Aujourd’hui, je vous propose un album et une bande dessinée traitant tous les deux de la maladie d’Alzheimer.
Bout-du-Chou aime passer du temps avec sa grand-mère Gerda et son grand-père Kay. C’est d’ailleurs lui qui l’a affublé de ce surnom ; le même que celui du lapin qu’il avait autrefois. Y a pas de meilleur nom pour les petits machins avec de grandes oreilles. Papy adore les fleurs et l’odeur du café. Dans sa véranda, il bichonne ses 123 fleurs dont il connaît chaque nom en latin ; ce qui lui permet, d’ailleurs, d’aider mamie à remplir ses mots croisés en buvant le café. Mais un jour, à la saison où les arbres commencent à perdre leurs feuilles, Papy, lui, commence à perdre ses mots. Bout-Chou les ramasse et les enferme dans une petite boîte, qui déborde vite. Peine perdue … Rapidement, c’est la raison tout entière qui s’envole. Papy oublie, se perd, au sens propre comme au sens figuré. L’entourage a dû mal à comprendre ce qui se passe. Malgré tout, la fillette est là, elle veille sur lui avec tout son amour, tentant de lui remettre en mémoire les souvenirs égarés, comme autant de pieds de nez à la réalité.
Comment parler de la maladie d’Alzheimer, d’un proche par exemple, à un petit enfant ? Comme bien souvent, avec les sujets difficiles, le livre peut être un bon relais. Et celui-ci est tout simplement magnifique. Le sujet est grave, mais l’histoire est belle. L’autrice insuffle tellement de poésie dans les mots et les actes de la narratrice face à ces moments de détresse, que l’on est forcément touché au cœur. À cela s’ajoutent des illustrations d’une grande tendresse, se mêlant parfaitement aux mots. Dans cette histoire, tout s’entremêle. Au fur et à mesure de la narration, le lecteur et la lectrice arrive à faire du lien entre chaque élément de texte ou d’illustration ; à mesure que le grand-père, lui, n’en fait plus. L’autrice s’appuie sur les saisons pour marquer le déclin. L’illustratrice joue sur les nuances de couleurs : elles deviennent de plus en plus froides à mesure que papy perd la mémoire, et reprennent de la chaleur dans les petits moments de joie.
Notons la belle initiative des éditions Didier jeunesse qui reverse une partie du prix de vente de cet album à l’association France Alzheimer.
Clémence est étudiante ; elle prépare le concours d’entrée à l’école nationale de théâtre. Elle tente donc de retenir les mots d’autres et de se les approprier. Au même moment dans sa maison de retraite, sa grand-mère voit ses propres mots s’envoler. Sa raison, aussi. Acte manqué ou non, elle fugue à plusieurs reprises, voulant laisser derrière elle ce lieu où elle ne se sent pas chez elle. Clémence ne supporte plus de rester ainsi les bras croisés, à regarder sa grand-mère diminuer. Alors, un beau matin, elle décide de l’emmener faire un tour. Un grand tour … C’est parti pour un périple de plusieurs jours en voiture, en direction de la maison d’enfance de la grand-mère.
Je me suis posé la question de vous présenter ou non cette BD, me demandant si ce tout ce qu’elle avait soulevé en moi pouvait être aussi perçu par des jeunes. Et puis, après réflexion, je me suis dit que cette histoire, c’était celle de la folie adolescente, tout autant que celle de la démence. Alors, finalement, je dirais qu’elle se destine autant aux ados qu’aux adultes.
Je ne suis pas une grande spécialiste de la bande dessinée et du roman graphique, mais ce livre a su me bluffer, tout d’abord, par sa construction. Chaque élément graphique, les jeux sur les cases et autres sont mis au service de ce qui est raconté. Puis, c’est toute l’histoire et ses personnages qui m’ont ému. On aime Clémence qui, dans ce livre, ose, ce que dans la vraie vie, personne n’osera jamais. Tout envoyer valser, partir, permettre à sa grand-mère de vivre ses derniers instants avec folie. On aime cette grand-mère attachante, bien que rongée par la maladie d’Alzheimer. Enfin, il y a cette fin à couper le souffle. Je ne vous en dis pas plus à ce sujet, mais sachez que vous allez être surpris·e. Un très beau livre qui fait se questionner sur la fin de vie.
Mon papy perce neige![]() Texte de Betina Birkjaer (traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud), illustré par Anna Margrethe Kjaergaard Didier jeunesse 14,50 €, 225×285 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Ne m’oublie pas![]() d’Alix Garin Le Lombard 22,50 €, 203×271 mm, 224 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.


