On croit tout savoir sur la nature, arbres et montagnes… Mais si les choses n’étaient pas comme elles paraissent l’être ? Trois albums nous montrent le chemin pour changer nos angles de vue.
Difficile de résumer En forêt de Maria Dek. Plus qu’une histoire, il s’agit d’une invitation. Une invitation à voyager dans notre imaginaire, à voir autrement la forêt : « Entre dans la forêt. Tu vas être surpris. » On y découvre que la forêt recèle des trésors insoupçonnés. Elle peut être une jungle ; elle est le royaume où l’infiniment petit côtoie le démesurément grand ; on y trouve les choses les plus banales, des pommes de pin, mais aussi les plus incroyables, des queues de lézards, si l’on veut bien se donner la peine d’ouvrir les yeux. Mais surtout on y fait des rencontres… La nuit, elle prend des tonalités autres, parfois effrayantes. C’est un lieu magique.
C’est en Pologne que subsiste la dernière forêt primaire d’Europe ; sur près de 1000 km2 s’étend la forêt de Belovej, préservée de toute influence humaine. Maria Dek est polonaise, et peut-être est-ce la raison pour laquelle elle sait si bien nous parler de la forêt… Cet album, qui prend par la main le lecteur pour l’emmener en ballade, est une véritable ode à la magie de la forêt. Il en fait un endroit merveilleux et fascinant, apaisant et vivant.
Un album tendre et poétique qui nous fait pénétrer les mystères de la forêt.
C’est l’histoire d’une roche qui, un jour, prend conscience d’elle-même. Quelle n’est pas sa surprise quand elle se rend compte que les êtres humains la considèrent comme une chose inerte ! Il se trouve qu’un géologue passe par là pour étudier les pierres de la montagne sur laquelle elle se trouve. Qu’à cela ne tienne, elle va se mettre en tête de le convaincre qu’elle aussi, elle est vivante. Mais le géologue ne répond que par un grand éclat de rire et lui intime l’ordre de se taire : où a-t-on vu que les roches pouvaient parler ? Têtue, la roche s’obstine. C’est alors que, d’un grand coup de marteau, le géologue, fatigué de ce blabla incessant, la brise en mille morceaux. Mais ce n’est que le début d’une grande aventure pour la roche.
La roche qui voulait voyager est un très joli album qui nous montre qu’il faut laisser de côté ses préjugés et rester à l’écoute des autres. Mais pas seulement ! C’est aussi un bel éloge de la liberté. Les choses ne sont pas telles qu’on les croit, et ici c’est bien la roche qui est vivante, et attachante, et l’humain (à peine est-il qualifié par son métier…) dont le cœur est « dur comme de la pierre » !
Un conte philosophique, délicatement illustré, aux couleurs du vent et de la poussière.
Mais qu’est-ce que c’est, ce truc ? Une pomme ? Ah mais c’est qu’il faut se méfier ! Magritte nous avait pourtant prévenu : « Ceci n’est pas une pipe »… Examinons de plus près cet objet étrange. Est-ce que ce ne serait pas plutôt une cerise ? Ou encore un poisson rouge enroulé sur lui-même ? Ou une graine de maison ? On la planterait et, en l’arrosant, elle deviendrait la plus belle des maisons, une qu’on pourrait même croquer. Est-ce qu’elle a des frères ou des sœurs ? Et comment a-t-elle pu arriver sur cette table-là, justement ? Que va-t-elle devenir ?
Que de questions dans cet album-là, qui nous offre une kyrielle de réponses possibles, toutes plus farfelues les unes que les autres. Une chose n’est pas forcément ce qu’elle a l’air d’être. Ici, place à l’imagination la plus débridée. Shinsuke Yoshitake conjecture toutes les possibilités en interrogeant l’être profond d’une simple et bête pomme. Les illustrations, dans les tons rouge-orangé, sont sobres et se mettent au service de l’humour débridé de ce texte savoureux.
Une très chouette plongée dans l’absurde qui nous contraint à décentrer notre regard pour mieux laisser une place à la créativité.
![]() En forêtde Maria Dek (traduit par Mathilde Bach) Marcel & Joachim 14 €, 48 pages, 200×250 mm, imprimé en Lettonie, 2015. |
La roche qui voulait voyagerTexte de Nono Granero (traduit par Pilar Ferriz), illustré par Géraldine Alibeu HongFei 14,20 €, 40 pages, 190×230 mm, imprimé en République tchèque, 2015. |
![]() C’est peut-être une pommede Shinsuke Yoshitake (traduit par Élisabeth Duval) Kaléidoscope 14 €, 40 pages, 257×205 mm, imprimé en Malaisie, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


En forêt