Le ciel est gris et menaçant. Qu’à cela ne tienne ! Sortons ! Aujourd’hui, je vous propose deux livres où des enfants assoiffés de liberté et d’aventures en oublient le temps qui se déchaîne pour vivre des moments de bonheur.
Le printemps est de retour. Trois enfants succombent à l’appel de la nature, retrouvent l’envie d’aller jouer dehors, et avec elle, le besoin de regagner leur cabane. Restent quelques petits gestes rituels à accomplir : lacer ses chaussures, préparer son sac, franchir la barrière, saluer la petite Elsa. Ça y est, nos trois ami·es (ou cousin·es) sont prêt·es pour l’aventure. Le chemin est long pour rejoindre leur construction, mais les enfants le connaissent bien, et ont leurs petites habitudes. Peu à peu, ils et elle s’enhardissent, quittent le sentier caillouteux, et s’engagent dans les grandes herbes. Se rêvant grand·es aventurier·es, les enfants ne voient pas les signes annonciateurs d’un changement de temps. Soudain, les voilà, pris dans la tempête. Unissant leurs forces, les ami·es font face à l’adversité jusqu’à l’éclaircie. Après cette mésaventure, l’impatience se fait plus grande encore. Ils et elle doivent absolument retrouver leur cabane pour savoir si, elle aussi, a surmonté les grands vents.
Cet album a, avant tout, le goût de l’enfance, de l’insouciance, et de l’aventure. Qui, enfants d’hier ou d’aujourd’hui, ne s’est pas amusé à construire des cabanes, n’a pas bravé la surveillance des adultes, ne s’est pas rêvé Robinson Crusoé ? On notera d’ailleurs que les couleurs, comme voilées, donnent un petit côté désuet à cette histoire, qui s’avère finalement intemporelle. Mais on pourrait, également, voir en cet album, un récit initiatique ou une escapade sensorielle. Tout au long du livre, héros et héroïnes comme lecteurs et lectrices, sont dans l’attente de la fameuse cabane, mais tout bien réfléchi le chemin fait ensemble et les petits bonheurs qui
l’accompagnent, l’expérience commune de la violente tempête et le fait de l’avoir surmontée collectivement, ne sont-ils pas tout aussi importants ? Dans Notre cabane, le texte se fait une toute petite place parmi les illustrations, qui ont tant à nous dire. Marie Dorléans ne laisse rien au hasard, tout est travaillé, réfléchi, que ce soit dans l’organisation de la page, le choix des couleurs ou le jeu sur les lumières. Encore plus que les personnages, les paysages occupent une place centrale. Et ces ciels ! Quelle beauté ! C’est dans la représentation de la nature, dans la place qu’elle lui donne et qu’elle lui fait, que se révèle tout le talent de Marie Dorléans. Elle met tout en place pour nous embarquer avec elle, et c’est réussi. On ressent les herbes frôler nos mollets, on entend les corneilles qui s’affolent, on voit le ciel s’assombrir on hume l’odeur de la tisane de pissenlit … Convaincu·es ? Et si nous aussi, nous allions nous réfugier dans une petite cabane de bois ?
Les yeux rivés vers le ciel qui s’assombrit, Harold et son chat attendent. Le voilà, enfin, celui qu’ils espéraient. C’est le chef d’orchestre. Alors que toute la ville est déjà rentrée chez elle se mettre à l’abri, l’enfant et le grand moustachu volent à travers le ciel, portés par un gros nuage. Il ne leur faut que peu de temps pour rejoindre un superbe palais. Harold connaît bien le lieu. En quelques pas, il atteint une salle de concert où ses camarades se préparent. Tous et toutes sont, maintenant, réuni·es. Musique ! Aujourd’hui, Harold et sa copine Léonie jouent de bon cœur la musique de l’orage pour Madame Fleurie. Pour la petite fille qui habite un plus loin, il faudra jouer un orage en sourdine afin qu’elle s’endorme. Jusqu’au petit matin, les enfants musiciens jouent les mélodies du ciel. Seulement, une fois l’orage fini, viendra leur tour de s’assoupir.
Enfant, n’avez-vous jamais écouté la musique de la pluie qui tape aux carreaux ? Céline Person va encore plus loin en imaginant qu’un orchestre enfantin joue la musique de l’orage, s’adaptant même à son auditoire. D’un être à l’autre, le ressenti face à la musique est différent, il en est de même face à l’orage. Certain·es savourent le plaisir d’être bien au chaud à l’intérieur, alors que ça gronde dehors. D’autres sont envahis par la peur.
D’ailleurs, cet album pourra être l’occasion de dédramatiser cette peur du tonnerre et des éclairs. Coup de cœur pour les personnages aux grands yeux en amande, dessinés par Juliette Barbanègre. Leurs yeux, leurs corps s’élancent et s’étirent vers le ciel gris. Ils semblent d’une grande légèreté et d’une grande souplesse, en opposition à la ville aux formes très géométriques ; ils sont aériens, portés par la musique, probablement. L’atmosphère orageuse est parfaitement retranscrite par des teintes sombres de gris et de bleu, donnant même une petite touche de mystère au livre. La construction de l’image et le jeu sur les proportions contribuent, quant à eux, au rendu poétique de l’histoire.
Notre cabane![]() ![]() de Marie Dorléans Seuil Jeunesse 14,50 €, 230 x 310 mm, 48 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les musiciens de l’orage![]() Texte de Céline Person, illustré par Juliette Barbanègre Glénat jeunesse 14,50 €, 275 x 328 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.


