Aujourd’hui, je vous invite à faire connaissance avec un chat errant innommé et un jeune garçon qui s’invente en cheval.
Au gré de ses balades dans les ruelles de son quartier, un chat de gouttière errant – sans nom – présente avec envie chats et chattes qui y vivent. Une caractéristique essentielle les différencie de lui : toutes et tous sont prénommé·es. Lui trouvera-t-on finalement un prénom ?
Avoir un prénom, c’est pouvoir être nommé·e et de fait pouvoir être pleinement identifié·e, comme un droit d’exister. Dans le quartier du « chat », il en va ainsi de Léo, le chat de la boutique de chaussures, très fier de lui, de Cabriole, le chat de la librairie, toujours plein d’énergie, ou encore d’Heidi et Clara, les deux chattes de la boulangerie, etc. « Le chat », envieux, part alors en quête d’un nom en déambulant dans les ruelles. Mais rien ne semble aller. « Panneau. Flèche. Voiture. Vélo… » Ce ne sont pas des noms ! Puis, il se met à pleuvoir. Pleuvoir beaucoup. « Le chat » s’abrite sous un banc et c’est là que le miracle se produit. Il suffira de la gentille voix et de la bonne odeur d’une petite fille curieuse pour que notre chat errant ait enfin un nom qui lui aille comme un gant. Finalement, ce n’était pas tant avoir un nom qui importait à notre chat, mais bien un nom prononcé par une voix, par un être humain. Comment ne pas être pris·e d’une empathie singulière pour ce chat errant déambulant dans les ruelles japonaises ? Et comment ne pas tomber sous le charme des illustrations, peintes à la gouache sur toile, d’un réalisme saisissant ? Pour cause, Naoko Machida est LA grande peintre de chat au Japon.
J’ai été très sensible aux pages de garde qui proposent – pour celles qui ouvrent l’album–, une trentaine de chat·tes esquissé·es, innommé·es, que l’on retrouve à la toute fin avec un nom propre mentionné. Ultime clin d’œil qui rappelle l’évidence même que pour exister pleinement, il faut pouvoir être identifié·e par un prénom. Un album tendre et émouvant qui invite à réfléchir sur la question de l’identité et de l’errance.
Un jeune garçon décrit ce à quoi ressemblerait son quotidien dans la peau d’un cheval. Il pourrait ainsi galoper à son gré ou encore porter sa sœur sur son dos pour aller à l’école, se rouler dans la boue et se dispenser de bain, etc.
Après Une ferme, chroniqué ici, quel plaisir de plonger à nouveau dans l’univers de Sophie Blackall ! Dans Si j’étais un cheval, l’hypothèse contenue dans la conjonction de subordination « si » fait d’emblée sourire les lecteur·rices et les illustrations achèvent de le faire. L’imagination du jeune narrateur – qui rêve de s’affranchir des règles de l’enfance et de la vie familiale – les emporte dans une fantasmagorie magnifique et drôle où le cheval trouve sa place dans des scènes de vie quotidienne toutes plus incongrues les unes que les autres. Mais du sourire naît la réflexion. Si nous, adultes, laissions davantage de place à l’imagination dans l’esprit des enfants ?
Iels pourraient ainsi se figurer plus fort·es, plus libres, etc. Car c’est bien, me semble-t-il, ce qu’a souhaité proposer l’autrice, une ode à l’imagination des enfants. Une imagination sans bornes où tout devient envisageable, même devenir un cheval. Et vous, que feriez-vous si vous étiez un cheval ?
Le chat sans nom![]() ![]() Texte de Fumiko Takeshita (traduit du japonais par Alice Hureau), illustré par Naoko Machida Le Cosmographe 16,50 €, 216×277 mm, 40 pages, imprimé en Lettonie, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Si j’étais un cheval![]() ![]() de Sophie Blackall (traduit de l’anglais par Emma Gauthier) Saltimbanque éditions 13,90 €, 267×267 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.


