Aujourd’hui, deux albums à l’actualité brûlante, à mettre entre toutes les mains, deux albums qui nous parlent de l’exil et de l’intégration dans un pays d’accueil.
Wei a vingt ans et des cheveux de jais. Il vient de la campagne chinoise. La vie de crève-la-faim, il n’en veut plus. Alors, à Shanghai, il embarque sur un gros navire. La tête pleine de rêve, il part pour la France. Le voilà à Marseille, de l’autre côté de la terre. Il cherche fortune. Il ne trouvera que la guerre, le sang, et les morts dans les tranchées. Car Wei arrive au beau milieu de la Grande Guerre. Ce n’était pas la sienne de guerre, et pourtant il s’est trouvé pris dans ses filets. II a vu ses compagnons mourir, il a creusé leur tombe. Mais lui a survécu, et il a finalement fait sa vie en France. Te souviens-tu de Wei ?
Te souviens-tu de Wei ? est un album documentaire bouleversant. C’est l’histoire d’un Chinois qui fuit la pauvreté pour venir en France chercher une vie meilleure et qui est pris dans le tourbillon de l’Histoire, dans une histoire qui ne le concerne pas. Wei faisait partie des 140 000 Chinois qui furent envoyés en arrière des lignes de front pendant la Première Guerre mondiale. Le texte de Gwenaëlle Abolivier, d’une grande sobriété, est construit à la manière d’une litanie du souvenir, et magnifiquement illustré par les gouaches aux couleurs de la terre de Zaü. Il aborde avec une grande sensibilité les questions difficiles de la guerre et des migrations, volontaires ou non, à travers un sujet peu connu. L’album se clôt sur un dossier documentaire bienvenu apportant chiffres, lieux, dates et témoignages.
Une très belle exhortation à la mémoire et un hommage à tous ces migrants qui construisent un pays qui n’est pas le leur.
« Guerre », « peur », « ignorance », « prison », voilà les mots qu’une petite fille de huit ans entend. Elle vit dans un pays où tous les enfants ne peuvent pas aller à l’école, sous un régime de dictature. Alors un jour, c’est le mot « exil » qu’elle entend dans la bouche de ses parents. Le lendemain, les voilà partis. Ils fuient leur pays pour aller s’installer dans un pays où la pauvreté n’existe pas, où l’école est pour tous. Et la petite fille retrouve l’insouciance. Mais dans ce nouveau pays, il fait froid, tout est uniforme. Les adultes portent tous des pulls marron, les enfants des pulls gris, vert ou orange. La mère décide alors de détricoter les pulls. Avec ces nouvelles pelotes, elle en tricote de nouveaux, en mélangeant les couleurs et les points : vive les pulls à carreaux, à losange ou encore à motifs animaux ! Sur la grande place de la ville, elle est rejointe par d’autres familles qui se mettent, elles aussi à tricoter. Les couleurs chatoient, les formes se diversifient, les motifs se compliquent : c’est le printemps !
Cet album retrace l’histoire vraie de l’exil d’une famille fuyant la dictature de Salazar, au Portugal, et qui se retrouve en Tchécoslovaquie juste avant le Printemps de Prague. Mais cela, on ne l’apprend qu’à la lecture de la postface, car l’album s’attache à donner une dimension atemporelle à cette histoire. Le texte joue sur les répétitions des noms des différents points de tricot, jersey, mousse, riz, etc., tandis que les illustrations se font géométriques, et que la page se parsème de codes des schémas de tricot.
Un album plein d’espoir sur le thème des migrations et des libertés individuelles.
Te souviens-tu de Wei ?![]() Texte de Gwenaëlle Abolivier, illustré par Zaü HongFei 15,50 €, 320×240 mm, 52 pages, imprimé en République tchèque, 2016. |
Avec trois brins de laine (on peut refaire le monde)Texte d’Henriqueta Cristina (traduit par Carlos Batista), illustré par Yara Kono Les éditions des éléphants 13,50 €, 227×268 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

