Avec Damien le poisson-fesse ou les malicieux·ses Pépin et Olivia, les livres du jour mettent en avant toute l’intelligence, la créativité et la résilience de l’enfance.
Damien est un petit poisson tout rose, tout rond, un peu rebondi : Damien a une tête de fesses. Tout le monde le remarque, tout le monde le lui dit, on l’appelle Poisson-Fesse. Alors, pour réussir à vivre avec ces moqueries, il décide de se les réapproprier, d’en faire des blagues (faire des prouts avec sa bouche, par exemple). Un jour, fatigué de tout cela, il part explorer les abysses. Damien y découvre tout un tas de créatures étranges, et notamment Steven, un poisson-tomme de Savoie ! L’occasion pour les deux amis d’apprendre à se connaître loin des qu’en-dira-t-on.
Nouvelle collaboration entre Pauline Pinson et Magali Le Huche, Poisson-Fesse est un album aussi absurde que touchant. Même si l’on n’est pas soi-même un poisson ou que l’on n’a pas une tête de fesses, il n’est pas difficile de s’identifier à ce pauvre Damien, victime de moqueries et de harcèlement basés sur son apparence. Son mécanisme de défense est un classique : l’autodérision. Se moquer de soi-même pour devancer les méchancetés. Une technique efficace mais épuisante et finalement pas très saine. Son voyage dans les abysses est une soupape, un moyen de s’éloigner de tous·tes celles et ceux qui le connaissent. L’avantage des profondeurs, c’est que les créatures les plus étonnantes y vivent. Être étrange au milieu d’un océan d’étrangeté, c’est être enfin un peu tranquille. La rencontre avec Steven le poisson-tome de Savoie est très intéressante car elle place Damien dans la position de juge du physique de l’autre : « Poisson-Fesse observe Steven et se dit qu’il le trouve bizarre. Peut-être un peu moche ? » Mais en passant du temps avec lui, son opinion s’adoucit pour finalement se concentrer sur ce qu’est Steven au-delà de sa tête de fromage. En remontant des abysses, les deux amis vont enfin s’affirmer et s’assumer face aux autres, jouant de la musique et protégeant tout le monde des pêcheurs. Les illustrations de Magali Le Huche mêlent le bleu profond et le noir des abysses aux couleurs chatoyantes des poissons et des algues. Les animaux qu’elle a créés sont d’ailleurs tous plus fantaisistes les uns que les autres et invitent à s’attarder longuement sur chaque page, une nageoire après l’autre. Le message de tolérance porté par le texte de Pauline Pinson sait être subtil et s’éloigner du simple moralisme pour se terminer d’une manière joliment poétique. Car là où certain·es voient des fesses, d’autres voient des cœurs…
« Alors, quand est-ce que ça commence ? » Chez Pépin et Olivia, c’est l’effervescence ! Des invité·es sont attendu·es plus tard dans la journée. Les parents préparent à manger et tentent de rester calmes, mais leurs deux enfants sont trop impatient·es et un peu enquiquinant·es… Alors, pour leur faire passer le temps (et avoir un peu de calme), leur mère décide de les envoyer acheter le pain. Sur le chemin, le petit frère et la grande sœur se remémorent quelques souvenirs marquants, comme la fois où iels ont fait une « toute petite bêtise » ou le jour où iels sont allé·es à la fête foraine.
Quatre ans après la parution de sa superbe BD Les Vermeilles (présentée ici par Suzanne), Camille Jourdy retrouve les jeunes lecteur·rices dans Pépin et Olivia. L’univers ici n’est pas fantastique mais complètement ancré dans le réel, pour autant, on retrouve toute la fantaisie, la poésie et la finesse d’une autrice qui semble avoir cultivé précieusement toute la sensibilité et l’audace de son enfance. La première histoire qui raconte la « toute petite bêtise » de Pépin et Olivia en est un exemple parfait. Un jour de grève, les deux enfants s’ennuient tellement qu’iels décident de construire une cabane dans leur chambre. Mais pour cela, il faut d’abord ranger, et là… les ennuis commencent.
Une chose en entraînant une autre, Pépin et Olivia mettent le feu à une couverture et renversent de la glace sur le crâne du voisin. La naïveté pleine de bon sens des deux enfants est parfaitement retranscrite. Pépin confond jour de grève et jour férié, la colère sociale de sa maîtresse avec l’agacement des enseignant·es face à l’inattention de leurs élèves. Bref, tout se mélange, mais une chose est sûre, à journée extraordinaire, activité extraordinaire ! Et si la « toute petite bêtise » finit par arriver, c’est parce qu’Olivia et son frère tentent, avec une logique qui leur est propre, de résoudre problème après problème. C’est à la fois hilarant et très tendre, et chaque petite histoire est dans cette veine irrésistible. Avec Camille Jourdy, on se déleste du poids de notre sérieux pour réaliser qu’il n’y a qu’aux rêveur·euses qu’arrivent des « aventure magiques ».
Poisson-Fesse![]() ![]() Texte de Pauline Pinson, illustré par Magali Le Huche Les Fourmis Rouges 14,90 €, 190 x 220 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Pépin et Olivia — La grande fête de rien du tout![]() de Camille JourdyDupuis, dans la collection Les Ondines 19,90 €, 203 x 275 mm, 123 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aime tellement parler des livres qu’elle en a fait son métier et son hobby ! Libraire généraliste la semaine, Manon écrit pour plusieurs médias le week-end et monte sur des volcans endormis en Auvergne dès qu’il lui reste cinq minutes.




