Aujourd’hui, on rencontre des jeunes gens pleins de ressources ! On commence avec une bande de filles à la détermination inépuisable, et l’on finit avec un petit garçon un peu perdu qui va apprendre à mieux se connaître.
Aliénor, Itaï, Maria et Azza ont entre douze et treize ans et vivent aux quatre coins de la planète. Très actives sur Internet, les quatre adolescentes se sont rencontrées au détour d’un fil Twitter, réunies en un instant contre une attaque misogyne dont était victime Aliénor. De retweets acharnés en conversations Skype, une amitié très forte se noue rapidement entre elles. Et quand Maria, démoralisée par ses mauvaises notes, a un coup de mou, le petit groupe a une idée de génie pour lui redonner confiance en elle : unir leurs différents talents pour créer une chaine YouTube. Maria y postera ses clips artistiques et y parlera politique et société, Aliénor, qui a des rêves de conquête spatiale plein la tête, s’occupera des sciences, Itaï, des jeux vidéo et des tutos maquillage, et Azza, de sport et de cuisine. Et puisque leur « hater » de Twitter les a traitées de sorcières, leur grand projet s’appellera Allo Sorcières ! Pas de doute, leur détermination est sans limites, et pour elles l’aventure ne fait que commencer…
Attention, ce livre est une petite merveille ! Viser la lune m’a enthousiasmée dès les premières pages et n’a cessé de me charmer jusqu’à la dernière ligne. Porté par ses quatre héroïnes au caractère bien trempé et aux ressources inépuisables, le roman nous offre une très belle galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres et dont on peut saluer la diversité. L’amitié entre les adolescentes y est traitée de façon plutôt originale. Ici, c’est -entre autres- la lutte contre le sexisme qui va unir les quatre amies, et leur permettre de s’affirmer, et l’on peut dire qu’observer ces toutes jeunes filles lutter contre l’oppression (il y est également question de racisme) et s’affirmer peu à peu est aussi enthousiasmant qu’émouvant. L’intrigue n’est pas sans faire penser aux Petites Reines de Clémentine Beauvais, et si vous avez aimé ce dernier il est probable que vous craquiez pour la petite bande d’Allo Sorcières ! Enfin Viser la lune est aussi un roman bien de son temps, où Internet et les réseaux sociaux ont une place centrale et sont évoqués de façon très pertinente, avec tout ce qu’ils comportent de danger et de possibilités. Pour ne rien gâcher, le texte est très joliment mis en images par Diglee, dont les illustrations en noir et blanc parsèment les pages et nous rendent tous ces super personnages encore un peu plus réels.
Gros, gros coup de cœur pour ce premier roman ultra prometteur, résolument moderne et profondément attachant !
Tiago a neuf ans et dans sa classe de CM1, les choses ne se passent pas très bien. Le petit garçon se sent en décalage par rapport à ses camarades, qui le rejettent violemment. Avec la maîtresse, ce n’est pas beaucoup mieux, car s’il excelle en mathématiques, Tiago a d’énormes difficultés en français. Alors l’enfant s’isole, et se réfugie dès qu’il le peut dans son univers de bandes dessinées où Tintin et Astérix côtoient Enzo, le super-héros que Tiago a inventé. Un jour, la maîtresse convoque une nouvelle fois ses parents, et les invite à consulter une psychologue. Cette dernière, au grand étonnement du petit garçon, lui explique que son cerveau fonctionne peut-être un peu différemment, et lui fait passer des tests de QI. Quelques jours plus tard, le verdict tombe : 142, Tiago est un enfant surdoué. Pour le petit garçon, c’est le début d’un long cheminement, au cours duquel il va apprendre à se connaître et à grandir avec sa différence.
Ce court roman évoque en détail le thème de la précocité, et permet d’aller au-delà des préjugés malheureusement encore fréquents sur le sujet. Ici on est loin du cliché du petit génie, bien au contraire, c’est la souffrance du petit garçon qui est mise en évidence, par son décalage social mais également par ses difficultés scolaires et sa peur d’être « fou » ou stupide. Si j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le parcours de ce petit garçon vraiment attachant, j’ai été en revanche moins séduite par l’écriture, qui m’a paru décalée par rapport au personnage (le vocabulaire employé y est plutôt « adulte », et même en tenant compte de la précocité du petit garçon, il est difficile d’y voir les mots d’un enfant). On peut regretter également le caractère assez manichéen des personnages (notamment le fossé entre les personnages de l’école traditionnelle et ceux de l’école adaptée que Tiago fréquente par la suite). Malgré ces quelques défauts, QI 142, et alors ? a le mérite de traiter un sujet trop peu évoqué en littérature de jeunesse et de le faire avec justesse et sensibilité, et apportera probablement pas mal de réponses et un joli message d’espoir aux enfants concernés par le sujet et à tout·e·s celles et ceux qui les entourent.
Un joli petit roman pour mieux comprendre et faire comprendre le thème de la précocité.
Viser la Lune![]() Texte d’Anne-Fleur Multon, illustré par Diglee Poulpe Fictions 9,95€, 143×29 mm, 166 pages, lieu d’impression non indiqué, 2017. |
QI 142, et alors ?![]() de Pascale Perrier Oskar Éditeur 12,95€, 13×210 mm, 168 pages, imprimé en Europe, 2016. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.

