Aujourd’hui je vous propose deux albums qui mettent à l’honneur nos amis les animaux : Les animaux de Palm Spring, une histoire déjantée sur un groupe d’animaux jouant du rock en mal de notoriété et D’un grand loup rouge, une fable puissante sur les migrations.
États-Unis, années 1950. Au beau milieu du désert se dresse une ville : Palm Spring. Une ville où il fait bon de se prélasser et de se reposer. Oui mais voilà, à l’entrée de la ville, un vieux coyote s’ennuie. Pourtant, à l’époque, il a été une vraie star du rock avec son groupe de musique ! Mais tout espoir n’est pas perdu. La presse annonce la venue du grand Elvis Presley en ville. Coyote décide de monter une expédition avec ses anciens compères musiciens : le chat sauvage, le raton laveur, le chien de prairie et le serpent pour aller récupérer les nouvelles chansons du « King » et devenir des stars à Las Vegas… Mais tout ne va pas se passer comme prévu !
Les animaux de Palm Spring est un album drôle et original qui nous conte l’expédition d’un groupe d’animaux (un peu bras cassé) dont le but est de retrouver la gloire. On suit cette aventure avec beaucoup de plaisir. L’histoire est particulièrement bien rythmée, les actions s’enchaînent. Au-delà de la description de ce groupe de rock en mal de succès — qui séduira à coup sûr les plus jeunes — Iris Pouy et Mathilde Payen jouent sur le mythe de « L’American Dream » nous dépeignant une Amérique des années 1950 telle qu’elle a été décrite et fantasmée : des villes vertes au milieu du désert,
clinquantes et neuves, la folie du rock’n’roll, le début de la société de consommation (avec les sodas et les burgers) mais aussi la rupture avec la nature et le monde « sauvage ». Car nos héros (le coyote, le chat sauvage comme le serpent et le raton laveur) ont été d’abord des superstars adulées des humains avant d’être domestiqués (pour certains comme le chat sauvage) ou mis à l’écart (comme le raton laveur contraint de fouiller dans les poubelles pour se nourrir). Derrière les illustrations acidulées et pop et l’histoire drôle et légère, Les animaux de Palm Springs nous parle d’un monde en mutation et de la « revanche » de ces animaux un peu pieds nickelés… mais terriblement touchants.
C’est un grand loup sauvage rouge. Il vit au milieu d’une forêt, libre et tranquille. Mais un jour l’homme décide de détruire son territoire. La forêt n’existe plus et le grand loup rouge est obligé de fuir. Se retrouvant dans une nouvelle contrée, il rencontre une meute de loups. Des loups blancs qui refusent de le considérer comme un des leurs, jusqu’à ce que le chef intervienne…
Avec D’un grand loup rouge, Mathias Friman continue de s’interroger sur notre monde (nous avions chroniqué deux autres albums ici, là et encore là). Ici, il s’agit de questionner le rôle de l’humain et son rapport à la nature. L’homme est vu comme un destructeur, qui prend ce qu’il considère comme lui appartenir de droit, n’hésitant pas à anéantir des écosystèmes pour son bon plaisir. L’humain, l’auteur-illustrateur le symbolise par la présence des pelleteuses, de puissants engins techniques qui ne reculent devant rien. Mais D’un grand loup rouge
se veut aussi et surtout une fable forte sur les migrations. Car le grand loup rouge se retrouve sans patrie et sans territoire, jeté sur les routes du seul fait de l’être humain. Arrivé dans une nouvelle meute à la nuit tombée, une meute qui se revendique uniforme et homogène car « blanche » il a bien du mal à trouver sa place jusqu’à ce que le petit matin révèle la couleur différente de chaque loup… Accepté finalement, la meute devient une ode à la différence et à l’intégration. Un beau message dans un album sublime, tant sur le fond que sur la forme. Le trait de Mathias Friman — reconnaissable entre mille — nous plonge une fois de plus dans un univers stylisé où la nature — animale comme végétale — forme un tout harmonieux malgré les différences et une forme de résistance à l’intrusion humaine.
Les animaux de Palm Springs![]() ![]() de Mathilde Payen et Iris Pouy L’Agrume 16 €, 208×308 mm, 48 pages, imprimé en France, 2020. |
D’un grand loup rouge![]() ![]() de Mathias Friman Les fourmis rouges 14,50 €, 245×175 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


