Aujourd’hui, je vous propose cinq BD qui nous invitent à visiter des mondes où l’on croise des robots presque humains, des doudous qui prennent vie ou même un grimoire magique.
C’est la nuit, un camion roule sur une grande route, mais à cause d’un caillou, l’engin fait un petit bond, ce qui fait s’ouvrir la porte arrière et tomber un carton dans une rivière. C’est le jour, une enfant sort d’un mobile-home, rentre en cachette dans le jardin d’un voisin afin de profiter de son toboggan, puis file à la rivière. L’enfant aperçoit le carton, elle, décide de regarder ce qu’il cache et découvre un robot à l’intérieur. Bientôt, ces deux-là deviennent ami·es…
Ben Hatke (que l’on connaît surtout en France pour sa série Zita) nous raconte une belle histoire d’amitié entre une petite fille et un robot étrange (pourchassé par un autre robot qui est censé le ramener là où il doit être). C’est un album extrêmement tendre, avec peu de texte, qui propose une réflexion sur ce qui est vivant et ce qui ne l’est pas, mais l’auteur parle aussi d’entraide et de la différence. Ben Hatke crée une fois de plus un univers bien à lui ; dans son monde les robots semblent être doués de libre arbitre et vivre dans la peur d’un des leurs. L’histoire pourra plaire aux très jeunes (on peut quasiment « lire » la BD avant de savoir lire) comme aux plus grand·es (notamment grâce à la beauté des illustrations de ce grand dessinateur).
Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Sur Mars, d’importantes éruptions de gaz ont été signalées et un homme les observe depuis la Terre. Sur la planète bleue, pour l’instant, les hommes et les femmes vivent normalement, vaquent à leurs activités habituelles, sans savoir que leur monde va changer. Un énorme cylindre venu du ciel percute le sol et intrigue la population. Bientôt, ça sera le début d’une guerre sans merci…
Thilo Krapp adapte en bande dessinée le classique d’H.G. Wells, La guerre des mondes. Une adaptation particulièrement réussie, car ici, contrairement à bien d’autres, on n’a pas l’impression de passer d’une scène à une autre sans comprendre ce qu’il se passe, sans avoir le temps de s’attacher aux personnages (nul besoin d’avoir lu le roman pour comprendre). L’histoire nous scotche, on est happé·es par le récit et il est difficile de refermer la BD avant de l’avoir terminée tant le suspense est grand (d’autant plus si l’on ne connaît pas le dénouement de l’histoire d’H. G. Wells). C’est graphiquement assez classique, mais réussi. C’est une très bonne adaptation pour se (re)plonger dans un grand classique de science-fiction.
Ben a deux sœurs. Lynn, adolescente avec qui il se dispute sans arrêt, et Beth, petite fille adorable toujours collée à son doudou. Avec leurs parents, les enfants se préparent pour un long voyage, un voyage qui les mènera à 2500 kilomètres de Toronto, à Terre-Neuve. Mais bientôt, le voyage se poursuivra bien plus loin : quand Beth disparaît mystérieusement dans un bois, les deux ados, parti·es à sa recherche, sont entraîné·es dans un monde fantastique, Elphyne.
J’ai été agréablement surpris par cette BD en un tome. Je ne suis toujours fan de ce genre d’univers (personnages fantastiques, monde parallèle, etc.), mais ici on parle de bien des choses à travers le récit de fantasy. Personnellement, j’ai vu dans cette histoire une ode aux mondes
imaginaires de l’enfance, mais surtout j’ai aimé les liens qui se renouent entre frère et sœur (pour moi la partie la plus réussie de l’histoire). On parle beaucoup de la mort, du deuil, de la disparition, mais aussi d’entraide et de la confiance en soi (on peut tous et toutes être des héro·ïnes). Certaines clefs de l’histoire nous sont données dans la postface : l’auteur raconte qu’il a vécu un drame dans son enfance (le kidnapping de sa petite sœur, retrouvée 24 heures plus tard par la police) qui a inspiré cette histoire et nous livre des photos de lui et de ses sœurs ainsi que celle du doudou de sa sœur qui ressemble bien entendu à celui de l’album. On referme le livre profondément ému·e.
Elfie, 11 ans, a perdu sa mère un an plus tôt. Avec sa sœur Magda, 12 ans, elle vit chez leur tante et leur oncle, où les choses ne se passent pas toujours très bien. Le jour où Louette, leur sœur aînée de 18 ans, vient les chercher afin de vivre avec elle, Elfie sent qu’une nouvelle vie commence. Une vie sur les routes, à vendre des livres dans un bus anglais transformé en librairie itinérante. Mais quand Elfie reçoit de sa sœur un cadeau laissé pour elle par sa mère, un étrange grimoire, les choses prennent une tournure à laquelle elle ne s’attendait pas…
Là aussi, très bonne surprise. Je dois dire que je n’avais pas été tenté par cette BD,
mais le très bon retour de ma fille aînée et l’avis de plusieurs personnes autour de moi m’ont donné envie de m’y plonger, ce que je n’ai pas du tout regretté (comme quoi, les a priori…) ! C’est frais, drôle, bien écrit, l’histoire captive et je ne peux pas être insensible à l’hommage rendu aux libraires (avec un clin d’œil amusant quand un client demande un livre à couverture rouge)… et à la Bretagne ! Le grimoire d’Elfie parle également de deuil, de la magie et du pouvoir des livres ! Un second tome est sorti depuis.
Dans une petite maison perdue dans la forêt vivent Mauve, une herboriste, et son fidèle assistant, Crooneck. Le jour où, alors qu’elle rentre chez elle, la jeune fille découvre trois inconnues qui squattent son jardin et y ont fait des dégâts, elle est furieuse. Mais le lendemain, l’une des filles revient voir Mauve… et lui demande bientôt de faire un stage chez elle. Mauve a du mal à accepter la jeune fille et la considère plutôt comme une ennemie.
C’est un bel hommage à la nature que rendent Flora Grimaldi,
Cécile et Hugo Poupelin dans ce premier tome de Mauve Bergamote, Bienvenue à l’herboristerie. Dans cet album où l’on croise des hommes à tête de citrouille, des loutres farceuses et où le facteur est un blaireau, on parle du pouvoir des plantes (et du bonheur gustatif que certaines nous procurent). Beaucoup d’humour dans cette BD qui se termine par un cahier avec quelques recettes (comme les cookies à la lavande ou la tisane réconfortante) et des infos sur les plantes. La BD séduira plutôt le très jeune public, mais elle pourra plaire aux plus agé·s !
Petit Robot![]() ![]() de Ben Hatke (traducteur·rice non crédité·e) Frimousse, dans la collection BD Mousse 16 €, 177×240 mm, 140 pages, imprimé en Bulgarie, 2017. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La guerre des mondes![]() de Thilo Krapp (traduit de l’allemand par Alexia Valembois), d’après H.G. Wells Jungle 16,95 €, 220×300 mm, 121 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les Contrées de l’Elphyne![]() ![]() de Michael Walsh (traduit de l’anglais par Alice Ray) Big Humano 17,99 €, 227×295 mm, 130 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le Grimoire d’Elfie – T1 – L’île presque![]() ![]() Scénario de Christophe Arleston et Audrey Alwett, dessins de Mini Ludvin, couleurs d’Hélène Lenoble Drakoo 15,90 €, 220×294 mm, 79 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mauve Bergamote – T1 – Bienvenue à l’herboristerie![]() ![]() Scénario de Flora Grimaldi, dessins de Cécile, couleurs d’Hugo Poupelin Delcourt 14,95 €, 230×300 mm, 65 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !





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