Aujourd’hui je vous parle de trois livres qui abordent la philosophie à travers la parabole des animaux : Le cafard de Martin Heidegger et les deux premiers titres de la nouvelle collection Philonimo : Le Porc-épic de Schopenhauer et Le corbeau d’Épictète.
Martin est un petit cafard en proie à une terrible angoisse. Un questionnement beaucoup trop grand pour lui le hante et l’oppresse : quel est le sens de son existence ? Comment faire pour vivre épanoui en sachant qu’il va mourir un jour ?
Lorsqu’il partage sa pensée avec son ami Épicure l’escargot, celui-ci tente de le rassurer en lui expliquant qu’on ne peut rien face à cette destinée, alors autant profiter de la vie. Mais rien n’y fait, Martin s’enfonce dans une affliction contagieuse.
Jusqu’à ce que ses pattes le mènent à une tombe fraichement creusée, au cœur d’un cimetière. Le corps d’un certain Heidegger repose sous la terre, un érudit, semble-t-il. Quelle aubaine ! Car les intellectuels sont réputés pour leur chair tendre et savoureuse, parfaite pour remonter le moral aux cafards les plus anxieux.
Dans le corps sans vie, une foule de petites bestioles creusent, se nourrissent, gigotent. Dans ces plaines de chairs, sous ce ciel de côtes, il croise une colonie de fourmis noires et une bande de vers épanouis.
À leur contact, Martin va poursuivre son questionnement sur le sens de l’être et peut-être même trouver la joie de vivre.
Le cafard de Martin Heidegger aborde la pensée du philosophe à travers une histoire accessible et teintée d’humour noir. Le personnage principal, incarnation du penseur lui-même, va vivre une série d’expériences au travers des rencontres et ainsi peaufiner son questionnement en fonction de ses interlocuteurs.
Son fil de pensée se déroule sous nos yeux : tout d’abord avec les fourmis noires, il a l’impression d’avoir trouver le bonheur en faisant partie d’un tout, l’utilité au travers d’un don de soi aveugle. Mais il en perçoit vite le non-sens, la servilité cachée sous la dictature des On-dit.
Les asticots lui ouvrent le cœur à la poésie et à la beauté du monde qui l’entoure. Ils l’invitent à se dépasser et à être heureux malgré la fatalité de la mort.
Aux côtés du cafard Martin, on entreprend un voyage loufoque aux paysages charnels dont la décomposition est abordée avec drôlerie et recul. Les illustrations apportent un second niveau de lecture au texte, car elles sont elles-mêmes des paraboles philosophiques.
Métaphorique et amusant tout en restant évidemment un poil grinçant et morbide, ce livre rend accessible la pensée complexe et le cheminement philosophique d’Heidegger. À grignoter sans modération à la manière des vers poètes !
Au cœur de l’hiver, des porcs-épics sont face à un dilemme plutôt épineux : lorsqu’ils se serrent les uns contre les autres pour se tenir chaud ils se blessent mutuellement de leurs piquants. Les voilà donc qui s’éloignent, mais ressentent alors de nouveau le froid…
Il semblerait que cela soit la même chose chez les humain·es, qui sont abattu·es quand ils et elles sont seul·es, mais se disputent quand ils sont trop prêts les uns des autres.
Et si pour vivre ensemble de la meilleure des manières, il fallait simplement suivre des règles de vie et une certaine distance ?
Croak ! Croak ! Le cri d’un corbeau résonne à travers le ciel. Subitement, tout·es les savant·es se questionnent sur ce que ce croassement peut bien prédire. Ils et elles se creusent les méninges, font des rapports compliqués, tirent des plans sur la comète pour le décrypter et se préparer au mieux à ce qui peut bien arriver. Mais au final, quoi qu’il se passe, personne ne peut prédire l’avenir, alors pourquoi ne pas juste profiter de la vie et de ses jolies choses ?

Le Porc-épic de Schopenhauer et Le corbeau d’Épictète ouvrent le bal d’une nouvelle collection proposant de s’éveiller à la philosophie dès tout petit.
L’utilisation des animaux permet de faire le parallèle avec l’être humain, la vie en société et de nombreux questionnements qui peuvent être difficiles à formuler : peut-on aller au-delà de ce qui doit arriver ? Influencer notre vie ? De quoi dépend notre bonheur ?
Avec des textes poétiques très courts et faciles à comprendre, ces petits livres proposent non pas une morale figée, mais des pistes de réflexion pour prendre conscience de soi, des autres et du monde qui nous entoure.
Les gravures réalisées à chaque fois par un·e artiste différent·e sont aussi simples que mignonnes, jouant sur une bichromie propre à chaque volume.
Une collection prometteuse avec beaucoup de charme, que l’on peut offrir aux tout-petits comme aux plus grand·es.
Le cafard de Martin Heidegger![]() Texte de Yan Marchand, illustré par Matthias Arégui Éditions Les petits Platons 14 €, 141×210 mm, 64 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le porc-épic de Schopenhauer Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Olivier PhilipponneauÉditions 3oeil dans la collection Philonimo 9 €, 115×155 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le corbeau d’Épictète Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par CsilÉditions 3oeil dans la collection Philonimo 9 €, 115 x 155 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.



Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Olivier Philipponneau
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