Aujourd’hui, je vous invite à découvrir deux ouvrages qui abordent avec délicatesse et intelligence la perte du goût de vivre.
Depuis la mort de son père dans une avalanche, Anouk et sa mère tentent d’aller de l’avant, mais tristesse et douleur les encombrent. Jusqu’au jour où Gabriel, peintre nouvellement installé au village, propose des ateliers de peinture. Se laisseront-elles tenter par l’appel des couleurs ?
Il est toujours délicat d’aborder le deuil à hauteur d’enfant, mais à quelques exceptions près, les ouvrages qui le font regorgent toujours d’espoir et de bienveillance. C’est ce que l’on retrouve ici en la figure d’Anouk qui, malgré son jeune âge, porte sa peine et celle de sa mère à bout de bras. Aussi, l’arrivée de Gabriel, figure salvatrice, dans leur hameau, va changer la donne et redynamiser la vie de la petite héroïne très touchante, mais aussi lucide. La délicatesse de la plume associée à la tendresse des illustrations auxquelles la résilience et l’enthousiasme d’Anouk s’ajoutent, deviennent un baume au cœur pour les enfants en période de deuil et celles et ceux pour qui la vie n’est pas toujours tendre.
Un matin, une petite goutte d’eau, consciencieuse et passionnée par son travail, craque. Littéralement épuisée par ses tâches quotidiennes, elle fait déborder le vase des fleurs dont elle s’occupait pourtant avec soin et précaution. Une pause s’impose alors pour se requinquer et retrouver la joie de vivre. Y parviendra-t-elle ?
À travers la métaphore de la goutte d’eau qui fait déborder le vase, comme son titre l’indique, l’album aborde un sujet malheureusement d’actualité, et ce de plus en plus : le syndrome d’épuisement professionnel, plus couramment appelé burn-out. Il traite avec subtilité la question de la culpabilité qui en découle et du sentiment d’inutilité qui s’étend à toutes les sphères de la vie de la personne concernée. L’auteur, psychologue du travail et spécialiste de la prévention du burn-out, apporte un soin particulier à montrer qu’avec de l’aide et du temps, on peut se sortir de cette situation qui semble inextricable pour celui ou celle qui la vit. L’illustratrice parvient, malgré un sujet difficile, à allier humour et couleurs voire légèreté et expressivité pour retenir l’attention du jeune lectorat. La petite goutte d’eau en devient alors attachante et son histoire particulièrement porteuse d’espoir. Enfin, ce que j’ai particulièrement apprécié, en plus du fait d’aborder un thème rare, voire absent en littérature jeunesse, c’est que l’histoire est tout à fait transposable à d’autres formes de dépression (baby blues, burn-out parental, dépression d’une manière générale, maladies auto-immunes), ce qui pourra résonner chez nombre d’entre nous. Il y a des albums qui, même s’ils ne toucheront pas un large public et ne retiendront pas l’attention autant que ceux sur des sujets plus banals, sont pourtant d’utilité publique. La petite goutte d’eau est de ceux-là.
La vie est un grand champ de fleurs Texte d’Agnès de Lestrade, illustré par Salomé BorbéAlice, dans la collection Primo 12€, 143×210 mm, 50 pages, imprimé en Belgique, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La petite goutte d’eau qui s’en voulait d’avoir fait déborder le vase![]() Texte d’Adrien Chignard, illustré par Vaïnui de CastelbajacFayard jeunesse 12,90€, 188×198 mm, 24 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.

Texte d’Agnès de Lestrade, illustré par Salomé Borbé
Texte d’Adrien Chignard, illustré par Vaïnui de Castelbajac