Aujourd’hui, je vous emmène au-devant de deux êtres d’exception : Ti-chat, de La curieuse histoire d’un chat moribond, et Bulle, du roman éponyme. Entre marrade et philosophies féline et marine, deux histoires de vie qui décoiffent !
Ti-chat est un chat spécial. Il ne grandit pas, il est très second degré et ce qu’il aime par-dessus tout, c’est le thon — à égalité avec sa famille. Seulement, un jour qu’il part seul explorer la forêt, il se perd. Impossible de retrouver sa mère ! Ti-chat a atterri en Australie, de l’autre côté de la Terre. Alors, il meurt.
Jusqu’à l’arrivée d’une petite fille et de ses parents, qui le sauvent…
La curieuse histoire d’un chat moribond est hilarant. Le récit est raconté par Ti-chat, personnage attachant, à la fois candide et cynique. Son regard sur les étranges habitudes des Australien⋅nes est neuf, innocent ; c’est celui d’un petit chat déraciné de son Québec natal. À travers un humour décalé, Ti-chat remarque quand même certaines bizarreries, comme l’eau des toilettes, potable, qu’on lui interdit, ou l’abandon de Prémâché, son pote chat de gouttière acheté puis recraché par ses humain⋅es. Hormis ces inquiétantes bizarreries, Ti-chat vit une vie très aventureuse : aspirateurs voraces, orages foudroyants… Il nous fait changer de point de vue sur le monde, à croire que l’autrice est elle-même un chat ! L’histoire est originale, le narrateur est excentrique (même pour un chat) et ses ami⋅es, s’ils et elles comportent une part de cliché rassurante — avec les personnages bourrins mais gentils, par exemple — ont aussi une part de singularité, ce qui en fait tout le charme. Les illustrations rigolotes facilitent l’entrée dans l’histoire, permettant de sentir tout de suite concerné⋅es par ce que raconte le petit félin.
Bref, entre aventures, humour, justesse et philosophie, La curieuse histoire d’un chat moribond est un régal !

La mer aime bien parler. Mais on lui dit qu’elle raconte mal. Elle laisse donc la parole à Bulle, une bulle — coquillage marin — pour raconter son histoire…
L’histoire d’une bulle qui, quand son hôte meurt, manque tomber dans la déprime — bah oui, elle voulait voir le monde, Bulle !
Alors, quand un pirate (mort) tombe sur l’ancre de son propre navire, juste à côté d’elle, Bulle saute littéralement sur l’occasion : si un des marins la voit et accepte d’entendre son chant mélodieux, peut-être qu’il l’emmènera voir le vaste monde…
Outre son format très original — la mer personnifiée, la narratrice coquillage — Bulle ou la voix de l’océan est drôle. On suit les pérégrinations de Bulle chez les humain⋅es, où elle passe de main en main, et elle nous livre ses désirs, ses déceptions, ses amours et ses désillusions, le tout dans une écriture léchée, fulgurante et originale. Bulle est très attachante : elle est perdue, excentrique et pratique joyeusement le sarcasme. Il lui arrive de nombreuses péripéties, à travers lesquelles elle nous livre son regard décapant de coquillage chanteur. Bulle, un peu comme Ti-chat, du livre précédent, n’est pas du genre à se laisser faire ; elle est déterminée, volontaire et ne recule devant rien. Elle évolue pendant le récit : on commence quand elle n’est qu’une jeune bulle audacieuse et bourrée de rêves, puis on la voit s’assagir et mûrir avec le temps… tout en restant doucement dingue.
Bulle est franchement drôle, décapant et intelligent ; c’est un roman à lire et à relire, au bord de la mer quand il pleut et que les nuages sont noirs, et que le sable est froid, humide et compact…
La curieuse histoire d’un chat moribond![]() ![]() de Marie-Renée Lavoie Alice éditions, dans la collection Deuzio 12 €, 143×212 mm, 118 pages, imprimé en France, 2019. |
Bulle ou la voix de l’océan![]() de René Fallet Folio junior 6,70 €, 124×178 mm, 128 pages, imprimé en Europe, 2009 (1970 pour la première édition). |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »


