Aujourd’hui, je reçois Victoria Kaario, autrice du très bel album Le temps est rond, sorti au Rouergue. Ensuite, c’est l’auteur-illustrateur Laurent Moreau, qui a sorti Tu vois le jour ! en début d’année chez Hélium, qui est l’invité de Véronique Soulé pour sa rubrique (sonore !) Du tac au tac qu’elle réalise pour nous une fois par mois.
L’interview du mercredi : Victoria Kaario
Pouvez-vous nous parler de votre album Le temps est rond ?
Le temps est rond est un petit album cartonné qui tient parfaitement dans les mains d’un petit enfant. L’histoire est celle de Mona dont la maman part en voyage. Le livre raconte sa semaine avec son père et sa grand-mère, dans l’attente du retour de sa maman.
Comment est né cet album en particulier et comment naissent vos histoires en général ?
Nous avions envie avec Juliette Binet de créer une série d’albums destinée aux tout petits autour de concepts complexes. J’ai tout de suite pensé qu’il fallait consacrer un album à la notion de temps. Dans mes souvenirs de petite enfance, le temps était vraiment une question compliquée. Je passais beaucoup de temps à attendre, à trouver le temps long, parce que j’avais du mal à me le représenter. Pour Le temps est rond, j’ai vraiment puisé dans mes propres souvenirs d’attente.
Justement, c’est un peu dans ces moments de désœuvrement de l’enfance que j’ai commencé à inventer des histoires. À l’époque et encore maintenant, je pars d’une situation réelle que je vis ou dont on me parle et je brode, malaxe, transforme plus ou moins le réel pour arriver à mes fins fictives.
Comment s’est passé le travail avec Juliette Binet, qui a fait un très beau travail sur les illustrations ?
Un travail magnifique, vous voulez dire ! Comme je le disais plus haut, l’album est né de notre désir commun avec Juliette. Nous avons commencé par échanger sur le thème, puis je lui ai précisé les idées que je souhaitais transmettre à travers l’histoire, notamment l’élasticité du temps. Il y avait aussi dans la construction de cette petite histoire l’idée de boucle et l’envie de dire aux tout-petits de ne pas s’inquiéter : à partir du moment où l’être cher est parti, la date de son retour ne va faire qu’une chose, approcher. Juliette a eu la merveilleuse idée des ronds. Elle m’a soumis ses ébauches et à partir de là, nous avons joué au ping-pong à deux balles (ses dessins et mon texte). Une façon de jouer intense et stimulante !
Qui sont vos premier·ères lecteur·rices ?
Mon premier lecteur est mon fils de 10 ans, Soren. Il est aussi encourageant qu’honnête. Si ce que j’écris est niais ou n’a pas de sens, il ne manque pas de me le faire savoir (et toujours avec diplomatie).
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai commencé par étudier le théâtre à Paris 3 tout en prenant des cours d’art dramatique dans un conservatoire parisien. Durant mes études, j’ai eu la chance de faire un stage à France Culture où j’ai fait la connaissance d’une conseillère littéraire de la chaîne, Céline Geoffroy, qui m’a poussée à écrire. Ma première fiction radiophonique, Des jours dans l’été, était destinée aux enfants. J’ai depuis écrit une vingtaine de fictions pour Radio France et je me sens très chanceuse car c’est un médium merveilleux. J’ai vécu pendant cinq ans au Canada, où j’ai commencé à enseigner le français à des publics non francophones. Depuis maintenant dix ans et mon retour en France, la plupart de mes cours prennent la forme d’ateliers d’écriture créative, car je suis persuadée qu’on apprend mieux dans un contexte libre et créatif. L’écriture pour enfants, j’y suis venue… en ayant un enfant ! À force de passer du temps avec mon fils, des idées d’albums et des envies d’histoires ont germé. Et puis j’ai eu la chance de rencontrer complètement par hasard Juliette Binet. J’ai découvert son travail, fin, beau, malin, qui m’a emballée. Je lui ai fait la cour et elle a accepté qu’on s’y mette. Nous avons créé ensemble un premier album paru également au Rouergue, Le Pire Noël de ma vie.
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, je lisais peu car je souffrais des yeux. Je préférais regarder les illustrations et m’inventer une histoire à moi. Je me souviens au début de l’adolescence avoir beaucoup aimé Kessel, notamment Le Lion et Une balle perdue. Je me souviens aussi d’une brève passion pour la saga paysanne de Claude Michelet qui avait beaucoup étonné mon entourage. C’est sur le tard, en vivant au Canada, que j’ai découvert l’œuvre de Shel Silverstein qui a beaucoup joué dans mon désir d’écrire pour les enfants.
Travaillez-vous actuellement sur un nouvel album ?
Avec Juliette nous venons de finir L’amour géométrique, qui s’inscrit dans le même sillon que Le temps est rond. Par ailleurs, j’entame l’écriture d’un roman pour des lecteurs un peu plus grands.
Bibliographie :
- L’amour géométrique, album illustré par Juliette Binet, Rouergue (à paraître en mars).
- Le temps est rond, album illustré par Juliette Binet, Rouergue (2023), que nous avons chroniqué ici.
- Le Pire Noël de ma vie, album illustré par Juliette Binet, Rouergue (2023).
Retrouvez Victoria Kaario sur son compte Instagram.
Du tac au tac… Laurent Moreau
Une fois par mois, Véronique Soulé (de l’émission Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin) nous propose la capsule sonore Du tac au tac. Avec la complicité du comédien Lionel Chenail, elle pose des questions (im)pertinentes à un·e invité·e que nous avons déjà reçu·e sur La mare aux mots. Aujourd’hui, c’est Laurent Moreau qui répond à ses questions.
Laurent
Moreau est illustrateur et auteur. L’année 2023 a vu paraître deux ouvrages, Le Goût de la pluie et Tu vois le jour, tous deux publiés par Hélium.
Bibliographie sélective :
- Tu vois le jour, texte et illustrations, Hélium (2023), que nous avons chroniqué ici.
- Le Goût de la pluie, texte et illustration, Hélium (2023).
- Mon petit oiseau, texte et illustration, Hélium (2021).
- 33 poèmes et demi, illustrations de textes de Julien Baer, Hélium (2020).
- Contes pour enfants pas sages, illustrations de textes de Jacques Prévert, Gallimard Jeunesse (2018).
- Jouer dehors, texte et illustrations, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
- Qui attend qui, illustration d’un texte de Jo Hoestlandt, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Le livre de la jungle, illustration d’un texte de Véronique Ovaldé d’après Rudyard Kipling, Gallimard Jeunesse (2016).
- Dans la forêt des masques, une histoire à raconter, texte et illustrations, Hélium (2015).
- Alma n’est pas encore là, illustration d’un texte de Stéphane Audeguy, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
- Mini Rikiki Mimi, illustration d’un texte de Christine Beigel, Benjamins Media (2011), que nous avons chroniqué ici.
- L’enfant dans la tempête, texte et illustrations, Rouergue (2009).
- Jour de pêche, illustrations, Actes Sud Junior (2008).
Retrouvez Laurent Moreau sur son site et sur Instagram.

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !
