Je vous propose aujourd’hui deux albums dont l’histoire se déroule en Amérique du Sud. Le premier au Chili pour parler de l’horreur de la colonisation, le second en Colombie pour découvrir une légende.
Clémentine Fridet est née à Dijon à la fin du XIXe siècle. Sa famille a immigré en Amérique du Sud. Elle avait 18 ans en 1894 et vivait au Chili avec sa mère et ses sœurs dans la pauvreté depuis la mort de son père. À Punta Arenas, dans le détroit de Magellan, elle a été témoin de l’horrible massacre des Onas, un peuple autochtone.
« Pikinini » (qui donne son titre à cet album), c’est ce que criaient les femmes Selk’nam à qui on avait arraché leurs enfants. C’est le cri qu’entend encore Clémentine Fridet des années plus tard, en 1958, quand elle a raconté cette histoire. L’album est extrêmement rude (on y parle de massacres, de viols, d’enfants enlevés…) et les images sont pour le moins explicites. Il ne s’adresse donc pas aux enfants les plus jeunes, mais il est fort (difficile de l’oublier une fois refermé) et raconte, sans fard, ce qu’a été la colonisation. On pourra regretter l’emploi des mots « indien » et « indiennes », mais l’album datant quelques années, il me semble que la prise de conscience de la problématique d’utiliser ces termes n’avait pas encore été soulevée.
Elle avait étudié de nombreuses années pour devenir institutrice et enfin c’était terminé. Elle allait découvrir sa classe. La première. On l’envoyait à Las Delicias en Amazonie. Elle n’avait jamais entendu ce nom, mais elle se réjouissait de travailler en plein cœur de la forêt amazonienne. Les valises remplies de livres, elle était partie pour rejoindre la mystérieuse ville. Mais le voyage était long, trente-deux heures de bus, sept heures de bateau (elle qui avait le mal de mer), puis il faudrait encore marcher, mais tout ça en valait la peine.
C’est encore un très bel album que proposent les éditions Obriart. Irene Vasco nous raconte l’histoire d’une institutrice qui se retrouve dans un petit village. La femme cartésienne, qui ne jure que par ses livres et ce qui y est raconté, va rencontrer un peuple pour qui les croyances et les légendes sont importantes. Il est donc question ici des livres, des légendes, mais aussi de l’entraide, de la transmission, de l’art. Les illustrations de Juan Palomino sont magnifiques et accompagnent à merveille l’histoire. Seul bémol, ici aussi, le malheureux terme « indien » est utilisé, ce qui est regrettable pour un ouvrage récent.
Pikinini![]() Texte de José Miguel Varas (traduit de l’espagnol – Chili – par Christiane Garrigues), illustré par Raquel Echenique Petit poulpe 16 €, 241×184 mm, 48 de pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La jeune institutrice et le grand serpent![]() ![]() Texte d’Irene Vasco (traduit de Espagnol – Colombie – par Sophie Hofnung), illustré par Juan Palomino Obriart 18 €, 267×269 mm, 40 pages, imprimé en Pologne, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !





