Aujourd’hui, c’est Jean de La Fontaine qui est à l’honneur, grâce à ces deux très beaux albums qui mettent en scène des animaux têtus, ambitieux et parfois un peu snobs… Que va-t-il donc leur arriver ?
Blaireau est un pêcheur hors pair. Mais il lui est arrivé quelque chose d’incroyable. Il a tenu au bout de sa canne à pêche un poisson gigantesque. Là, à l’étang des quatre vents où il a ses habitudes. Le lendemain, il décide de repartir avec dans l’idée de pêcher ce monstre, mais ne parle de son dessein à personne… Va-t-il y arriver ?
Blaireau et le monstre de l’étang est la deuxième aventure de ces « amis du bois sans mousse » (le premier tome était chroniqué ici) contée et croquée par Olivier Desvaux. L’auteur-illustrateur nous propose ici de découvrir Blaireau, un personnage rêveur et audacieux qui semble tout droit sorti d’une fable de La Fontaine et d’un tableau impressionniste ! Canotier sur la tête, canne à pêche sous la patte, Blaireau refuse de se résigner aux petits plaisirs du quotidien ; lui, ce qu’il veut, ce qu’il recherche, c’est l’extraordinaire…
Mais à force d’en vouloir toujours plus, ne risque-t-il pas de tout perdre ? C’est avec douceur et délicatesse qu’Olivier Desvaux illustre cette maxime du fablier du XVIIe siècle : « On hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous de ne rien dédaigner. » Ses sublimes peintures à l’huile nous plongent dans un univers apaisant, une campagne blonde et paisible dessinée par des marais, des étangs et des forêts. Ici, pas d’hommes ni de femmes, mais des animaux anthropomorphes, hors du temps, qui nous touchent par leur désir, leur maladresse… et leur humanité !
Après ses déboires liés à « l’affaire du fromage » on retrouve Maître Corbeau toujours perché sur son arbre et qui plus est, encore plus haut qu’avant. « Je suis très haut placé ! » croasse-t-il en permanence ! Mais à force de pérorer, ne risque-t-il pas de s’attirer des ennuis ? Et pourra-t-il toujours compter sur ses s ? Même Maître Renard ?
Et si le Corbeau et le Renard avait une suite ? C’est ce que nous proposent Jeanne Taboni Misérazzi et Antonio Boffa avec cet album drôle et inspiré. Ainsi, Maître Corbeau est toujours perché sur son arbre et va même mieux qu’avant car, du fait de sa position « très haut placé », il peut avoir tous les fromages qu’il veut. À ses pieds, Renard continue son chemin, discutant avec son comparse avant de se rendre au poulailler. C’est un album intelligent et bien construit. L’autrice reprend les codes classiques de la fable — avec la morale finale — et interroge ici le rapport des individus au bonheur. Certes, Corbeau est « haut placé » et peut donc avoir tout ce
qu’il souhaite, mais cela suffit-il à son plaisir ? Cette position spatiale et sociale ne lui apporte-t-elle pas des désagréments ? De l’isolement ? Voire de la fragilité ? Il faudra qu’il chute tout en bas (de l’arbre comme de l’échelle sociale) pour finalement renouer avec le monde et se faire un ami : Renard. Cette fable plaisante séduira les plus jeunes par son histoire, ses personnages, mais également ses illustrations simples et directes. Avec une dominante de trois couleurs — bleu, orange et noir — Antonio Boffa nous plonge dans un monde animalier vivant et riche, où les puissants, fragiles, peuvent parfois vaciller !
Blaireau et le monstre de l’étang![]() ![]() d’Olivier Desvaux Didier Jeunesse 13,90 €, 242×260 mm, 28 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Un corbeau très haut placé ![]() ![]() Texte de Jeanne Taboni Misérazzi, illustré par Antonio Boffa Des ronds dans l’O Jeunesse 16 €, 226×298 mm, 28 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


