Entre Julie, une petite fille qui a grandi au Sri Lanka et se voit contrainte de vivre en France, et Mafalda, l’insoumise pince-sans-rire, je vous propose de découvrir une petite fille déracinée, pour l’une, et la plus célèbre héroïne de papier argentine, pour l’autre.
Julie est une petite fille française née en Inde, où elle grandit entourée de l’amour de sa nounou, avec qui elle partage la langue tamoul, et de ses parents. Mais un jour, ces derniers lui annoncent qu’iels rentrent en France : un pays qui est certes le sien, mais qu’elle ne connaît pas. Comment Julie vivra-t-elle ce déménagement ?
Fort de ses voyages et de sa vie à l’étranger, l’auteur, véritable globe-trotter, nous livre un album bourré de couleurs, à l’instar des épices et des saris indiens, pour aborder un thème pour le moins touchant : le déracinement. Le dépaysement pour Julie, comme pour les lecteur·trices, est en effet total, tant sur le fond que sur la forme. Aux couleurs chatoyantes et vives de l’Inde répond la monotonie de la France. À la vie agitée des rues et l’amour de sa nounou répondent la tristesse et la fadeur française telles que les perçoit Julie. Ainsi, à travers la petite fille, ce sont les souvenirs de sa vie d’avant qui ressurgissent et qui laissent place à la nostalgie. Le déménagement est, en effet, vécu comme une véritable déchirure. Mais il sera pansé par la rencontre avec Pûnnagaï, une Sri-Lankaise nouvellement arrivée dans sa classe, qui elle aussi a quitté son pays pour la France. Ensemble, elles vont partager leurs souvenirs et ainsi fortifier leur amitié. L’énonciation à la première personne permet au récit de gagner en dynamisme et en humour, et de générer l’identification des jeunes lecteur·trices. C’est donc en couleur, avec pudeur également et une certaine légèreté (qui n’enlève rien au sérieux des sujets abordés) que le duo propose un album sur le déracinement, les souvenirs et l’amitié.
Mafalda est une petite fille de 6 ans, espiègle et à l’humour grinçant. Curieuse et intrépide, elle jette un regard pointu et bourré d’humour (noir !) sur le monde qui l’entoure, dans l’Argentine du XXe siècle. Dans cette bande dessinée, elle est parachutée, à la faveur de treize artistes renommées qui lui rendent hommage, en plein XXIe siècle. Que pense-t-elle de notre monde tel qu’il est devenu ?
Héroïne de papier intemporelle rendue célèbre grâce à Quino (la réciproque est valable aussi), Mafalda a bercé mes cours d’espagnol au collège et des générations entières, encore aujourd’hui. C’est donc avec un grand plaisir et une nostalgie folle que je l’ai (re)découverte grâce à treize artistes femmes qui s’emparent, les unes après les autres, de cette petite bouille ronde à la chevelure brune et au caractère bien trempé. Ainsi, chacune se réapproprie les traits de Mafalda pour pointer du doigt les dysfonctionnements de notre société. Il en va alors des tâches ménagères, de l’écologie ou encore des inégalités femmes-hommes en passant par la condition animale. Toutes ont à cœur de mettre en valeur une héroïne résolument moderne, intelligente et profondément féministe à l’humour pince-sans-rire savoureux. À l’aide d’une palette graphique et des styles atypiques et variés, et de thèmes divers de société post-moderne, la bande dessinée se parcourt comme un véritable manifeste socio-économico-écologico-féministe. Un bel hommage à la petite Argentine, audacieuse et indisciplinée, qui ne prend décidément aucune ride ! Un régal de lecture.
Un sari vert et bleu![]() Texte de Nicolas Deleau, illustré par Laurent SimonGallimard jeunesse 14,90 €, 226×299 mm, 32 pages, imprimé en Pologne, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mafalda, mon héroïne CollectifGlénat 17,50 €, 200×267 mm, 96 pages, imprimé en Pologne, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.



Texte de Nicolas Deleau, illustré par Laurent Simon
Collectif