Pendant que la Terre continue de tourner, chacun·e tente de faire de son mieux. Mais à une époque où tout file à la vitesse de la lumière et où tout le monde est constamment pressé, il est important de prendre le temps. Le temps de se détendre, de s’écouter. Mais aussi le temps de s’ouvrir aux autres et d’entendre ce qu’ils et elles ont à dire.
Élise est bien plus grande que ses camarades d’école. Alors elle est toujours derrière pour les photos, ou bien au fond de la classe. Étant souvent dans la lune, elle a du mal à entendre les bruits diffus du monde qui tourne autour d’elle. Parfois elle ne sait pas trop quoi faire de ce corps si long, si grand. Mais par-dessus tout elle aimerait bien que les adultes la traitent comme la petite fille qu’elle reste.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai adoré Ma Grande au point que c’est devenu immédiatement l’un de mes livres jeunesse préférés ! Étant depuis toujours « la grande » de la classe (du groupe, de la famille, etc.) j’y ai retrouvé l’écho émouvant de ce que l’on ressent quand on est une petite fille qui dépasse tout le monde d’une bonne tête. Car Sibylle Delacroix parvient à retranscrire à la perfection les sentiments et les réactions qui nous accompagnent toujours un peu : l’impression d’être encombrante et maladroite, l’habitude de se plier en plein de petits bouts pour se faire discrète et gêner le moins possible…
Ici, Élise se heurte aux regards que les adultes portent sur elle. Ils et elles la considèrent souvent comme plus vieille qu’elle ne l’est, oubliant de la traiter comme les autres fillettes de son âge. Et comme elle est plutôt tête en l’air, ça ne l’aide pas à trouver sa place dans ce monde où tout semble un peu trop étriqué.
Ma Grande parle bien sûr du rapport au corps, comment on le perçoit soi-même et comment il est vu par les autres. Avec beaucoup de délicatesse, l’autrice aborde les thématiques pesantes des préjugés inconscients et de la discrimination positive, décrit à demi-mot les chagrins qui en découlent souvent. Son héroïne change de celle que l’on croise habituellement dans la littérature jeunesse, où les filles sont souvent petites et non pas « montées sur échasses ».
La tournure des phrases, les illustrations… j’ai trouvé tout parfait, sincère et délicat. Ma Grande est un livre dont je suis heureuse d’avoir croisé la route et un énorme coup de cœur.
Composé d’une soixantaine de cartes, Mini Sophro propose une approche de la sophrologie et de la méditation à travers les cinq sens. En réalisant des exercices simples et bien expliqués, les enfants peuvent ainsi apprendre à analyser et à verbaliser ce qu’il se passe dans leurs corps et dans leurs têtes.
Au milieu de la frénésie environnante, il est important de ne pas oublier de prendre le temps de s’écouter, et ce dès le plus jeune âge. Marcella imagine donc ce jeu de cartes à glisser partout. Avec, elle nous propose de faire une pause et de créer un havre de paix intérieure, tout en se reconnectant avec l’univers qui nous entoure. Son approche de la sophrologie explore donc ici aussi bien le souffle que l’ouïe ou encore l’odorat pour axer le travail de méditation et de relaxation. Ainsi, les enfants (et les plus grand·es) sont invité·es à se laisser guider par les fiches explicatives, et à utiliser aussi bien leur esprit que leur corps pour observer comment ils et elles se sentent pendant et à la fin de chaque exercice. Mini sophro est un petit guide ludique complet et bien pensé, qui rappelle l’importance de se recentrer de temps à autre sur soi, de s’accorder de précieux moments de détente et d’encrage. Les personnages illustré·es sont assez diversifié·es pour que les jeunes lecteurs et lectrices puissent s’y identifier facilement. De plus, la gamme toute douce de couleurs pastels employée par Marie Poirier colle parfaitement à l’ambiance rassurante et cocooning des exercices.
Pouvant être utilisé dès cinq ans avec l’aide d’un·e adulte comme guide, je le conseille à tous les âges, car il n’est jamais trop tard pour prendre le temps d’explorer aussi bien ce qui se passe en dedans qu’en dehors de nous !
Charly ne comprend rien. Jusque là, tout allait bien pour lui, les journées passées à la maternelle étaient synonymes de jeux, de courses de tricycles et de rire. Mais depuis qu’il est passé en primaire « chez les grand·es », tout va de travers, sans qu’il ne sache pourquoi. Tout le monde le regarde bizarrement et le gronde, même sa mère… Alors les journées d’école se transforment peu à peu en calvaire, et un grand arbre tout noir pousse dans son cœur, lui serrant la poitrine de ses méchantes branches.
Le garçon qui croyait qu’on ne l’aimait plus retrace les difficultés et l’incompréhension grandissante qui peuvent envahir un·e enfant pendant sa scolarité. Écrit à la première personne, ce roman nous place directement dans la tête de Charly, qui explique avec ses propres mots et ses propres métaphores le grand chamboulement qui s’opère en lui. On assiste à la dégringolade de ce jeune héros qui ne possède pas les codes pour comprendre où il a fauté et personne ne prend le temps de lui expliquer. En effet, si ses camarades le rejettent totalement, il en va de même pour les adultes qui l’enveloppent d’aprioris faussés et le laissent seul face à ses lacunes. Et pourtant, le jeune garçon ne cherche jamais à faire du mal, il analyse seulement les situations et les réactions de manière différente.
Émilie Gleason (autrice du génialissime TED drôle de coco, que je vous conseille vivement) illustre de son trait élastique et coloré les scènes de vie et de galère de Charly. L’écriture positivement surprenante de l’auteur accompagnée de ces dessins bondissants dédramatisent un peu ce récit autour de la phobie et de l’échec scolaire, qui laisse entrevoir une solution aussi simple que nécessaire : celle de prendre le temps d’échanger avec autrui avant de ne l’enfermer dans une case ! Le garçon qui croyait qu’on le l’aimait plus est un roman utile, qui permettra d’éviter bien des blocages.
Ma Grande![]() de Sybille DelacroixMijade 12 €, 242×320 mm, 28 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
| Mini Sophro, 30 exercices de sophrologie pour explorer ses 5 sens Texte de Marcella, illustré par Marie Poirier ![]() ![]() ![]() Larousse 9,95 €, 128×178 mm, 60 pages, imprimé en Slovaquie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le garçon qui croyait qu’on ne l’aimait plus Texte d’Hervé Giraud, illustré par Émilie GleasonSeuil jeunesse dans la collection Le grand bain 9,50 €, 120×170 mm, 104 pages, imprimé en Espagne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.



de Sybille Delacroix