Aujourd’hui, on déconstruit les figures animales terrifiantes. D’abord, on suit les tribulations d’un crocodile à grandes dents ayant un léger zozotement, puis on accompagne un jeune loup très émouvant durant le deuil de son père.
Il était une fois un crocodile à grandes dents dont le plus grand plaisir était d’effrayer les autres animaux. Qu’il s’agisse d’un petit canard bleu en train de faire sa toilette ou bien d’un phacochère assoupi, notre féroce reptile n’a aucune pitié et « serse la bagarre ». Jusqu’à ce qu’il tombe sur plus fort·e que lui…
Avec Le crocodile à grandes dents, Michaël Escoffier nous offre un album hilarant. Son personnage principal, créature hautement menaçante dans l’imaginaire collectif, souffre d’un très léger zozotement qui lui fait perdre rapidement toute crédibilité. C’est sur ce léger détail que se base tout l’humour de l’album. L’auteur maîtrise à la perfection le comique de répétition (le crocodile « serse la bagarre » avec l’ensemble des animaux rencontrés dans l’album jusqu’à tomber sur un pachyderme peu impressionnable). Pour plus de saveur, il faut absolument lire l’ouvrage à voix haute. Delphine Durand souligne la loufoquerie du texte grâce à des animaux merveilleusement croqués. Chacun d’entre eux dispose d’une petite caractéristique bien particulière qui souligne le fantasque des situations.
Lors d’une partie de chasse, Belle-Dent assiste à la mort de son père Père-Loup, transpercé par les bois d’un grand cerf. Comment le loupiot va-t-il réussir à surmonter son deuil et participera-t-il à nouveau à une partie de chasse ?
C’est un album pudique et sensible que nous propose Alice Schneider. Composé de quatre parties distinctes — correspondant aux saisons —, l’ouvrage suit le processus de deuil d’un jeune loup, particulièrement affecté par la mort de son père. Dans la première partie, on vit le traumatisme du louveteau, impuissant et tétanisé face à l’horreur. La seconde revient sur le chagrin éprouvé, la troisième sur son acceptation du deuil et sa renaissance (symbolisée par la naissance d’une petite sœur) et enfin la quatrième raconte son émancipation totale puisque Belle-Dent repart chasser avec les sien·nes. Le texte est délicat et ciselé. Pour narrer cet événement, l’autrice trouve les mots justes, et ça fonctionne : on est bouleversé·es par Belle-Dent. Le récit initiatique est accompagné de superbes illustrations réalisées aux pastels gras. Les couleurs brutes reflètent l’aspect sauvage de la forêt. Une forêt qui retrouve son feuillage et s’adoucit au printemps.
Le crocodile à grandes dents ![]() ![]() Texte de Michaël Escoffier, illustré par Delphine Durand Gallimard Jeunesse 14,90 €, 230×230 mm, 28 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Belle-dent ![]() ![]() d’Alice Schneider Panthera 17,50 €, 207×187 mm, 40 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



