Aujourd’hui on quitte les romans et les contes pour s’aventurer sur les terres de la poésie avec Grains de fables de mon sablier et Plumes et poils de Roubaiyat…
Les soirs d’été, il n’est pas rare de croiser un gros bourdon en pantalon de pyjama et un merle noir qui dit bonsoir en bermuda. La nuit sera courte. Et l’on attend avec impatience le petit déjeuner où seront servi pour chacun un croissant de lune et un nuage de lait – mais ça seulement si l’on est sage -. Et quel plaisir de rejoindre l’école pour découvrir les fables de Monsieur de la Fontaine et surtout ses morales « C’est plein d’agneaux, l’humanité. Y’a pas des loups que chez les bêtes ». Bref, vous l’aurez compris : la morale de la vie, c’est de bien vivre pour des prunes. Et si jamais votre prunier n’en a pas, alors n’hésitez pas à décrocher la lune !
Qui a dit que la poésie ne se trouvait que dans les grands sentiments et pas dans les petites choses du quotidien ? Grains de fables de mon sablier est un formidable recueil de poèmes sur les petites choses de la vie. Onirique, délicat, il décrit avec élégance les petits charmes de notre vie de tous les jours : le petit déjeuner, l’heure du coucher, le beau matin, les tours de manège… Jean-François Mathé saupoudre ses textes d’une bonne dose d’humour, ce qui donne des poèmes quasi pataphysiques ! Exemple : Le chien et la langue du chat : on donne sa langue au chat/Jamais au chien qui s’étonne/De ne pas y avoir droit/De la langue qu’on lui donne/D’ailleurs qu’en fait-il, le chat. C’est un formidable travail sur la langue qu’opère l’auteur. Très imagés et foisonnants, ces courts poèmes séduiront petits et grands. Les illustrations de Charlotte Berghman accompagnent parfaitement ces textes inventifs et burlesques qui triturent la langue pour des résultats superbes et hilarants : Moralité : évitez de confondre/Le copain et la mie/Vous iriez vous morfondre/En prison pour la vie.
Un superbe petit recueil qui donnera aux plus jeunes le plaisir de la langue et de la poésie et leur permettra d’envisager leur quotidien autrement !
Il était une fois… une lune pas plus grosse qu’un poussin, un chevalier errant en pleine discussion avec un oiseau, un autre oiseau prétentieux qui se croyait l’élu de Dieu, un gros lézard de vingt lieux, un cafard et une coccinelle amoureux…. Bizarre, bizarre !
Plumes et poils de Roubaiyat est un magnifique objet que l’on prend plaisir à lire et à regarder. Les 9 Roubaiyat (quatrains) de Salah Jahine mettent en scène de drôles de créatures, des hommes comme des animaux ou des végétaux. L’auteur nous parle de la vie, de son absurdité, dans des textes courts, cyniques, éloquents et captivants : Sur un pont entre deux rives, je m’étais arrêté/Comment savoir… par où le mensonge, par où la vérité ?/Je restais là, perplexe, quand je vis la baleine apparaître:/Crois-tu que les mots se mesurent au décimètre ?/Bizarre, bizarre ! Chaque poème est ponctué de ce fameux « bizarre/bizarre » qui donne une certaine continuité au recueil. Salah Jahine s’amuse à jouer avec les images et crée un univers singulier et baroque dans lequel on plonge aisément ! Chaque poème a droit à une double page où l’on retrouve le texte dans sa langue originale (l’arabe) en écriture manuscrite ainsi que la traduction (de Mathilde Chèvre). Les illustrations aux crayons de couleur de Walid Taher complètent ce tableau déjà bien rempli. Elles subliment l’univers de Salah Jahine, en représentant des personnages oniriques, mi-humains/mi-animaux/mi-végétaux.
Une célébration puissante de la vie sous toutes ses formes qui séduira petits et grands.
Grains de fable de mon sablier![]() ![]() Texte de Jean-François Mathé, illustré par Charlotte Berghman Éditions Les Carnets du Dessert de Lune 10 €, 100×140 mm, 78 pages, imprimé en Belgique, 2014. |
Plumes et poils de Roubaiyat![]() ![]() Texte de Salah Jahine (traduit par Mathilde Chèvre), illustré par Walid Taher Le port a jauni 7 €, 170×220 mm, 24 pages, imprimé à Marseille, 2016. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


