 16 ans, ougandaise. Elle aime son pays, elle s’y sent bien. Pourtant sa vie n’est pas facile, elle doit travailler quand d’autres vont à l’école. Quand sa famille apprend qu’elle est amoureuse d’une fille, c’est la sidération : dans son pays l’homosexualité est interdite, elle risque la prison, peut-être même pire. Il est décidé qu’elle partira le plus rapidement possible chez son oncle aux États-Unis.
Découpé en cinq chapitres (Tout quitter, Fuir, Tout n’est pas terminé, Maman, où es-tu et Demain, l’espoir), dans lesquels les voix alternent, Seuls de Paul Tom et Mélanie Baillaigé nous présente trois adolescent·es qui ont parcouru entre 9 436 kilomètres (pour Afsin) et 11 445 (pour Alain) pour vivre en sécurité. Iels racontent le départ précipité pour lequel on a le temps de ne rien préparer et de ne pas dire au revoir correctement, les adieux déchirants, le voyage éprouvant, l’arrivée dans un pays qu’on ne connaît pas (souvent seul·e), la nouvelle vie… Les récits sont beaux, forts, prenants. Les illustrations de Mélanie Baillaigé sont absolument magnifiques. Ce n’est pas forcément simple de parler de ce genre de thématique tout en faisant un bel ouvrage, ici le pari est totalement réussi.
Quand la nuit tombe. Lisou![]() Scénario de Marion Achard, dessins de Toni Galmés Delcourt, dans la collection Histoire & histoires 20,50 €, 226×300 mm, 128 pages, imprimé en Belgique, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Petit Pays![]() Scénario de Marzena Sowa et Gaël Faye, dessins de Sylvain Savoia Dupuis, dans la collection Aire Libre 26 €, 237×311 mm, 126pages, imprimé en Belgique, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Seuls![]() Scénario de Paul Tom, dessins de Mélanie Baillairgé La courte échelle 19 €, 152×215 mm, 141 pages, imprimé au Québec chez un imprimeur écoresponsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !



