Aujourd’hui, il sera question d’enfants et de bêtes sauvages. Deux très beaux albums que je vous conseille d’apprivoiser.
Essayer d’être comme les autres, de faire ce qu’iels nous disent de faire, suivre la meute, renoncer à être soi ou faire l’inverse, accepter d’être comme on est ?
En page titre, un masque de loup noir est posé à même le sol. C’est sans doute ce masque que le personnage principal du livre refuse de porter. Lui qui regarde sur le côté coiffé d’un masque de loup blanc pendant que tous ses camarades, sous des masques de loup noirs, regardent face à elleux. Lui qui baisse les yeux face au grand loup noir qui semble le sermonner. Moi et les autres, d’Amanda Cley et Cecilia Ferri, m’a totalement scotché. Bien sûr, l’album est une ode à être soi-même, à ne pas suivre le groupe en laissant de côté sa propre opinion. Mais j’y ai vu aussi une histoire de harcèlement, un enfant qui refuse d’être du côté des bourreaux, quitte à se « retrouver de l’autre côté » (comme le dit le texte illustrant une image où le héros regarde le sol, tandis que trois loups noirs l’entourent d’un fil). J’y ai vu aussi, mais peut-être parce que j’ai projeté des choses, une histoire LGBTQI+ (un personnage différent qui doit s’accepter comme il est quitte à faire tomber le masque). C’est sans doute la force de cet album, au-delà de la beauté de ses illustrations, de permettre à chacun·e d’y voir une histoire différente, de se projeter dans ce personnage. Magnifique.
La maison est silencieuse. Pas un bruit. De sa fenêtre, Alix regarde la nuit. Devant la lune rousse, elle décide de devenir une bête sauvage. Quelques pas sur la pelouse fraîchement tondue et la voilà bientôt dans un terrain vague aux herbes hautes qui se transforme en forêt. Quand la fatigue l’assaille, elle s’allonge contre un arbre en pensant à l’école, au bus scolaire qui rend malade, aux chocolats chauds de sa mère. Le lendemain à son réveil, Alix est devenue une bête sauvage.
Voilà un album pas si facile à apprivoiser, comme une bête sauvage. Un texte très long (à mon goût un peu trop), comme un roman première lecture. On y fait la rencontre d’Alix, une petite fille qui s’enfuit (en vrai ou en rêve ?) afin de laisser parler la bête sauvage qui est en elle, de faire sortir sa colère. Le très beau texte de Lucie Desaubliaux est magnifiquement illustré par Marine Scheider et le moins qu’on puisse dire, c’est que le format de l’album (285 x 350 mm !) met en valeur son travail ! Il n’est pas toujours aisé de comprendre ce dont il est question dans cet album, mais qu’importe (a-t-on toujours besoin de comprendre ?), puisque l’on passe un très beau moment de lecture.
Moi et les autres![]() ![]() Texte d’Amanda Cley (traduit de l’italien par Florence Camporesi), illustré par Cecilia Ferri Passepartout 16 €, 170×240 mm, 24 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les bêtes sauvages grandissent la nuit![]() ![]() Texte de Lucie Desaubliaux, illustré par Marine Schneider Seuil Jeunesse 18,90 €, 288×348 mm, 48 pages, imprimé en Slovénie chez un imprimeur éco-responsable, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !





Je te rejoins sur la longueur de “Les bêtes sauvages grandissent la nuit”… Bel album ceci dit.