Aujourd’hui je vous propose deux albums caustiques mettant en scène des animaux qui traitent avec humour des relations entre individus et des travers de nos sociétés… Belle lecture !
Au cœur d’une forêt idyllique, une petite société composée d’animaux évolue. On trouve là un couple de poules lesbiennes et féministes ayant quelques soucis avec leur progéniture : un souriceau adopté, une aigrette conservatrice, des dauphins syndiqués, mais aussi un ver de terre engagé pour la survie de son espèce… Bref, tout un monde qui ressemble drôlement au nôtre !
Prise de bec est une bande dessinée étonnante et drôle. Rémy Benjamin et Geoffrey Delinte prennent plaisir à pasticher notre société, ses évolutions et les débats qui les animent. Leur album met en scène des petites saynètes dans lesquelles des animaux anthropomorphes se rencontrent et discutent. Les dialogues sont cinglants et hilarants, questionnent avec sensibilités et humour les relations entre individus, à l’heure où le lien social se transforme. Ainsi, tous les sujets de société sont balayés : l’évolution de la famille avec le couple de poules lesbiennes, les difficultés de l’adoption – car les deux volatiles ont pour bébé une petite souris bien capricieuse qui a du mal à faire ses nuits -, les jugements d’autrui : elles doivent faire face à une aigrette réactionnaire
outrée par les changements de mœurs. Le défi écologique est aussi au cœur de l’album (un ver de terre soucieux de ne pas finir englouti par un corbeau lui annonce qu’il est immangeable tant la terre est empoisonnée). On trouve également des dauphins en grève qui refusent de transporter leur congénère sur leur dos si leurs conditions de travail n’évoluent pas (malheureusement, à l’heure de l’ubérisation ils doivent faire avec l’apparition de concurrents déloyaux…). C’est drôle, bien écrit, Rémi Benjamin joue sur le comique de répétition tandis que Geoffrey Delinte, d’un trait dépeint des animaux aux traits de caractère bien assumés ! Mais au-delà des questions de société, l’auteur et l’illustrateur s’amusent aussi des relations parents-enfants et nous offrent surtout une réflexion sur le vivre-ensemble.
C’est un endroit désertique où pousse une seule et unique fleur. Dans ce lieu vit une tortue. Un jour, elle rencontre un tatou qui passe par là. « J’aime bien rester à cet endroit », lui affirme-t-elle. Mais le un très mauvais pressentiment et décide d’aller « voir là-bas si c’est mieux ».
Avec Le rocher tombé du ciel, Jon Klassen nous offre un album hilarant à l’humour absurde. Difficile d’ailleurs de résumer cet ouvrage. Disons qu’il parle de rocher, d’astéroïde, de tortue un peu sourde mais avec beaucoup de chance, d’alien, de tatou et de serpent. L’auteur-illustrateur met en scène des personnages ubuesques qui évoluent dans ce qui s’apparente à un petit théâtre : une plaine désertique sur laquelle s’écrase un énorme rocher. Trois acteurs principaux : un tatou, un serpent et une tortue. A partir de là, l’auteur déroule une pièce en cinq actes qui nous content des situations précises. Ainsi, dans le premier la tortue inconsciente échappe de justesse à la mort par sa surdité, dans le troisième nos deux comparses, le tatou et la tortue, imaginent « le futur » hissés sur ce météore improbable. C’était sans compter la venue perturbatrice d’un quatrième personnage, un alien mi-cyclope, mi-E.T. L’album est écrit sous forme de dialogues simples et sobres. Il n’y a rien en trop dans cet ouvrage, rien à jeter, rien à enlever. Tout est précis, ciselé, efficace. Tout prête à rire, les discussions comme les personnages en tant que tels. De quelques traits rapides, Jon Klassen saisit des postures, des inflexions de corps, des attitudes qui révèlent les sentiments de ces étonnantes bestioles qui savent parfois se montrer philosophes. Au fond, c’est une réflexion sur l’amitié, le territoire, le partage que nous propose ici Jon Klassen avec fantaisie et esprit.
Prise de bec ![]() ![]() Texte de Rémy Benjamin, illustré par Geoffrey Delinte Editions Motus 14,90 €, 210×260 mm, 52 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le rocher tombé du ciel![]() ![]() de Jon Klassen (traduit de l’anglais par Alain Gnaedig) L’école des loisirs 16 €, 203×266 mm, 96 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



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