En ces jours pendant lesquels l’automne s’installe, je vous propose deux chroniques végétales pour deux superbes albums qui invitent à voir au-delà du feuillage…
Naître en se voyant baptiser Mirabelle Prunier… Quelle drôle d’association d’idées ! Cible de toutes les moqueries et bouc émissaire de la bêtise humaine, la jeune demoiselle accablée prend ses distances avec le monde. Elle s’éloigne à pas feutrés sans même que cela soit remarqué. Ses bourreaux ne se rendent même pas compte qu’elle a choisi de disparaître là où elle saura s’épanouir, dans la solitude et le silence des saisons qui défilent et défient le temps. Loin des monstres, la petite devient une autre. Sa peau n’est plus qu’écorce, ses cheveux feuillage. Mirabelle Prunier n’aura jamais aussi bien porté son nom.
Quand Henri Meunier est aux commandes d’un album, il faut se préparer à ce que la poésie de sa plume s’empare de nos émotions. Avec Mirabelle Prunier, il signe un conte végétal d’une poésie douloureuse et délicate qui rappelle les récits antiques des métamorphoses ovidiennes. Au fil des pages, une enfant meurtrie renaît de ses douleurs passées pour se laisser bercer par les saisons. De l’hiver à l’été, elle devient celle que plus rien n’atteint et elle goûte au bonheur d’être autre. Et sous le feuillage, la tristesse de l’exclusion, et sous l’écorce, les souvenirs des mots qui obligent à se créer un carcan-amure, et au bout des branches, la vie qui bourgeonne, furieusement… Un texte profond — superbement illustré par Nathalie Choux — qui se déguste comme un petit fruit sucré et acide qui dit le mal être des enfances ou des adolescences fragiles. Une fable philosophique d’une beauté terrible.
Une enfant cachée sous la table sait tendre l’oreille aux conversations des adultes. Et ce que saisit Nin n’a rien de bien réjouissant. Dans leur petite tanière, elle devine la venue du terrible hiver qui risque de mettre à mal sa petite famille. Aussi, lorsque ses parents annoncent une grande balade en forêt, son cœur serré devine que cette escapade divertissante aura probablement le goût amer de l’abandon. Comme pour feindre la tristesse des jours à venir et pour nier leur terrible destinée, l’aînée de la famille s’amuse avec ses frères et sœurs au cœur de cette forêt trop belle pour être hostile. Là-bas, dans leur petit campement de fortune, le feuillage devient robe ou pagne, les tiges s’entremêlent pour devenir de jolies corbeilles, les rires feraient presque oublier l’absence des adultes qui ne reviendront pas… Tout est prétexte pour maquiller le pire en jeux d’enfants.
Dans la forêt ressemblerait à s’y méprendre à ces contes de notre enfance qui se révélaient bien cruels et sans pitié pour ses héros et héroïnes souvent malmené·es. Sans nul doute, Le Petit Poucet n’est pas loin et l’hommage d’Herbéra pour cette histoire est assurément une réussite. Elle y insuffle néanmoins une chaleur et une joie incandescentes à travers des illustrations qui rappellent l’univers fantasque de l’immense Kitty Crowther. Au fil des pages qui pourraient être tristes si elles n’étaient pas si hautes en couleur, surgit un espoir qui anime les esprits et ravive la beauté de l’insouciance et de la légèreté enfantine, avec, à la clé, une surprise qui osera se mêler au vent léger… Un conte familial lumineux qui refuse de laisser la moindre place à la cruauté des récits du passé.
Mirabelle Prunier![]() Texte d’Henri Meunier, illustré par Nathalie Choux Le Rouergue 16€, 210×282 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Dans la forêt![]() de Ghislaine Herbéra Éditions MeMo 14€, 206×239 mm, 44 pages, imprimé en Europe, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.




Il serait peut-être temps, dans les articles consacrés à la littérature jeunesse, de parler du travail des illustrateurs de manière plus substantielle. Ici, à part un “superbement illustré par Nathalie Choux” pour Mirabelle Prunier, rien. Ni précisions sur le médium choisi, ni petit travail d’analyse, même sommaire, sur le point de vue de l’artiste, les couleurs mises en avant, la lumière, les angles d’observation, rien ! Et pourtant Nathalie Choux est une grande artiste passionnante ! Et c’est ainsi partout dans la presse, le plus souvent. Comme si l’image était juste un habillage, voire une déco ! Comme si l’image n’était qu’une affaire de technique, et n’avait rien à voir avec la perception, le langage, la pensée. Comme si le travail des illustrateurs était interchangeable et superflu. Or non, sans images, point d’histoires illustrées, point d’albums, point de littérature jeunesse. L’appréciation esthétique demande de la patience, de la culture et du travail. Alors au boulot, chers chroniqueurs ! 🙂 🙂
Bonjour,
Je me permets de répondre, en tant que rédacteur en chef et mes propos n’engagent donc que moi (pas la chroniqueuse visée, mais dans vos propos toute l’équipe est concernée).
Déjà je voudrais vous rappeler que toute l’équipe est totalement bénévole (y compris moi-même), et non professionnelle de la critique. Nous avons tous et toutes d’autres métiers par ailleurs.
La critique d’ouvrage est un passe-temps que nous avons, en plus de nos métiers. Quelque chose que nous faisons par passion.
Donc j’avoue que le “Au boulot” est un peu violent, car du boulot… ne vous inquiétez pas… nous en avons !
Je ne pense pas non plus que nous manquons de culture, mais je vous laisse juge.
Toujours est-il que nous faisons ici les critiques comme nous souhaitons les faire, sur notre temps libre et que je comprends bien que ça ne vous plait pas… mais c’est notre manière de les faire. Depuis la création du site.
Si vous cherchez un site d’analyse, c’est évident que vous vous êtes trompée d’adresse.
Bien à vous,
Gabriel Lucas